Victor Sanchez, directeur scientifique du département des Sciences pour l'ingénieur du CNRS
© N. Tiget / CNRS Phototèque
Les énergies renouvelables au service de la planète
Aujourd'hui, il est établi que l'accroissement de la population de la planète et l'industrialisation des pays en développement vont provoquer un accroissement important de la demande énergétique. Le corollaire actuel est une augmentation de la production des gaz à effet de serre et le changement climatique qui lui est lié.
Les caractéristiques de la demande énergétique sont très différentes entre les pays de l'OCDE et ceux en voie de développement. Pour les premiers, dont la population croîtra peu, les besoins se situent dans les transports, le confort dans l'habitat, les activités industrielles… Par contre, les seconds, dont la population doublera d'ici à un demi-siècle, aspirent à un développement industriel et rural de grande ampleur. Dans leur cas, l'accès à l'énergie est synonyme de santé (aliments, eau, conservation des médicaments) et il constitue le garant d'un développement fort et attendu. C'est donc avec une vision planétaire qu'il faut appréhender le problème de l'énergie et les solutions doivent être aussi diversifiées que possible en tenant compte des spécificités de chaque pays. À l'heure où la France lance un débat national sur l'énergie qui sera clos fin mai et où la notion de développement durable fait son chemin dans les instances politiques et scientifiques, le Journal du CNRS se devait de consacrer un dossier aux « énergies renouvelables ».
À la suite des négociations de Kyoto en 1997, la France, comme nombre d'autres pays, s'est donc dirigée vers une diversification de ses sources d'énergie. L'objectif est de contribuer à l'augmentation de son indépendance énergétique et à la lutte contre l'effet de serre en proposant des solutions technologiques intermédiaires, mais surtout en développant des solutions du futur pour un vrai développement durable.
Le CNRS est particulièrement sensible à ces enjeux qui concernent chaque citoyen. Il a dès 2001 ordonné les recherches sur l'énergie, développées depuis le premier choc pétrolier et, à partir d'un large débat, il a lancé en 2002 un programme interne d'ampleur nationale. Son orientation concerne la relation entre énergie, environnement et développement durable avec comme thème principal, la réduction du contenu « carbone » de l'ensemble des formes d'énergies utilisées devant mener à une compétitivité économique réaliste.
L'obtention de nouvelles ressources, la maîtrise des vecteurs énergétiques, l'amélioration des procédés et la socio-économie constituent quatre axes de notre programme. Parmi les premiers, deux priorités ont été dégagées : le photovoltaïque et la biomasse. Ces énergies renouvelables, complémentaires de l'énergie éolienne déjà mature, doivent contribuer, à partir de sauts technologiques prévisibles, à la diversification de l'approvisionnement national et aider les pays en voie de développement. Quant aux vecteurs énergétiques, trois thèmes ont été retenus : la gestion de l'électricité, de la chaleur, et de l'hydrogène. Ce dernier est considéré comme le vecteur énergétique du futur. Il doit se substituer aux énergies fossiles, en particulier pour le transport et pour la mise en place de petites centrales, mais sa production, son stockage et sa distribution posent encore de nombreux problèmes. Le programme du CNRS porte aussi une attention particulière à l'habitat « zéro énergie » et à l'efficacité énergétique (moteurs de véhicules, chaudières pouvant brûler les déchets, biomasse, co-combustion ou turbines utilisant les gaz de synthèse). Tout ceci est le cœur du dossier du Journal. Enfin, une recherche active est conduite dans le cadre de la filière nucléaire propre du futur (filière thorium et réacteurs à sels fondus).
La recherche sur l'énergie, fortement interdisciplinaire, est une composante fondamentale du développement durable. Elle doit, sans exclusive, permettre la proposition de solutions technologiques. Elle se doit aussi, dès l'amont, d'intégrer des recherches dans le domaine des sciences humaines et sociales : réglementation, analyse des risques et prospective économique, acceptation sociale.
C'est par une action concertée entre la recherche et l'industrie que s'ouvriront les marchés répondant aux besoins des populations pour lesquelles la survie passe par un partage des savoirs et des technologies. Le CNRS sera l'un des premiers acteurs d'un ambitieux programme national et européen.