
Étoile montante
J'ai toujours été fascinée par les étoiles, l'Univers. Il fallait que je comprenne comment tout cela fonctionne. » Au collège, Coralie Neiner veut être astrophysicienne. Cette vocation ne va plus la quitter et, à trente-et-un ans, la jeune Strasbourgeoise, membre du laboratoire « Galaxies, étoiles, physique et instrumentation » (Gepi)1 à l'observatoire de Meudon, est une spécialiste reconnue des étoiles de type Be2. « Ces étoiles massives très chaudes, qui tournent très vite sur elles-mêmes, éjectent une part de leur matière, explique-t-elle. Celle-ci s'accumule sous la forme d'un disque circumstellaire à l'équateur. Et bien qu'elles aient été découvertes il y a longtemps, le mécanisme à l'origine de ces éjections reste mystérieux. »
Comment la jeune chercheuse s'est-elle prise de passion pour ces astres hors normes ?
Le hasard des rencontres… C'est sa directrice de DEA, Agnès Acker, qui l'a mise en contact avec Anne-Marie Hubert, directrice de l'équipe « Étoiles chaudes » du Gepi. « Même si je ne connaissais pas grand-chose aux étoiles Be à l'époque, le courant est passé tout de suite », raconte la jeune femme. Au cours de sa thèse, elle enchaîne les nuits à l'observatoire du pic du Midi afin de mesurer les pulsations (car non contentes de tourner très vite et d'éjecter de la matière, les étoiles Be vibrent) et le champ magnétique de ces étoiles. Alliés à leur rotation rapide, les pulsations ou le champ magnétique (ou les deux) pourraient en effet être à l'origine des éjections de matière.
Coralie est alors la première à mesurer le champ magnétique d'une étoile Be. Mais si la théorie permet bien de créer un disque en expulsant facilement de la matière le long des lignes de champ magnétique, et si les observations du champ magnétique et du vent stellaire dans l'UV semblent bien confirmer ce schéma, les observations en rayons X faites par la jeune femme viennent bientôt le contredire.
Les éjections ne seraient donc pas dues au champ magnétique. Aux pulsations alors ? Il y a quelques années, une équipe allemande est parvenue à démontrer que des interférences créées par les pulsations d'une étoile généraient assez d'énergie pour éjecter de la matière. Reste à le prouver sur un nombre suffisant de spécimens d'étoiles Be. Pour cela, Coralie attend beaucoup de Corot, le télescope spatial lancé en décembre 2006, qui va étudier les pulsations stellaires. Les premières données devraient parvenir à la chercheuse en août.
En attendant, elle ne chôme pas. Même si le champ magnétique n'est peut-être pas à l'origine des éjections de matière, il n'en reste pas moins un phénomène intéressant car difficilement explicable pour des étoiles si massives. La jeune femme a donc déjà entamé une série d'observations au pic du Midi avec un nouvel instrument (Narval), « trente fois meilleur que le précédent » ! Elle est aussi coordinatrice de la « Gaia Hot Star Team », un groupe d'une trentaine de chercheurs internationaux chargés de préparer la partie « Étoiles chaudes » de la future mission européenne de cartographie stellaire Gaia3.
Enfin, même si elle a depuis longtemps abandonné son télescope, elle entretient avec les astronomes amateurs des liens privilégiés. « Nous avons besoin d'observations sur le long terme. J'ai donc engagé plusieurs initiatives pour impliquer les astronomes amateurs qui, à l'aide de petits spectrographes bon marché mais de qualité, peuvent nous fournir des données précieuses. » Elle a même mis au point avec l'aide de ses collègues une base de données où professionnels et amateurs pourront mettre en ligne leurs spectres d'étoiles Be. Hyperactive, Coralie ? Non, passionnée et… jeune. « La physique stellaire était en plein essor dans les années soixante et soixante-dix, note-t-elle. Aujourd'hui, cette génération de chercheurs part à la retraite. Si on ne veut pas perdre l'expertise dans cette discipline, il faut que des jeunes chercheurs comme moi profitent du regain apporté par les instruments de nouvelle génération ! » Avec une telle fougue, l'avenir de la physique stellaire semble assuré.
Fabrice Demarthon
1. Laboratoire CNRS / Observatoire de Paris / Université Paris-VII.
2. La première d'entre elles, Gamma Cassiopée, a été observée en 1866.
3. Le satellite Gaia doit être lancé en 2011.
Coralie Neiner
Laboratoire « Galaxies, étoiles, physique et instrumentation » (Gepi), Meudon
coralie.neiner@obspm.fr