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Climat

Radioscopie de la mousson africaine

Remballés, les capteurs dernier cri ; repliés, les ballons sondes ; repartis, les six avions, les trois navires océanographiques… La campagne de mesures intensive est terminée pour Amma, programme international d'« analyses multidisciplinaires de la mousson africaine » (1). Mais les recherches continuent de plus belle pour comprendre les caprices de la météo en Afrique de l'Ouest et pour mieux la prévoir.

mousson

© Photos : C. Delhaye/CNRS Photothèque

L'art du cerf-volant ! Celui-ci mesure la température, le vent et les quantités de CO2 entre 100 et 200 mètres d'altitude.


 

La quantité de données collectées au cours de cette campagne est phénoménale, se réjouit Jean-Luc Redelsperger, responsable de la coordination des 45 laboratoires et organismes français sur les 60 impliqués dans le programme de recherche Amma. Elle devrait permettre à la communauté climatologique de travailler plus d'une décennie. » Une moisson tout simplement proportionnelle aux enjeux.

vent

© Photos : C. Delhaye/CNRS Photothèque

Une partie des outils déployés en 2006 sert aussi à visualiser, au cœur de la ligne de grains, vitesse et orientation des vents, taille, forme et localisation des gouttes (eau ou glace), aérosols…


En Afrique de l'Ouest, en effet, la saison des pluies, quand celles-ci sont au rendez-vous, s'étale entre juin et septembre. Elle est associée à un phénomène climatique connu de longue date et appelé mousson. Mais voilà, cette mousson, principale pourvoyeuse en eau de la région, a vu sa pluviométrie baisser de 30 % entre les années soixante-dix et quatre-vingt-dix. Elle est aussi devenue très variable d'une année à l'autre, pouvant plonger le Sahel (zone de transition entre le Sahara et la côte tropicale) dans une famine terrible, comme en 1973, 1985, 1995, 2005… à la différence de sa cousine, la mousson indienne, qui n'a jamais entraîné de sécheresse plus de deux années consécutives au cours du xxe siècle. Autant d'anomalies inexpliquées qui ont décidé les scientifiques à lancer le programme Amma, il y a six ans. Une initiative française qui rassemble maintenant 500 chercheurs de 20 pays, africains, européens, américains, jusqu'en 2010. Le but : mieux prévoir la pluie, pas seulement son intensité mais aussi et surtout son début, ses pauses et sa fin, et comprendre si oui et comment le réchauffement climatique global dérègle cette mousson africaine.

 

satelite

© Photos : C. Delhaye/CNRS Photothèque

De tous les radars d'Amma, Ronsard, installé pour quatre mois à Djougou au Bénin, voit le plus loin : à 200 km à la ronde, il détecte toutes les particules d'eau sous forme de liquide ou de glace.


Cette capricieuse est aussi complexe. En effet, la mousson naît de la différence de température entre le continent, surchauffé par le soleil au zénith l'été, et l'océan Atlantique, plus frais. Elle crée un appel d'air humide, sorte de brise marine géante, qui se déplace depuis le golfe de Guinée vers le continent. La force de Coriolis2 infléchit vers l'est ce flux d'air, dont la progression est ensuite freinée au-dessus du continent par l'Harmattan, un vent chaud et sec, chargé de poussières – les célèbres aérosols du Sahara –, qui souffle du nord-est vers le sud-ouest et qui s'étend en hiver jusqu'à la côte océanique. Les précipitations résultent de la montée de cet air chaud et humide vers les zones froides et sèches de la troposphère. Mais parfois, cela ne fonctionne pas. Car « on connaît les ingrédients mais pas la recette exacte », résume Cyrille Flamant, chercheur participant à Amma et spécialiste des échanges entre la surface et l'atmosphère, au-dessus des océans et du continent. Pour comprendre pourquoi, et modéliser cette mousson, les chercheurs doivent rassembler un maximum de données sur l'océan, l'atmosphère et le continent. Ces informations font cruellement défaut en Afrique, où le nombre de stations météorologiques par exemple est l'un des plus faibles du monde. C'est pourquoi Amma a mis en place en Afrique de l'Ouest un réseau de sites d'observation, dont les trois principaux sont au Bénin, au Mali, et au Niger. Ils relèvent en continu la pluviométrie, les aérosols et les émissions de gaz, les caractéristiques de surface (végétation, hydrologie…), etc.

 

hydrologues

© Photos : C. Delhaye/CNRS Photothèque

Mesures de l'eau sous toutes ses formes : les hydrologues Burkinabés évaluent, à différentes profondeurs, la capacité d'infiltration dans le sol.


 

Dans ce dispositif, 2006 a été une année à part ; des mesures complémentaires et des échantillonnages ont été effectués, et des relevés habituellement réalisés sur terre ont été étendus à la mer et aux airs. L'objectif des centaines de chercheurs qui sont venus sur le terrain ? Se concentrer sur un cycle entier de mousson et observer ce qui s'y est déroulé, en direct : la formation des précipitations à partir du gigantesque amas nuageux long de 500 à 1 000 kilomètres (appelé « ligne de grains »), le transport des aérosols, les cycles de l'eau, de l'énergie et de la végétation, les échanges entre la surface et les différentes couches atmosphériques au-dessus de l'océan et du continent.

 

mil

© Photos : C. Delhaye/CNRS Photothèque

Les chercheurs proposent des pratiques agricoles mieux adaptées à la sécheresse. Le mil traditionnel est ici planté derrière des rigoles en demi-lune qui retiennent l'eau.


 

Mais le défi ne s'arrête pas là pour les scientifiques, qui vont profiter de cette masse de données pour tenter de déterminer les conséquences des activités humaines sur la mousson. Ils souhaitent également établir les liens entre la mousson et différentes épidémies, comme le paludisme ou la méningite bactérienne. Et acquérir aussi une connaissance plus fine des cycles de l'eau à différentes échelles et ce, pour permettre de mieux gérer cette ressource bien trop rare en Afrique et proposer de modifier certaines pratiques agricoles.

Enfin, si la recherche occidentale n'est pas toujours désintéressée, elle sera ici utile à tous. Parce que les lignes de grains les plus violentes qui naissent en Afrique de l'Ouest finissent parfois en ouragans sur les côtes américaines. Parce que ce sont les régions les plus chaudes de la planète. Et parce qu'elles génèrent le plus d'aérosols d'origine minérale.

 

Magali Sarazin

 

> À voir : La calebasse et le pluviomètre, film de Marcel Dalaise, CNRS Images, 52 min, 2006

> À consulter

 http://www.amma-international.org

Notes :

1. Amma est financé par un grand nombre d'agences, en particulier de France, du Royaume-Uni, des États-Unis d'Amérique et d'Afrique, et bénéficie d'une contribution majeure du sixième programme-cadre de recherche et développement de l'Union européenne.
2. La force de Coriolis fait dévier la trajectoire de phénomènes à la surface de la Terre (vents, cyclones), soumis à une force d'inertie perpendiculaire à la direction de leur mouvement.


Contact

Coordinateur d'Amma France
> Jean-Luc Redelsperger
redels@meteo.fr


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