
Le vieillissement
Faits, peurs et fantasmes
Illustré par Charb, Luz et Riss, éd. Vuibert, décembre 2006, 138 p. – 16 euros
Spécialiste du vieillissement expérimental sur la drosophile, vous proposez dans ce deuxième livre un ensemble de questions-réponses pour tordre le cou aux clichés, on-dit, mensonges et charlatanismes sur un sujet devenu aujourd'hui synonyme de panique…
… Absolument ! Mais, une précision en préambule : l'expression « vieillissement de la population » est très imparfaite, car elle laisse entendre qu'une population pourrait souffrir des maux de l'âge comme un individu. Il n'y a pas de population vieille ou jeune. Il y a simplement des populations avec une plus ou moins grande proportion de personnes âgées. Ce n'est donc pas une catastrophe d'avoir une population avec beaucoup de personnes âgées, c'est au contraire un bienfait, parce que cela montre que nos sociétés ont résolu un certain nombre de problèmes et permettent un bon accès aux soins et de bonnes conditions de vie. Donc j'aurais presque envie de dire : vive le vieillissement de la population ! Cela ne signifie pas qu'il faille se réjouir de voir des personnes âgées malades, grabataires ou handicapées, bien évidemment, et il faut tout faire pour lutter contre les maux du grand âge. En même temps, il faut être conscient que, paradoxalement, nous avons de la chance car, en Afrique, comme au Mozambique, l'espérance de vie à la naissance est de trente-cinq ans. Alors, réjouissons-nous d'avoir à nous préoccuper du vieillissement de nos aînés, et pas de la faim, de l'analphabétisme, ou des maladies infantiles ou infectieuses.
Comment abordez-vous ce sujet ?
Dans une première partie, je me suis intéressé aux questions purement scientifiques revenant souvent dans la conversation, comme les différences de longévité entre espèces et causes de ces différences, les relations éventuelles entre le nombre d'enfants et la longévité des femmes, les théories du vieillissement postulant qu'« on s'use à force d'être actif », ou qui expliquent celui-ci par la production de radicaux libres ou encore du fait de nos gènes. Dans la deuxième partie, je m'attaque au fameux « vieillissement de la population » et aux interrogations qui en découlent, comme le paiement des retraites ou la prétendue dénatalité. Et dans la dernière partie, j'évoque brièvement les délires nous prédisant des longévités extraordinaires, y compris pour les personnes déjà nées, et les charlatans de la médecine anti-âge.
Le vieillissement serait l'un des grands défis du XXIe siècle ?
Sans aucun doute. Et ce défi ne concerne plus uniquement nos sociétés occidentales, mais bientôt aussi les pays moins riches comme la Chine. Je pense qu'il nous faut prendre ce défi de la même façon que l'on a considéré celui de l'éducation pour tous il y a un siècle ou celui de la santé pour tous il y a soixante ans avec la Sécurité sociale en France et, donc, l'affronter non pas comme un fléau, mais comme une véritable et heureuse opportunité, grâce aux développements de la recherche scientifique et médicale entre autres, d'améliorer la vie des gens à tous les âges. C'est super, non ?
Propos recueillis par Léa Monteverdi