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3 questions à…

Jean Costentin est professeur de pharmacologie à la faculté de médecine et de pharmacie de Rouen, directeur de l'unité de neuropsychopharmacologie (CNRS / Université de Rouen) et directeur de l'unité de neurobiologie clinique du CHU-Hôpitaux de Rouen.

cannabisJean Costentin

Halte au cannabis !

 

Éd. Odile Jacob, octobre 2006, 264 p. – 21,90 euros

 

La consommation de cannabis, chanvre indien, marijuana et de sa résine, le « shit », ou « haschich », remonte à la nuit des temps : pourquoi ce livre sans complaisance, qui sonne comme une véritable alarme ?

Parce que ces trois dernières décennies ont transfiguré le paysage du cannabis. Ce n'est plus la « fumette », c'est une drogue dont la puissance a été décuplée par divers artifices et dont la diffusion a pris une allure pandémique chez nos adolescents : entre douze et quatorze ans, 300 000 de nos gamins y ont déjà goûté ; or, le cerveau de ceux-ci est fragile car encore en formation. Sachez que, parmi les 27 États membres de l'espace européen, les Français et les Tchèques sont les plus gros consommateurs de cannabis. 800 000 Français, surtout entre quinze et vingt-cinq ans, en sont des consommateurs réguliers, 400 000 l'utilisent quotidiennement.

 

Consommer beaucoup un produit n'a d'importance que si ce produit est toxique, et génère des dommages psychiques ou physiques. Qu'en est-il pour le cannabis ?

Maintes données épidémiologiques, cliniques et neurobiologiques récentes confirment les vraisemblances qui existaient de longue date sur la nocivité du cannabis. De toutes les drogues, le tétrahydrocannabinol (THC), principe actif du cannabis, est le seul à se stocker durablement dans le cerveau et le tissu adipeux. Un joint, c'est pour une semaine dans la tête, et des joints, c'est pour des mois dans l'organisme ! Le THC agit à de très faibles concentrations et au très long cours sur certaines fonctions. Outre l'induction d'ivresse, de délire, d'hallucinations, il diminue l'éveil, l'attention, les capacités éducatives ; il provoque une dépendance psychique telle qu'un sujet sur quatre en devient « accro » et une dépendance physique dont les expressions sont très décalées par rapport à sa dernière consommation. Il induit une tolérance qui conduit à multiplier les prises et à accroître les doses pour retrouver l'effet recherché. Les relations se précisent entre l'abus de cannabis et le déclenchement ou l'aggravation de troubles schizophréniques.

De plus, son association à l'alcool est dramatique sur la route. En outre, la dépendance au cannabis fait percevoir d'emblée, sur un mode exceptionnellement plaisant, les effets de l'héroïne – c'est pourquoi nos 150 000 héroïnomanes français sont tous passés préalablement par le cannabis. Par ailleurs, le cannabis est porté sur les épaules du tabac. Comme il génère cinq à sept fois plus de goudrons cancérigènes que celui-ci, cela accroîtra la fréquence des cancers broncho-pulmonaires et O.R.L. et rendra leur apparition plus précoce. Enfin, il a des conséquences néfastes sur le développement fœtal, puis sur le développement psychomoteur de l'enfant. Etc.

 

Cette situation alarmante relève-t-elle d'une fatalité ?

L'occultation des données disponibles, la mise en exergue de pseudo-activités thérapeutiques, la démission d'adultes, ont contribué à dérouler le tapis rouge au cannabis. Mais ce n'est pas une fatalité, la Suède l'a montré. Elle a connu dans les années soixante-dix une semblable pandémie cannabique et, grâce à des mesures législatives et surtout éducatives, elle compte désormais dix fois moins de toxicomanes en 2005 que la moyenne des États européens. « Où il y a une volonté il y a un chemin. » Cette volonté mise au service de notre jeunesse devrait lui ouvrir des chemins plus radieux que la précipitation dans la marmite des toxicomanies.

 

Propos recueillis par Léa Monteverdi


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