
Pôles de compétitivité mondiaux
Le virus de la sécurité sanitaire
Avant sa disparition, Christophe Mérieux, héritier de l'empire biotechnologique du même nom et premier président de l'association de gouvernance de Lyonbiopôle, étayait toujours son discours avec quelques chiffres-clés sur les incidences des maladies infectieuses : « Elles sont la cause de 30 % des cas de mortalité dans le monde. Le sida tue 3,1 millions de personnes par an, la tuberculose 1,8 million, et au moins 20 % des cancers sont induits soit par des bactéries, soit par des virus… » On pourrait ajouter que si la vaccination sauve 3 millions de personnes chaque année, de nouvelles pandémies sont également à craindre, à l'instar de la grippe aviaire ou des risques de bioterrorisme.
Face à ces menaces majeures, les acteurs de Lyonbiopôle ont pour but d'appréhender les maladies infectieuses de façon globale, du diagnostic et de la prévention jusqu'au traitement. « Pour y parvenir, explique Michel Van Der Rest, directeur du département des Sciences du vivant du CNRS et membre du conseil d'administration de Lyonbiopôle, il faut allier l'expertise de Lyon en vaccin et en diagnostic et le savoir-faire de Grenoble en micro-/nanotechnologies et biologie structurale. » Cette synergie doit déboucher sur des « briques technologiques » inédites. Celles-ci seront à la base de la production et de la distribution de produits biologiques issus d'approches innovantes et transversales. Il s'agira notamment de tester de nouvelles protéines thérapeutiques bâties autour d'anticorps recombinants1, de cytokines2, de polypeptides3… Des technologies qui pourront être appliquées dans d'autres domaines que les vaccins, en particulier en cancérologie.
© Sanofi Pasteur L'infectiologie est particulièrement bien représentée à Lyon, avec notamment la présence de Sanofi Pasteur, n° 1 mondial des vaccins humains.
Un haut potentiel industriel et scientifique
Les sciences de la vie sont solidement implantées en Rhône-Alpes. Tous secteurs confondus, elles emploient 100 000 personnes réparties dans 600 firmes. L'infectiologie est particulièrement bien représentée à Lyon avec la présence de Mérial – n° 1 mondial des vaccins animaux –, Bio Mérieux – n° 1 mondial pour le diagnostic bactériologique –, et Sanofi Pasteur – n° 1 mondial des vaccins humains. Lyonbiopôle mobilise aussi des filiales de grandes entreprises de la santé, telle Becton Dickinson ou Genzyme, ainsi qu'une myriade de PME de pointe comme Flamel, Opi, ou Transgène. Sans oublier Genoway et Protein' expert, jeunes pousses nées dans les laboratoires du CNRS.
De leur côté, les collectivités territoriales (Le Grand Lyon, Grenoble Alpes Métropole, région Rhône-Alpes…) ont doté la région de deux incubateurs d'entreprises – Grain (Grenoble Alpes Incubation) et Crealys (Lyon) –, d'un programme immobilier (Bioparc) dédié aux métiers de la santé et du réseau de service Lyonbioadvisor, dédié à l'accompagnement de projets en biotechnologies. On note aussi la tenue de Biovision, premier forum mondial des sciences de la vie.
À ce dense tissu industriel répond un potentiel scientifique de très haut niveau. Le savoir-faire lyonnais en infectiologie lui a valu d'être retenu par le gouvernement parmi les 13 réseaux thématiques de recherche avancée (RtrA), fers de lance de la recherche française. À lui seul, le quartier de Gerland accueille 26 établissements d'enseignement supérieur et de recherche en biotechnologies. Installé en centre-ville, ce technopôle héberge notamment l'Institut fédératif de recherche Biosciences Lyon Gerland de l'Inserm. Véritable pilier de la recherche publique de Lyonbiopôle en matière d'infectiologie, il compte parmi ses rangs 32 % de chercheurs du CNRS. Le pôle de compétitivité fédère aussi les compétences du CEA de Grenoble, du Cancéropôle Lyon-Auvergne-Rhône-Alpes, des hôpitaux de Lyon et de Grenoble et des universités et écoles proposant un cursus dans les sciences de la vie (Claude Bernard, Joseph Fourier, ENS Lyon…).La région Rhône-Alpes dispose en outre de grands équipements internationaux. Ainsi, à Grenoble, sont implantés le Laboratoire européen de biologie moléculaire (LEBM), l'installation européenne de rayonnement synchrotron (ESFR), et le Laboratoire électronique et de technologie de l'information (CEA-Leti). Lyon, quant à elle, bénéficie de la présence du laboratoire de haute sécurité Jean Mérieux Inserm. Installé à Lyon Gerland, il est l'un des quatre établissements classés « P4 » au monde, pour la dangerosité et la rareté des organismes qu'il est chargé d'étudier. Autre atout annoncé : l'ouverture prochaine dans la capitale des Gaules du Centre européen de RMN (résonance magnétique nucléaire) à haut champ, présidé par le chercheur Lyndon Emsley, Médaille d'argent du CNRS en 2005.
