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ÉDITO

Les mutations de l'image en question

édito

© MSH Paris Nord

Philippe Bouquillion
Chercheur à la Maison des sciences de l'homme Paris Nord, professeur de sciences de l'information et de la communication à l'université Paris-VIII


Retracer en quelques lignes la richesse des travaux en sciences humaines et sociales (SHS) sur l'image est une tâche impossible. Certains ont mis l'accent sur les caractéristiques formelles. D'autres ont relié les images à une histoire, une anthropologie ou une sociologie de l'art, de la culture ou des loisirs. Ces dernières approches ont concouru au renom international de la recherche française en SHS.

Les travaux qui occupent aujourd'hui le devant de la scène ont plutôt tendance à dénoncer la profusion d'images et leur domination supposée sur l'écrit. Le « déferlement » des images favoriserait l'émotion contre la raison, l'adhésion au détriment du débat et participerait à la crise de la démocratie. Ces approches dénonciatrices, largement portées par des essayistes, souffrent de leur grand niveau de généralité qui empêche toute vérification empirique. Elles sont relayées par les médias qui cherchent à se soustraire à une critique extérieure.

Le besoin d'une critique raisonnée des enjeux sociaux soulevés par les images devient impératif avec le développement des « nouveaux médias », tels le Web ou les différents « portails », qui rencontrent de manière croissante les anciennes industries des images, dont le cinéma, la télévision, y compris l'information télévisuelle, mais aussi la presse et l'édition qui doivent autant à l'écrit qu'à l'image. Il faut pouvoir confronter et articuler des interrogations généralement disjointes, comme les conditions économiques et sociales de production et d'usage, les caractéristiques artistiques et formelles des œuvres et des produits et leurs dimensions idéologiques et politiques.

Justement, la Maison de sciences de l'homme (MSH) Paris Nord, grâce à son axe « Industries de la culture et arts », est en France l'une des structures les plus actives sur les questions de l'image. Des chercheurs, venus d'institutions et d'horizons disciplinaires et nationaux multiples, abordent cette question à partir de la problématique de l'industrialisation de la culture, de l'information et de la communication. Cette approche permet de dépasser l'opposition entre art et industrie et de penser les mutations des images comme des mutations à la fois artistiques, économiques, politiques et sociales.

Les chercheurs peuvent également dialoguer avec des acteurs professionnels et économiques ; notamment ceux de la Plaine Saint-Denis, premier lieu de production audiovisuelle en Europe. Plusieurs programmes soutenus par les ministères de la Recherche et de la Culture et par les collectivités territoriales sont en cours. En réunissant des compétences existant au sein du Réseau des MSH et dans de nombreux autres laboratoires français et étrangers, ils constituent l'une des collaborations exemplaires entre le CNRS et l'Université, notamment les universités Paris-VIII et Paris-XIII.

Les recherches menées depuis 2004 dans le cadre de l'action concertée incitative (ACI) « Mutations des industries de la culture, de l'information et de la communication », l'organisation en septembre 2006 d'un important colloque international et interdisciplinaire autour de cette question ainsi que la fondation d'un Observatoire des mutations des industries culturelles (www.observatoire-omic.org) constituent un témoignage et un vecteur de la relance de la recherche en France sur les rapports entre art, culture, technologie, industrie et politique. Les chercheurs qui à travers le monde s'interrogent sur la place de l'image dans nos sociétés pourront par le biais du réseau français trouver des ressources et des interlocuteurs.


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