
Recherches polaires : les grands équilibres en question
© IPEV Gérard Jugie
Directeur de l'Institut Paul-Émile Victor (Ipev)
Sites de contrastes et de superlatifs des plus extraordinaires (températures les plus froides, vents les plus violents, durée des nuits et des jours…), les zones polaires terrestres ou marines exercent, depuis des décennies, un pouvoir de fascination sur l'homme, que ce soit par le caractère grandiose des paysages glacés ou par la nature emblématique des espèces animales qui y vivent. Dans les mois à venir, les manifestations liées à l'Année polaire internationale (API), sous l'égide du Conseil international pour la science (ICSU) et de l'Organisation météorologique mondiale (OMM), vont les mettre, ainsi que les hommes et les femmes qui y travaillent, sous les feux de l'actualité.
La France, par ses explorateurs célèbres, tels que les Dumont d'Urville, Charcot ou plus récemment Victor, a participé à la découverte de ces mondes inhospitaliers où elle a toujours occupé une place privilégiée. Au cours de l'Année géophysique internationale, en 1957, des pionniers scientifiques ont pris le relais de ces découvreurs et consolidé cette position d'avant-garde, particulièrement en Antarctique, en contribuant à l'implantation pérenne de stations d'observation sur le sixième continent. La participation à l'API des équipes scientifiques de plus de soixante Nations s'organise autour de six thèmes de recherche définis au niveau international :
– prendre le pouls des régions polaires : évolution du climat, de l'environnement et des écosystèmes ;
– quantifier et comprendre les changements environnementaux et humains, passés et actuels, afin d'améliorer nos prévisions pour le futur ;
– étudier l'inconnu aux frontières de la science dans les régions polaires : organisation et structure de la biodiversité polaire, marine et terrestre, diversité génétique et diversité fonctionnelle dans les environnements extrêmes, etc. ;
– faire progresser notre compréhension des liens entre les régions polaires et le reste de la planète, à plusieurs échelles, et des processus contrôlant ces interactions ;
– s'appuyer sur la position géographique unique des régions polaires pour mettre en place ou développer des observatoires sur la Terre profonde, le magnétisme terrestre, l'espace, le Soleil et au-delà ;
– étudier les processus culturels, historiques et sociaux responsables de la résilience et du maintien des sociétés humaines arctiques et identifier la spécificité de leur contribution à une diversité culturelle globale.
La prise de conscience de l'importance de ces régions pour les grands équilibres de la planète est récente. Elles apparaissent aussi aujourd'hui au centre de certaines questions sociétales majeures telles que les changements climatiques, l'évolution de la couche d'ozone ou la modification de la biodiversité.
Grâce à la richesse de sa recherche scientifique et technologique dans les régions polaires, aux nombreuses collaborations internationales établies et au développement logistique nécessaire pour mettre en œuvre les programmes, notre pays occupe une place de premier plan : une étude bibliographique récente démontre en effet l'excellence de la production scientifique dans ces domaines, plaçant la France au 5e rang international en Antarctique et au 1er rang dans le Subantarctique. Le CNRS, à travers de nombreuses disciplines scientifiques, et l'Institut polaire français Paul-Émile Victor, grâce à son savoir-faire acquis au cours de décennies d'expéditions sur le terrain, joueront un rôle majeur dans cet évènement du début du xxie siècle.