Des programmes de pointe
Lyonbiopôle se structure autour de trois grands programmes : diagnostic et vaccins, nouvelles thérapies, surveillance épidémiologique. Une soixantaine de projets de recherche ont déjà été labellisés, ce qui représente un investissement total sur trois ans de plus de 135 millions d'euros, dont 28 millions d'aide publique. « Grippe aviaire – grippes pandémiques » (Gap) est l'un des projets les plus avancés. Il est porté par Merial, Sanofi Pasteur, Bio Mérieux, le laboratoire P4, l'Inserm et le Centre national de référence des virus influenza (dont le CNRS partage la cotutelle). Il a pour objectif « d'établir un bouclier sanitaire, qui va de l'identification du virus à la protection des populations ». Gap vise notamment à raccourcir le délai de quatre à cinq mois qui sépare la détection d'une souche à l'origine d'une pandémie de la production du vaccin. Point d'orgue du programme : la recherche de la structure de la polymérase4 du virus de la grippe aviaire, conduite par l'Institut de virologie moléculaire et structurale de Grenoble dans le cadre du projet européen Fluepol, porté par Lyonbiopôle.
Le pôle de compétitivité de Rhône-Alpes sert aussi de cadre à la validation et au perfectionnement de Microvax, un nouveau système d'administration de vaccins par micro-injection mis au point par Becton Dickinson et Sanofi Pasteur. En associant une petite aiguille, une efficacité plus grande, un volume réduit de vaccin et une sécurité renforcée pour les soignants, le système Microvax pourrait rapidement révolutionner le marché du vaccin.
Mené par l'entreprise Opi, le projet « Protéines recombinées à visées immunologiques et anticancéreuses » (Pravic) consiste quant à lui à découvrir des médicaments qui traiteront des cancers induits par des virus et réputés rares, comme certains types de lymphomes et de leucémies aiguës. Plusieurs thérapies innovantes sont explorées, comme des enzymes produites artificiellement et des anticorps monoclonaux – des anticorps très purs qui pourraient être dirigés contre des antigènes portés par les cellules tumorales afin de les détruire spécifiquement.
De son côté, le CNRS participe au projet FIV-Vax, dont le but est de concevoir et développer un vaccin contre le virus de l'immunodéficience féline (FIV). En cas de réussite, le vaccin sera produit et contrôlé dans la région lyonnaise.
Lyon Gerland accueillera enfin le Centre d'infectiologie, futur bâtiment de Lyonbiopôle et lieu de rencontre de ses acteurs, qui intégrera dans un même site les fonctions d'animation, de veille et d'exécution d'activités de recherche.
LyonBiopôle en chiffres
450 entreprises / 28 000 emplois / 19 organismes de recherche dont le CNRS / 2 500 chercheurs en infectiologie, dont la moitié dans le secteur public / 4 000 chercheurs en micro- et nanotechnologies, dont 300 spécialisés en sciences du vivant / 55 000 étudiants / 9 universités / 35 grandes écoles scientifiques
Emmanuel Thévenon
> Pour en savoir plus
Biotray, des biopuces dans une jeune pousse
Pas moins d'une cinquantaine de jeunes pousses en biotechnologie ont vu le jour ces dernières années en Rhône-Alpes. Plusieurs sont nées dans les laboratoires du CNRS. Biotray est l'une des plus récentes. Elle a été créée par Djamel Bouraya et Christophe Place après leur passage au laboratoire de physique du CNRS à Lyon-Gerland. Hébergée au sein de l'ENS Lyon, l'entreprise est spécialisée dans l'instrumentation scientifique.
Elle propose des puces, des capteurs et des laboratoires sur puces aux centres de recherche et développement et de bioproduction. La société a mis au point un appareillage innovant pour fabriquer des surfaces microstructurées sur le verre et le métal. Près de quinze fois moins encombrant que la concurrence, il limite aussi fortement les coûts de fabrication. Entièrement automatisé et programmable, l'appareil est utilisable par un public non expert. La technologie de Biotray a été labellisée par Lyonbiopôle, tout comme leur autre projet Biocapt, un système intégré et portable pour la capture de micro-organismes dans l'air.
E.T.
CONTACT :
Christophe Place, c.place@biotray.fr
Biotherapic, contre l'hépatite C
« Biothérapies des maladies infectieuses chroniques » (Biotherapic) est un projet mené par l'entreprise Transgene, en partenariat avec la toute jeune pousse Epixis, des cliniciens des CHU de Lyon et Grenoble, l'Inserm et le CNRS. La réalisation du programme conduira à la sélection et à la production d'un candidat vaccin thérapeutique contre l'hépatite C de deuxième génération. Il prévoit également le développement d'une batterie de produits alternatifs, au stade des tests précliniques, pour compléter ou se substituer, le cas échéant, au premier.
La conception de candidats vaccins protéiques se base notamment sur les recherches menées par François Penin, de l'Institut de biologie et chimie des protéines de Lyon. Son équipe travaille sur la structure tridimensionnelle des protéines du virus de l'hépatite C. Leur caractérisation précise est non seulement indispensable pour concevoir et sélectionner un candidat vaccin thérapeutique, mais aussi pour vérifier par la suite la qualité de sa production.
E.T.
CONTACT : François Penin, f.penin@ibcp.fr
1. Un anticorps est une molécule du système immunitaire qui reconnaît d'autres molécules spécifiques. L'adjectif recombinant désigne toute molécule fabriquée à partir d'un organisme dont l'ADN a été modifié.
2. Substances synthétisées par une cellule du système immunitaire et agissant sur d'autres cellules immunitaires pour en réguler l'activité.
3. Structures moléculaires résultant de la combinaison de plusieurs acides animés.
4. Enzyme qui synthétise l'ARN du virus.
> Bernard Mandrand,
Directeur scientifique de Lyonbiopôle
bernard.mandrand@lyonbiopole.com
> Michel Van Der Rest,
Directeur du département des Sciences du vivant,
Membre du CA de Lyonbiopôle
michel.vanderrest@cnrs-dir.fr