Moteur de recherche

 

Retour au sommaire

Mica, l'harmonie franco-vietnamienne à Hanoï

Inauguré en 2002 dans la capitale vietnamienne, le Centre « Multimédia, information, communication et application » (Mica) est le résultat d'années d'engagement de la part des organismes et des gouvernements français et vietnamiens pour développer un laboratoire de recherche de haut niveau en communication. En 2006, il est devenu une unité mixte internationale (UMI) du CNRS.

Quand Éric Castelli, professeur en communication, reçoit en 1991 Pham Thi Ngoc Yen, doctorante vietnamienne, à l'Institut national polytechnique de Grenoble (INPG), il ne sait pas jusqu'où va le mener cette collaboration. Aujourd'hui, leurs efforts ont conduit à la création d'une unité mixte internationale du CNRS en association avec l'Institut polytechnique de Hanoï (IPH) et l'INPG.

L'aventure commence en 1997 avec la création à l'Institut polytechnique de Hanoï de deux nouvelles formations, l'une en instrumentation et systèmes de contrôle, l'autre en traitement de l'information et communication. Devenue directrice adjointe de son département, Pham Thi Ngoc Yen invite son ancien directeur de thèse à participer à ce nouveau projet. Rapidement, le besoin de moyens se fait sentir. Cela tombe bien, le Vietnam, en plein développement, décide d'allouer ses crédits de recherche publique en priorité aux nouvelles technologies et à l'informatique… Le centre Mica est alors créé, avec une forte implication du gouvernement vietnamien, qui contribue à sa fondation à hauteur de 80 %. Le constructeur informatique Hewlett-Packard et l'INP de Grenoble procurent du matériel informatique de pointe et des fournitures de bureau.

Nguyen Trong Giang, l'un des managers de l'IPH, est nommé à la tête du laboratoire, et le CNRS détache Éric Castelli, qui est nommé directeur adjoint de la recherche scientifique. En 2004, un comité d'évaluation juge très positivement le laboratoire : un premier pas vers sa transformation en 2006 en unité mixte internationale du CNRS – la onzième dans le monde, la seconde en Asie. Déjà partenaire de nombreux projets européens, le centre Mica devrait désormais pouvoir obtenir des financements de la France.

Les travaux de ses équipes sur le multimédia – utilisation simultanée de différents supports d'information (son, image, vidéo, texte), prise en compte des spécificités de la langue vietnamienne (synthèse et reconnaissance automatique pour le dialogue homme-machine), etc. – ont attiré des chercheurs de nombreux pays asiatiques et européens. « En France, beaucoup de laboratoires s'occupent d'affiner l'exploitation d'un seul type d'information à la fois : traitement de la langue naturelle, des images, etc. Nous avons préféré prendre en compte globalement toutes les informations nécessaires pour un dialogue homme-machine, utiliser l'image, le son, et le texte en même temps et nous focaliser sur leurs articulations et interactions. »

Mica

© E. Castelli

La création du Mica formalise une coopération de longue date entre chercheurs français et vietnamiens, qui travaillent notamment sur le dialogue homme-machine.


Selon Éric Castelli, la connaissance intime qu'avaient les chercheurs vietnamiens et français de leurs cultures réciproques a favorisé la communication et permis à l'équipe de gérer facilement sa diversité culturelle. En effet, l'ouverture progressive du Vietnam au milieu des années quatre-vingt a conduit les étudiants à rechercher leurs formations à l'extérieur du pays. Les liens historiques avec l'ancien pouvoir colonial font alors de la France un choix évident. « Lorsque j'étais étudiant, j'avais de nombreux collègues vietnamiens, qui sont devenus des amis. Nous les connaissons et ils nous connaissent », explique Éric Castelli. Même avant la « rénovation » – les réformes qui ont facilité l'ouverture des frontières –, le Vietnam était déjà en relation avec le milieu scientifique français. « Le CNRS était présent même dans les périodes les plus difficiles », précise Min-Hà Pham-Delègue, à la tête de la division Pacifique de la direction des relations européennes et internationales (DREI) du CNRS. La collaboration de l'organisme français avec l'équivalent vietnamien du CNRS, l'Académie des sciences et technologies, débute en 1983. Mais la plupart des projets actuellement en cours ont été amorcés par le Sommet des pays francophones qui s'est tenu à Hanoï en 1997.

« Évidemment, nous ne sommes pas dans une relation équilibrée. Nous sommes ici pour aider et former. Mais le Vietnam n'est pas loin de devenir un égal », explique Min-Hà Pham-Delègue. D'après Éric Castelli, le pays a toujours besoin d'assistance sur trois plans, « pour augmenter le niveau de son éducation, créer de vrais laboratoires de recherche et développer l'industrie ». Une partie des activités du Mica dirigées par Pham Thi Ngoc Yen, désormais à la tête de la recherche appliquée au laboratoire, concerne ce dernier domaine. Les scientifiques développent en effet des systèmes informatiques complexes de mesure, de contrôle, ou de production et aident les entreprises à s'adapter à ces nouveaux outils. Le CNRS se félicite d'une collaboration aussi prestigieuse avec l'Institut polytechnique de Hanoi, d'où sont issus de nombreux officiels vietnamiens. « Une réussite comme le Mica favorise la présence de la France au Vietnam. Et une collaboration scientifique est la porte ouverte à d'autres types de partenariats », conclut Min-Hà Pham-Delègue.

 

Marianne Niosi

Contact

> Éric Castelli
eric.castelli@mica.edu.vn
> Min-Hà Pham-Delègue
minh-ha.pham-delegue@cnrs-dir.fr


Haut de page

Retour à l'accueilContactcreditsCom'Pratique