
© J.-F. Dars/CNRS Photothèque
Et l'historien sait de quoi il parle. Né à Kinshasa en 1944 dans une famille indépendantiste du Congo Kinshasa des années soixante, Elikia M'Bokolo passe son enfance dans son pays natal où l'histoire individuelle prend corps avec celle de son pays. « Pour un garçon ayant eu quinze ans dans un Congo à feu et à sang, secoué par les guerres civiles et les grandes questions liées à son indépendance, entre nationalisme et marxisme, mon choix de faire de l'histoire était d'emblée une revendication identitaire. » Cette discipline qu'il conçoit comme un champ complexe où interviennent les données sociales, culturelles, anthropologiques, politiques et économiques, le jeune homme arrivé en France en 1962 l'étudie d'abord en classe préparatoire à Lyon. Cinq ans plus tard, l'École normale supérieure à Paris lui ouvre ses portes pour son agrégation. « C'était l'âge d'or des sciences humaines, avec ses polémiques sur l'interprétation du marxisme et son application dans les pays du Tiers Monde, ou sur le socialisme et les pensées de Louis Althusser ou Charles Bettelheim… Des rencontres intellectuelles et amicales ont marqué ma jeunesse studieuse passée entre les livres et les séminaires. »
Ensuite, c'est à l'EHESS, où Elikia M'Bokolo obtient son doctorat en 1975, qu'il s'engage comme chef de travaux puis devient directeur d'études. Aujourd'hui historien reconnu, son désir de faire savoir ce qu'est l'Afrique aux non-Africains et surtout aux Africains est toujours sa motivation première… « Au fond, je suis resté fidèle à mes premières amours, à des penseurs panafricains comme Kwame N'Krumah ou Patrice Lumumba qui m'ont ouvert des horizons fascinants… Je suis aujourd'hui frappé par l'occultation politique et le désintéressement public de l'histoire de l'Afrique… On délaisse ou on réduit une histoire, puisqu'on l'ignore… »
Pour contrer cette ignorance, Elikia M'Bokolo enchaîne ouvrages, publications, conférences…, et produit une émission hebdomadaire à Radio France Internationale : Mémoire d'un continent. Infatigable, le chercheur partage ainsi son temps entre Paris, les universités du monde entier où il est souvent invité, et l'Afrique où il passe un tiers de l'année : « Je me sens heureux et serein aussi bien dans un bureau parisien qu'en Algérie, au Congo, ou dans les couloirs d'un laboratoire new-yorkais… »
Alissar Cheaïb
1. Centre CNRS / EHESS. Il en fut le directeur entre 1976 et 1984.
Elikia M'Bokolo
Centre d'études africaines, Paris
mbokolo@ehess.fr
ou
stceaf@ehess.fr