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Grippe aviaire

Un virus plus virulent, mais plus lent

Plus le virus de la grippe aviaire sera virulent, plus vite il disparaîtra, car moins vite il se propagera ! Voilà l'une des toutes premières conclusions sorties des modèles créés par Dominique Bicout, chercheur, et ses coéquipiers du laboratoire « Techniques en imagerie, modélisation et cognition » (TIMC) de La Tronche 1. Ces scientifiques, qui se vouent à l'étude des risques sanitaires liés à l'environnement et aux maladies émergentes, ont intégré dans leur programme des relevés d'observations relatives à la « peste aviaire ». Et cela, en collaboration avec des ornithologues de la Fondation Pierre Vérots et des biologistes de l'Institut Pasteur.

Leur terrain d'étude ? La région de la Dombes, au nord-est de Lyon. « Traversée par un couloir de migration, elle accueille de nombreux oiseaux sauvages sur les rives de ses étangs. Elle a aussi un fort potentiel avicole comptant de nombreux élevages d'oiseaux domestiques. De plus, les filières “Label Rouge” et “AOC Poulet de Bresse”, exigeant un élevage en plein air, favoriseraient les contacts entre oiseaux », explique Dominique Bicout. Et de rappeler que ce sont les oiseaux sauvages qui constituent le point névralgique des épisodes de grippe aviaire. Hôtes naturels des virus influenza de type A (tel H5N1), ces volatiles peuvent héberger le virus et le transmettre sans être malades pour autant, leur système immunitaire s'étant adapté à ces agents pathogènes, contrairement aux oiseaux domestiques.

Après l'épisode de grippe aviaire de février 2006 dans l'Ain (près de la Dombes), qui a totalisé 400 volailles mortes, plus 11 000 autres abattues pour prévenir toute propagation de la maladie, nos chercheurs ont pu alimenter leurs modèles. Ils ont évalué la fréquence des contacts entre oiseaux sauvages et domestiques et estimé la période d'introduction des souches pathogènes. Puis, ils ont mis le tout en équation afin de comprendre comment le virus pourrait circuler et de prévoir les scénarios de survenue d'une épizootie de grippe aviaire.

Que disent les modèles ? « Plus la maladie est grave, plus les animaux meurent rapidement et moins elle se propage, annonce Dominique Bicout. À l'inverse, des souches moins virulentes permettent une expansion du virus plus importante. Moins agressives et moins fatales dans un premier temps, elles se répandent plus aisément et tuent plus d'individus. » Mais le chercheur reste prudent et appelle à la modération : « Il est toujours difficile d'anticiper de manière stricte le devenir d'une épidémie. Les paramètres peuvent changer : il suffit d'un coup de chaleur, et les oiseaux sauvages et le virus reviennent plus tôt, ou d'un coup de froid, et c'est l'effet inverse. Il faut donc revoir nos données, sinon les résultats peuvent être faussés ! » Bref, la vigilance reste de mise, même avec des modèles…

 

Céline Bousquet 

Notes :

1. Équipe « Environnement et prédiction de la santé des populations ». Laboratoire CNRS / Université Grenoble-I.

Contact

Dominique Bicout
Laboratoire « Techniques en imagerie, modélisation et cognition » (TIMC), La Tronche
dominique.bicout@imag.fr


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