
Immunologie
© C. Lemmers/CIML En microscopie confocale, une cellule « naturellement tueuse » humaine en rouge et une cellule tumorale cible.
On le sait, les cellules NK sont un type particulier de lymphocytes2. Elles ne disposent pas des récepteurs spécifiques d'antigènes (molécules étrangères) des autres lymphocytes. Mais elles sont capables de faire la distinction entre des cellules normales et d'autres cellules qui vont devenir leur cible. Pour cela, ces tueuses disposent de récepteurs spécifiques qui reconnaissent les éléments « du soi » à la surface des cellules, tels que les molécules du complexe majeur d'histocompatibilité (CMH) de classe 1. Quèsaco ? C'est un complexe dense de molécules spécifiques à chaque individu présent sur toutes les cellules « du soi ». Lorsque ce complexe est identifié par les récepteurs KIR des NK, l'action de ces cellules tueuses est inhibée. En revanche, les cellules étrangères, dites du non-soi, caractérisées par une densité CMH très faible et surtout différente de celle des cellules du soi, ne sont pas reconnues par ces récepteurs. Et en l'absence de message inhibiteur, le mécanisme de destruction est enclenché.
Or, la découverte de nos chercheurs montre que ce n'est pas spontanément que les récepteurs des cellules NK reconnaissent les molécules du CMH de classe 1. En réalité, ces molécules « apprennent » à les reconnaître aux cellules NK, qui se renouvellent rapidement, durant leur phase de maturation. « L'éducation des cellules NK par le biais des récepteurs KIR ouvre la voie à des applications thérapeutiques importantes3, conclut Éric Vivier. Elle permet d'envisager de contrôler l'activité de ces cellules, par exemple lors des transplantations hématopoïétiques4, afin de pouvoir diriger les cellules NK de manière efficace contre les cellules que l'on veut tuer (exemple : cellules tumorales d'un receveur de greffe) et de laisser en vie celles que l'on veut garder (exemple : cellules normales du donneur). »
Alissar Cheaïb
1. CNRS / Inserm / Université Aix-Marseille-II.
2. Cellules qui jouent un rôle dans le système immunitaire.
3. Avec la société de biotechnologie Innate-Pharma.
4. Greffe de cellules souches qui permettent de régénérer les cellules sanguines.
Éric Vivier
Centre d'immunologie de Marseille-Luminy (CIML)
vivier@ciml-univ-mrs.fr