
Un grand bol d'oxygène
© F. Jannin/CNRS Photothèque
Mais la vraie raison, c'est l'élaboration de matériaux multifonctionnels, en superposant des couches minces d'oxydes, de l'ordre du nanomètre2. L'idée étant de concevoir un seul matériau utile à partir de plusieurs et cela, pour gagner de la place, ce qui est une des solutions pour miniaturiser les composants électroniques. « Imaginez un mur. Vous l'enduisez d'une peinture antimoisissure. Votre mur a maintenant de nouvelles propriétés. Notre peinture à nous, ce sont des couches d'oxydes de quelques nanomètres, que nous appliquons sur un substrat. Mais auparavant, il nous faut façonner des interfaces parfaitement plates et cristallisées. Au final, le produit obtenu dépend du choix des matériaux (leur résistance, leur compatibilité…) de leur quantité ou même du nombre de couches déposées. »
D'ailleurs, il espère bien créer un matériau alliant des propriétés ferromagnétiques et ferroélectriques, appelé « multiferroïque ». C'est l'un des objectifs de Macomufi3, le projet de recherche européen qu'il coordonne depuis septembre. « Ce matériau permettrait, pour la première fois, de concevoir des composants magnétiques commandés électriquement et des composants électriques commandés magnétiquement. En effet, les mémoires les plus performantes, de type MRam (Magnetic Random Access Memory), sont commandées à l'aide d'un champ magnétique. Parvenir en même temps à les commander électriquement permettrait d'accroître encore leur capacité de stockage et leur rapidité. » Trois millions d'euros scellent ce consortium de trois ans4 entre cinq entreprises et neuf universités ou instituts académiques, pour la plupart déjà impliqués dans le réseau d'excellence Fame5. Joli coup pour ce natif de Vendôme, normand d'adoption depuis maintenant treize ans… à deux exceptions près : son service militaire effectué comme scientifique du contingent à l'Institut d'électronique fondamentale d'Orsay6 dont il « se libère » en septembre 1998, et son postdoctorat qu'il commence le mois suivant à l'université du Maryland, sur la côte est des États-Unis. Et pourquoi ce petit extra d'un an en territoire américain ? Parce qu'y exerce le professeur Thirumalai Venkatesan, pionnier de la technique d'« ablation laser » qu'il utilise pour fabriquer ses empilements de couches minces d'oxydes, « ses Lego », comme il les appelle affectueusement. Le principe ? Un laser est dirigé sur un produit cible, pour le faire évaporer et le déposer en couche mince sur le substrat.
Mais « des États-Unis, j'ai davantage appris une façon de travailler : par contrat, en répondant rapidement à des projets ciblés… Et puis, dans ce laboratoire où travaillent un tiers d'Indiens, un tiers d'Asiatiques et un tiers de personnes dont la nationalité est le reflet de l'Otan, je me suis découvert une passion pour les gens, leurs façons de vivre, de travailler. » Un microcosme qu'il a un peu reconstitué autour de lui, au Crismat « avec Mangala, Matteo, Chris, Ranjith, postdoctorants, mais aussi Arnaud, Clara, Lucie, étudiants en thèse… Sans eux, je ne suis rien, même si l'inverse est aussi vrai ! » Quant aux toutes dernières pages de sa biographie, elles expliquent son perpétuel sourire d'homme heureux : en juillet dernier, il a vu naître sa petite fille, Eugénie…
Magali Sarazin
1. Laboratoire CNRS / École nationale supérieure d'ingénieurs de Caen.
2. 1 nanomètre = 1 milliardième de mètre.
3. Manipulate the Coupling in Multiferroic Films –Consulter le site web
4. Projet de recherche spécifique ciblé (Strep) du 6e programme-cadre de recherche et développement technologique –Consulter le site web
5. Functionalised Advanced Materials and Engineering of Hybrids and Ceramics – Consulter le site web
6. Institut CNRS / Université Paris-XI.
Laboratoire de cristallographie et science des matériaux (Crismat)
> Caen Wilfrid Prellier
wilfrid.prellier@ensicaen.fr