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Quelles solutions pour les pays les moins avancés ?

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© CNRS

Patrick Guillaumont, chercheur au Centre d'études et de recherches sur le développement international (Cerdi, CNRS / Université Clermont-I) et membre du Comité des politiques de développement des Nations unies.


Bientôt auront lieu le Forum social mondial (20 au 25 janvier 2007 à Nairobi) et la Conférence de Davos ou Forum économique mondial (les 19 et 20 janvier 2007).  L'occasion de mettre en lumière les « oubliés » de ces grands raouts internationaux : les pays très pauvres. Pourquoi l'Organisation des Nations unies (ONU) a-t-elle créé une catégorie spéciale en 1971 regroupant les « pays les moins avancés » (PMA) ? Sur quels critères repose leur identification ?

Patrick Guillaumont : Cette sous-catégorie au sein des pays en développement regroupe les pays qui ont non seulement un faible revenu national brut par habitant (inférieur à 900 dollars US), mais qui sont en outre jugés structurellement « handicapés »  dans leur développement. En d'autres termes, ils risquent plus que les autres de demeurer pauvres. Pour estimer ce « handicap », le Comité des politiques de développement, chargé d'identifier les PMA, s'appuie depuis l'an 2000 sur deux principaux critères : le faible niveau des ressources humaines des pays et leur vulnérabilité économique. Celle-ci représente le risque d'être durablement affecté par un choc économique extérieur, comme une brutale baisse du prix des exportations ou hausse du prix des importations, ou par une catastrophe naturelle ou un choc climatique. Elle est mesurée au moyen de divers indices, tels que le chiffre de la population (les PMA sont en moyenne de petite dimension) ou la concentration des exportations. Ces pays méritent donc une attention particulière de la communauté internationale.

 

Que peuvent donc attendre en retour les PMA des forums mondiaux ?

P.G. : Les PMA ne font hélas pas la une de ce type de sommets. Il faudrait mieux faire reconnaître cette catégorie de pays, la spécificité de leurs besoins et la priorité qui devrait être donnée à y répondre, en raison même de la nature de leurs handicaps. Le renforcement de l'éducation et de la santé est indispensable, ainsi que l'atténuation de leur vulnérabilité au moyen de l'aide internationale.

 

Comment l'ONU aide-t-elle ces pays à sortir de leur situation ?

P.G. : D'une part, les pays développés se sont engagés dans le cadre des Nations unies à donner aux PMA une priorité dans l'allocation de leur aide publique au développement1. D'autre part, des avantages sont donnés aux PMA dans l'organisation du commerce mondial, notamment à l'OMC. Par exemple, on leur donne une préférence dans l'accès aux marchés des pays développés. C'est le fameux « EBA: Everything But Arms »2 offert par l'Union européenne : les PMA peuvent exporter vers l'Europe toutes leurs marchandises, du moment que ce ne sont pas des armes, sans aucun droit de douane ni restriction quantitative. Mais ce n'est pas aussi simple à mettre en œuvre, car il faut vérifier que les produits ont obtenu une valeur ajoutée suffisante dans ledit pays et qu'ils n'ont pas simplement transité par lui.

 

Jusqu'en 2003, l'agriculture employait 70 % de la main-d'œuvre des PMA. Mais durant la prochaine décennie, la population active risque d'augmenter davantage dans les activités non agricoles que dans l'agriculture. Cela influe-t-il sur la manière de conduire l'aide à ces pays ?

P.G. : Sans doute. Sur la base de ces constats, le dernier rapport de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) met l'accent sur la nécessité de développer les capacités productives de ces pays. Actuellement, ils s'urbanisent sans créer suffisamment d'emplois non agricoles productifs. Selon le rapport, il faudrait en effet favoriser l'apparition d'entreprises viables et accroître l'emploi non agricole, en produisant de façon compétitive des biens et des services, alors que les marchés mondiaux sont plus concurrentiels que jamais et que les marchés de ces pays sont largement ouverts. Le problème est que les PMA ont eu tendance à avancer moins vite que les autres pays en développement et à tirer moins parti que les autres de la mondialisation.

 

En 1971, ces pays étaient au nombre de vingt-cinq. Aujourd'hui, ils sont cinquante. Cela traduit-il un appauvrissement global mondial ?

P.G. : Non. Certes depuis trente-cinq ans un certain nombre de pays sont devenus plus pauvres, certains ayant subi une détérioration structurelle, comme Madagascar. Il y a aussi de nouveaux pays qui viennent grossir la liste des PMA parce qu'ils ont obtenu leur indépendance nationale, surtout dans les années soixante-dix et quatre-vingt, et plus récemment dans le cas de l'Érythrée et du Timor oriental. Mais on ne peut pas parler d'appauvrissement mondial, notamment en raison de l'évolution de la Chine et de l'Inde. Enfin certains PMA, grâce à l'amélioration durable de leur situation, sont appelés à sortir de la liste.

 

Propos recueillis par Charline Zeitoun

Notes :

1. L'aide publique au développement aux PMA a doublé entre 1999 et 2004, et elle atteint maintenant près de 25 milliards de dollars US.
2. « Tout sauf les armes ».

Contact

Centre d'études et de recherches sur le développement international(Cerdi), Clermont-Ferrand
> Patrick Guillaumont
p.guillaumont@cerdi.u-clermont1.fr


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