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Elikia M'Bokolo, justicier de la mémoire africaine

bokolo

© J.-F. Dars/CNRS Photothèque


Dès ses premières paroles, l'historien de l'Afrique Elikia M'Bokolo devient une encyclopédie vivante, avec de grands yeux qui paraissent rivés à ce continent si riche et complexe. Directeur d'études depuis 1985 à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS), au Centre d'études africaines1, le chercheur évoque son parcours personnel, tout en nous promenant dans d'innombrables sentiers pour nous conter la multiplicité des peuples africains. « L'histoire de l'Afrique a été longtemps racontée sous le couvert de la colonisation, alignant une chronologie, une géographie ou encore une ethnologie, forcément réductrices… », déclare-t-il avec un sage sourire. « Et dire que l'on parle encore de “bonne” ou de “mauvaise” colonisation ! », renchérit-il. « Je cherche à repenser l'histoire coloniale et à dépasser la manière dont elle est transmise. Mon travail se situe donc au cœur du débat actuel sur la mémoire de l'esclavage… » On sent un homme prêt à traquer les préjugés et à rendre justice à l'histoire d'un continent. « Les terres africaines regorgent d'une diversité qui a transcendé les millénaires. On doit se rendre compte de l'énergie qui les caractérise, avec du recul certes, mais loin de la culture muséifiée ou du pessimisme attaché à la situation politique actuelle… », ajoute-t-il d'ailleurs.

Et l'historien sait de quoi il parle. Né à Kinshasa en 1944 dans une famille indépendantiste du Congo Kinshasa des années soixante, Elikia M'Bokolo passe son enfance dans son pays natal où l'histoire individuelle prend corps avec celle de son pays. « Pour un garçon ayant eu quinze ans dans un Congo à feu et à sang, secoué par les guerres civiles et les grandes questions liées à son indépendance, entre nationalisme et marxisme, mon choix de faire de l'histoire était d'emblée une revendication identitaire. » Cette discipline qu'il conçoit comme un champ complexe où interviennent les données sociales, culturelles, anthropologiques, politiques et économiques, le jeune homme arrivé en France en 1962 l'étudie d'abord en classe préparatoire à Lyon. Cinq ans plus tard, l'École normale supérieure à Paris lui ouvre ses portes pour son agrégation. « C'était l'âge d'or des sciences humaines, avec ses polémiques sur l'interprétation du marxisme et son application dans les pays du Tiers Monde, ou sur le socialisme et les pensées de Louis Althusser ou Charles Bettelheim… Des rencontres intellectuelles et amicales ont marqué ma jeunesse studieuse passée entre les livres et les séminaires. »

Ensuite, c'est à l'EHESS, où Elikia M'Bokolo obtient son doctorat en 1975, qu'il s'engage comme chef de travaux puis devient directeur d'études. Aujourd'hui historien reconnu, son désir de faire savoir ce qu'est l'Afrique aux non-Africains et surtout aux Africains est toujours sa motivation première… « Au fond, je suis resté fidèle à mes premières amours, à des penseurs panafricains comme Kwame N'Krumah ou Patrice Lumumba qui m'ont ouvert des horizons fascinants… Je suis aujourd'hui frappé par l'occultation politique et le désintéressement public de l'histoire de l'Afrique… On délaisse ou on réduit une histoire, puisqu'on l'ignore… »

Pour contrer cette ignorance, Elikia M'Bokolo enchaîne ouvrages, publications, conférences…, et produit une émission hebdomadaire à Radio France Internationale : Mémoire d'un continent. Infatigable, le chercheur partage ainsi son temps entre Paris, les universités du monde entier où il est souvent invité, et l'Afrique où il passe un tiers de l'année : « Je me sens heureux et serein aussi bien dans un bureau parisien qu'en Algérie, au Congo, ou dans les couloirs d'un laboratoire new-yorkais… »

 

Alissar Cheaïb

Notes :

1. Centre CNRS / EHESS. Il en fut le directeur entre 1976 et 1984.

Contact

Elikia M'Bokolo
Centre d'études africaines, Paris
mbokolo@ehess.fr
ou
stceaf@ehess.fr


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