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CINÉMA

Coup de projecteur sur Cannes

A la demande du ministère de la Culture, Emmanuel Ethis a étudié la représentation du Festival dans l'imaginaire collectif et les motivations des cinéphiles inconditionnels. Une enquête à l'origine du livre Aux marches du Palais1, dont le second volet vient de démarrer.
Pour ce sociologue, « il existe une polémique sur l'événement, constitutive du mythe. Edgar Morin l'a souligné : le vrai problème de Cannes, c'est celui de la confrontation du mythe et de la réalité, des apparences et de l'essence. Le Festival, par son cérémonial et sa mise en scène prodigieuse, tend à prouver à l'univers que les vedettes sont fidèles à leur mythe ». Élisabeth Claverie (CNRS) compare les apparitions des stars à celles des saints. Mais, pour Emmanuel Ethis, « Cannes reste surtout la première place du marché international du film, un outil de culture au rôle déterminant à travers les médias. Le Festival est aussi très artistique, on y voit passer des ovnis de la création ».
Au-delà du symbole, le chercheur a observé les cinéphiles qui se disputent chaque année le faible quota d'accréditations accordé – selon eux – à leurs « réseaux ». « Chez eux, reprend-t-il, il y a une vraie démarche. Ils sont environ six mille2 âgés de 20 à 47 ans à passer leurs journées dans les salles noires. Certains se retrouvent même la nuit pour échanger leur point de vue. » Très différents du public d'Avignon3, pour qui le théâtre n'est pas le seul divertissement, les cinéphiles de Cannes ont une passion exclusive : le cinéma. « Leur rôle de prescripteur est essentiel.
Ils contribuent à l'aura du film bien après le Festival. Parce qu'ils étaient présents, ils bénéficient d'un puissant crédit dans leur cercle social durant l'année : ils ont vu avant, là où il fallait voir. Ils ont aimanté sur eux un peu de la magie cannoise », précise Emmanuel Ethis. On peut déplorer qu'aucun espace de débat officiel ne leur soit offert avec les professionnels.
Pour Cannes 2003, le sociologue passe de l'autre côté de l'écran pour comprendre la microsociété composée d'acteurs, réalisateurs, exploitants, producteurs, diffuseurs, médias de différents pays. Menée avec des chercheurs du CNRS, de l'EHESS, de l'université d'Avignon, cette nouvelle enquête constituera le deuxième tome de Aux marches du Palais.

Stéphanie Bia

Notes :

1. Aux marches du Palais : le Festival de Cannes sous le regard
des sciences sociales. Sous la direction d'Emmanuel Ethis, la Documentation française, 2001. Prix de vente, 18 euros.
2. Dont deux mille ont été interrogés pour l'enquête.
3. Avignon, le public réinventé, sous la direction d'Emmanuel
Ethis, juin 2002, la Documentation française, 20 euros.

Contact

Emmanuel Ethis
Université d'Avignon
emmanuel.ethis@univ-avignon.fr


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