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Sciences et technologies de l'information et de l'ingénierie

L'alliance du logiciel et du matériel

Pierre Guillon est le directeur du nouveau département des Sciences et technologies de l'information et de l'ingénierie (ST2I) du CNRS, qui remplace désormais Ingénierie. Il fait le point sur ses missions et ses objectifs scientifiques.

Pierre Guillon

© Photos: N. Tiget/CNRS Photothèque


 

Pourquoi avoir réuni les sciences et technologies de l'information et de la communication (Stic) et celles de l'ingénierie en un même département ?

Pierre Guillon : Il s'agit d'une réponse logique à une réalité, à savoir que logiciel et matériel sont de plus en plus étroitement imbriqués aujourd'hui au sein de systèmes de plus en plus complexes. C'est par exemple le cas dans l'automobile, où l'électronique a envahi nos véhicules. C'est encore plus vrai dans les avions, et davantage encore dans le spatial. Mais aussi dans la plupart des autres domaines, comme l'énergie ou la santé.

Le département ST2I a pour mission de répondre, en termes de recherche, à cette interdisciplinarité incontournable entre les sciences et technologies de l'information et celles de l'ingénierie. En ce sens, c'est vraiment un département carrefour.

 

Quel est le périmètre du nouveau département ?

P.G. : Le ST2I rassemble 255 laboratoires dans toute la France, avec quelques pôles forts comme l'Île-de-France, Rhône-Alpes, Toulouse, Bordeaux, Montpellier, la région Paca, la Lorraine ou le Nord. Au total, ces 255 unités emploient 18 000 personnes, dont 3 000 sont 100 % CNRS. En termes de budget, cela représente quelque 28 millions d'euros. Notons également que le ST2I est porteur de deux réseaux thématiques de recherche avancée (RtrA) : Aerospace à Toulouse, et Digitéo en Île-de-France. Il est également très impliqué dans les grands pôles de compétitivité mondiaux. Et six laboratoires du département ont obtenu le label Carnot1. En outre, le ST2I entretient des relations avec la plupart des grands groupes industriels (PSA, STMicroelectronics, Thales, Alcatel Lucent…) et avec beaucoup de PME de pointe rencontrées au sein des pôles de compétitivité. Enfin, nous avons également de nombreux liens avec d'autres organismes de recherche étrangers, notamment au Japon ou en Amérique latine.

 

Quelles sont les grandes disciplines scientifiques présentes au sein du ST2I ?

P.G. : On peut les regrouper en quatre grands domaines. Le premier associe l'informatique, l'automatique, le traitement du signal, la robotique. Le deuxième concerne tout ce qui tourne autour des micro- et nanotechnologies, de l'électronique, de la photonique, de l'électromagnétisme et de l'énergie électrique. Le troisième rassemble l'ingénierie des matériaux et des structures, la mécanique des solides, l'acoustique, la biomécanique et les biomatériaux. Enfin, on trouve dans le quatrième tout ce qui concerne la mécanique des milieux fluides et réactifs et des milieux hétérogènes (caractérisation, propriétés de transfert, procédés de transformation…)

 

Quelle est désormais la stratégie scientifique du ST2I ?

P.G. : Le maître mot est interdisciplinarité. Il s'agit de réunir des spécialistes de ces différentes disciplines que je viens de citer autour de grands projets ou chantiers et dans une approche systémique. L'objectif est de construire une démarche scientifique centrée sur la production des savoirs, ce qui est le rôle central du CNRS, mais aussi sur ce qu'en attendent l'homme et la société : les produits, la santé, la sécurité, l'énergie, l'environnement… Pour cela, il faut adopter une approche commune qui se décline en plusieurs axes : modéliser et observer pour comprendre, développer la simulation intensive, spécifier pour concevoir et construire, c'est-à-dire partir du besoin exprimé pour remonter les spécifications jusqu'au composant et au système, et enfin, maîtriser, optimiser et gérer la complexité.

 

Avec quels grands objectifs ?

P.G. : On peut en citer un certain nombre, comme développer des communications rapides, fiables et cohérentes ; garantir la sécurité et la sûreté des systèmes matériels et logiciels ; aider et assister l'homme, pallier ses déficiences et ses insuffisances (comme pour les handicapés) ; maîtriser les matériaux et les systèmes mécaniques ; maîtriser et optimiser l'énergie, un sujet crucial pour l'avenir de notre planète ; maîtriser les procédés ; ou enfin, développer la bio-ingénierie (bio-informatique, imagerie, biomécanique…)

 

Quels vont être les grands chantiers scientifiques du département dans les années qui viennent ?

P.G. : En matière d'ingénierie pour le vivant, la « bio-ingénierie », citons par exemple la mise au point de robots pour les handicapés, le développement de l'imagerie pour la chirurgie à distance, ou celui de biomatériaux.Dans le domaine de l'énergie, un domaine pilote pour le CNRS, il s'agit par exemple de trouver de nouvelles techniques pour éliminer le CO2, mais aussi de nouvelles formes de production d'énergie : c'est le sens du projet Iter, en collaboration avec le CEA, qui met en jeu un grand nombre de « sciences » différentes.En ce qui concerne la sécurité au sens large, nos échanges électroniques mais aussi nos équipements fixes ou mobiles sont visés par nos chercheurs. Rappelons d'ailleurs que Jacques Stern, spécialiste de la cryptographie, qui a obtenu la médaille d'or du CNRS 20062, fait partie de notre département. Prenez un pont par exemple, il va s'agir de surveiller les éventuelles fissures pour prévenir tout accident : cela nécessite la mise au point de capteurs totalement fiables, mais aussi d'un système tout aussi performant, de transmission et d'interprétation des informations enregistrées par ces capteurs. On est là au carrefour de la mécanique des matériaux et des technologies de l'information et de la communication.Dans le domaine de la simulation, de la modélisation et de la visualisation, il s'agit aussi de mettre au point de nouveaux algorithmes de calcul qui pourront un jour permettre d'arriver au concept d'usine virtuelle.Enfin, le département souhaite fortement développer les interfaces avec les sciences humaines et sociales (SHS) afin de mieux répondre aux besoins et aux attentes des hommes et de la société, ne serait-ce qu'en analysant les réactions de l'homme aux nouveaux outils qui lui seront proposés.

 

Propos recueillis par Bruno de la Perrière

 

> Pour en savoir plus 

http://www.cnrs.fr/fr/departements/st2i.htm

Notes :

1. Le récent label Carnot, attribué par le ministère délégué à l'Enseignement supérieur, est destiné à favoriser la recherche partenariale. Les laboratoires labellisés reçoivent une rallonge financière de l'État.
2. Lire Le journal du CNRS, n° 203, décembre 2006.

Contact

Directeur du département ST2I du CNRS, Paris
> Pierre Guillon
pierre.guillon@cnrs-dir.fr


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