
Patrimoine
© L. Dugué/CNRS Photothèque Lorsqu'ils ont été découverts à Tell Aswad, les crânes surmodelés formaient un massif autour d'un crâne d'enfant.
La terre et le papier
Autre équipe, autres coopérations… À Hisoma (« Histoire et sources des mondes antiques »), les archéologues se sont associés aux épigraphistes, historiens et théologiens pour plancher sur l'histoire des mondes classiques, du viie siècle avant J.-C. jusqu'au xve siècle. « Nous mettons en rapport les fouilles archéologiques avec les sources littéraires, manuscrites et épigraphiques, explique Jean-Claude Decourt, son directeur. C'est la terre et le papier, comme le décrivait si bien Louis Robert, le maître de l'épigraphie française. » De fait, une grosse part des travaux menés ici consiste à réaliser des « corpus », c'est-à-dire des ouvrages de référence. Les épigraphistes de l'équipe « Inscriptions grecques et latines de la Syrie », par exemple, sillonnent le pays à la recherche de textes gravés dans la pierre, les recopient ou les reproduisent sous forme d'estampages3 puis les rassemblent dans des ouvrages, augmentés de traductions et de commentaires. « Chaque volume correspond à une zone géographique, indique Jean-Baptiste Yon, épigraphiste. Dix ont déjà paru, cinq autres sont en préparation. » De son côté, l'équipe « Sources chrétiennes » édite quant à elle les textes des pères fondateurs de l'Église. Créée par les Jésuites (ces derniers apportent d'ailleurs toujours leur concours), cette collection réunit plus de cinq cents volumes. « Le 500e a paru cette année et nous en sortons environ une dizaine par an aux éditions du Cerf », précise Bernard Meunier, membre de l'équipe.
Mais la pierre n'est pas seulement un média permettant de lire les textes anciens. À l'Iraa (Institut de recherche sur l'architecture antique), on étudie les villes et les monuments de l'Antiquité. Là encore, des archéologues travaillent de concert avec des dessinateurs, des architectes, des topographes. Le bureau de Lyon, qui dépend de la MOM, s'intéresse plus particulièrement aux temples, aux théâtres, aux thermes et aux tombeaux. Tous ses membres participent notamment à des études sur le site de Délos, en Grèce, où ils examinent les sanctuaires égyptiens, le théâtre, les nécropoles, et même un barrage du ve siècle av. J.-C. : « Nos recherches sur ce barrage ont permis de découvrir que les prescriptions des architectes du xxe étaient déjà suivies à cette époque ! », indique Jean-Charles Moretti, responsable du bureau.
Le plus vieux décor peint du Proche-Orient
© E. Coqueugniot/CNRS Photothèque Pour éviter tout incident, la peinture murale du site de Dja'de a dû être consolidée. Sa restauration sera menée par l'Instituto del Patrimonio Histórico Español de Madrid.
F.D.
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Éric Coqueugniot, eric.coqueugniot@mom.fr
Une époque moderne
De la préhistoire à la fin de l'Empire byzantin, les chercheurs de la MOM fouillent les sols orientaux, traduisent le « verbe » ancien et décryptent le langage architectural. Il ne manquait donc que des anthropologues, politologues et islamologues pour appréhender la suite de l'histoire de la Méditerranée orientale, de l'Islam classique à nos jours. Réunis au Gremmo (Groupe de recherche et d'étude sur la Méditerranée et le Moyen-Orient, dirigé par Chérif Ferjani), ces derniers étudient la genèse des traditions et la gestion du pouvoir ainsi que l'État et les territoires. « Nous essayons de ne pas cogiter en vase clos, observe Katia Zakharia, membre de l'unité. Nous organisons notamment des débats qui permettent de transmettre aux étudiants à la fois un savoir et une méthode. »
Si la MOM se consacre surtout à la Méditerranée orientale, elle n'en oublie pas pour autant ses racines lyonnaises. Ces dernières années, les fouilles régionales ont pris de l'ampleur et sont l'objet de toutes les attentions de la part des scientifiques du laboratoire « Archéométrie et archéologie », dirigé par Anne Schmitt. En particulier, l'unité a mis en place une impressionnante base de données de céramiques. Triés et analysés, près de 45 000 tessons, allant du Néolithique à l'époque moderne, reposent dans ses tiroirs. Une manne qui permet aux archéologues de vérifier si des céramiques mises au jour à un endroit donné viennent des ateliers de la région ou de beaucoup plus loin, et ainsi de mieux comprendre les flux de matières premières et le commerce passés.
La partie est du temple d'al-Rawda, en Syrie, photographiée à l'aide d'un cerf-volant.
Fabrice Demarthon
> À voir : www.mom.fr
Des visages modelés d'un réalisme saisissant
En septembre dernier, les archéologues de la fouille franco-syrienne de Tell Aswad, dans la région de Damas, ont fait une découverte stupéfiante. Dans une aire funéraire de ce site néolithique, ils ont trouvé quatre crânes dont le visage avait été modelé, sans doute pour représenter le défunt. « Ce n'est pas la première fois que de tels “crânes surmodelés” datant de l'époque néolithique sont découverts au Proche-Orient, mais le réalisme de deux d'entre eux est bouleversant », souligne Danielle Stordeur, qui a dirigé les fouilles. Avant de modeler le visage, des galettes de terre ont permis de combler le crâne, les orbites et le nez. Les traits du visage, les oreilles et le nez ont ensuite été façonnés à l'aide de terre et de chaux. Les yeux, fermés, ont été soulignés d'un trait de bitume figurant les cils. « Nous ne pouvons qu'imaginer la technique qu'ils employaient pour parvenir à ce degré de réalisme, mais en Nouvelle-Guinée, où de tels crânes étaient encore réalisés il y a peu, on utilisait un roseau afin de mesurer tous les traits du défunt pour les reproduire ensuite. » Très peu nombreux par rapport à l'ensemble des corps inhumés dans le site, ces crânes ont probablement appartenu à des personnes choisies, peut-être des habitants ayant un statut social important. « La société était bien organisée et raffinée, même si le métal et la céramique étaient encore inconnus, observe Danielle Stordeur. Leurs rapports aux morts apparaissent très complexes. » Les quatre crânes sont aujourd'hui en cours de restauration à Damas.
F.D.
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Danielle Stordeur, danielle.stordeur@wanadoo.fr
1. L'épigraphie a pour objet l'étude et la connaissance des inscriptions.
2. Commune au CNRS et à l'université Lyon-II.
3. Technique de reproduction sur papier d'un texte ou d'un dessin gravé.
4. www.truelles-pixels.mom.fr
> Bernard Geyer
bernard.geyer@mom.fr
> Pierre Lombard
pierre.lombard@mom.fr
> Jean-Claude Decourt
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> Jean-Baptiste Yon
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> Bernard Meunier
bernard.meunier@mom.fr
> Jean-Charles Moretti
jean-charles.moretti@mom.fr
> Katia Zakharia
katia.zakharia@mom.fr
> Anne Schmitt
anne.schmitt@mom.fr