
Crises sanitaires : comprendre, prévoir, protéger, guérir
© C. Lebedinsky/CNRS Photothèque Bernard Delay 
Directeur du département « Environnement et développement durable » du CNRS
D'abord, les crises sanitaires relèvent de questions d'environnement. D'où le thème « Santé environnement » dont le département « Environnement et développement durable » (EDD) du CNRS a fait une de ses priorités. Les sciences de la vie sont bien évidemment concernées, en coordination avec les sciences de l'environnement. Car une atteinte sanitaire est le fruit de l'interaction entre un agent pathogène et une cible mis en contact dans un milieu complexe et changeant. L'importance de la crise qui en découle dépend soit de la méconnaissance de l'agent soit de changements dans l'environnement de la cible. Les sciences humaines et sociales ont également un point de vue essentiel à apporter pour prévoir et gérer ces crises, car elles sont très souvent liées à des dysfonctionnements des sociétés humaines.
De même, les pollutions d'origine chimique constituent un risque latent avec des épisodes de crise majeure. Pour les prévenir, il faut connaître la toxicité des molécules, et comprendre les processus chimiques. En mettant en place le programme « Chimie pour le développement durable », le CNRS souhaite faire émerger une chimie qui produise moins de molécules toxiques. Avec un autre de ses programmes, « Écosphère continentale et côtière » (Ecco), notre organisme propose d'étudier le devenir des polluants dans l'environnement. Par ailleurs, à la demande du ministère de l'Écologie et du Développement durable et de celui de l'Industrie, le CNRS a été chargé d'un exercice d'expertise collective pour répondre aux exigences du règlement Reach de la communauté européenne. Ce dernier impose en effet une fiche toxicologique pour toute molécule produite à plus d'une tonne.
Enfin, s'il y a un domaine où tous les départements du CNRS et de nombreux organismes de recherche peuvent être mobilisés, c'est bien celui des maladies infectieuses. L'approche classique, microbiologique et médicale, est certes indispensable, mais incomplète. En effet, quatre grands types d'acteurs sont ici mis en jeu : la cible, le pathogène, le vecteur et très souvent un hôte animal réservoir. Parallèlement, la cible humaine est sous l'influence de nombreux facteurs : génétiques, environnementaux, sociologiques, économiques, etc. De même, le rôle et la dynamique du vecteur ne peuvent être compris qu'en considérant son écologie, sa probabilité de rencontre avec les cibles humaines et sa diversité génétique. Et il en va de même pour les hôtes réservoirs. C'est tout cet ensemble de paramètres que le récent programme interdisciplinaire du CNRS « maladies infectieuses émergentes » prendra en compte.
Dans la même perspective, des Réseaux thématiques de recherche avancée sur l'infectiologie ont été mis en place ou sont prévus. Ceci est une preuve de plus de la mobilisation de la communauté scientifique et des pouvoirs publics pour répondre aux attentes des populations en matière de crises sanitaires. Tout est en place, les compétences existent, reste à relever le défi de l'interdisciplinarité pour comprendre et maîtriser des processus très complexes dans un monde qui change très vite.