
Corot
© P. Jalby/CNES 2005 Corot, encore au stade d'intégration dans les locaux de la société Intespace à Toulouse. Là on vérifie la résistance du satellite aux conditions de températures et énergétiques qui règnent dans l'espace.
Au terme de douze ans de patience, la récompense est là : la mission Corot, portée par le Centre national d'études spatiales (Cnes) avec une grosse contribution du CNRS 1, est enfin sur le point de partir. « Et avant la fin de l'année 2006, Corot regardera en direction des étoiles, dans le but de repérer la moindre variation de leur lueur », annonce Annie Baglin, responsable de la mission et chercheuse au Laboratoire d'études spatiales et d'instrumentation en astrophysique (Lesia) 2 à l'Observatoire de Paris. Après des années d'attente, quelques craintes techniques et de sérieuses menaces de coupes budgétaires, le satellite est fin prêt. Fin août, Alcatel Alenia Space, à Cannes, y a mis la dernière touche et a peaufiné les deux atouts du satellite, chacun voué à un domaine différent de l'astronomie : la traque des exoplanètes et la sismologie stellaire. Pour l'heure, en attendant le jour J, le lanceur Soyouz qui doit mettre Corot en orbite se modernise à Baïkonour.
Pourquoi traquer ainsi l'humeur changeante des étoiles ? En fait, ces minuscules clins d'œil célestes en disent long sur quelques-unes des mœurs stellaires : par exemple, une diminution de l'éclat d'une étoile qui se répète au cours du temps signifie qu'une planète passe périodiquement devant l'astre. Ce qui veut dire que c'est une planète extrasolaire qui se manifeste – une de plus qui viendra compléter la liste de toutes celles découvertes depuis 1995, date de la détection de la première d'entre elles par Michel Mayor. Dix ans après, il semblerait donc que la formation de planètes autour d'étoiles soit une des constantes de notre galaxie. Quant aux variations de luminosité des étoiles, elles sont le signe de leurs tressaillements internes : un séisme stellaire, semblable à un de nos tremblements de terre, révèle la structure des entrailles de l'étoile.
Une fois en orbite, le vrai travail de Corot commencera : il se consacrera aux deux seules régions du ciel qu'il pourra voir, appelées familièrement « les yeux de Corot ». Elles sont situées à l'intersection de l'équateur avec le plan de la galaxie, c'est-à-dire la direction de la Voie lactée : un domaine limité certes, mais fourmillant d'étoiles. Corot se concentrera sur un nombre restreint de ces phares célestes, qu'il passera au peigne fin : aucun de leurs clins d'œil ne sera ignoré. « Nous avons déjà défini le programme des deux premières années d'observation », reprend Annie Baglin. Chaque fois que le satellite sera orienté dans une direction, il visera pendant 150 jours d'affilée un champ délimité d'étoiles : un carré dans le ciel dont chaque côté équivaut à 5,5 fois le diamètre apparent de la pleine lune. Dans cette parcelle du firmament, Corot s'intéressera à environ dix étoiles brillantes et 12 000 étoiles faibles. À raison de quatre pointages par an, près de 50 000 astres seront ainsi suivis chaque année. Soit autour de 150 000 pendant la durée de vie nominale du satellite, qui est de trois ans… Un chiffre qui pourrait même atteindre et dépasser 200 000, puisque l'équipe mise sur la longévité de Corot jusqu'à cinq ou six ans…
© D. Ducros/CNES 2005 Lors du transit d'une planète (ici le cercle noir) devant son étoile (en arrière-plan), la luminosité de celle-ci baisse très légèrement. C'est ainsi que Corot détectera les exoplanètes entre 2 et 10 masses terrestres.
Quant aux étoiles les plus brillantes, leur éclat varie… car elles vibrent. Or, leur manière de vibrer – par exemple la fréquence de ces vibrations, grave ou aiguë – permet d'en savoir plus sur leur structure interne : « Une géante résonne comme un tambour, une naine plutôt comme un cor de chasse… » Au total, plusieurs centaines de vibrations différentes pour chaque étoile. Tambour, trompette et clarinette, le tout parsemé de planètes, voilà la moisson promise par Corot pour s'émerveiller encore devant la diversité du cosmos !
Azar Khalatbari
1. Sont impliqués : l'Observatoire de Paris, l'Institut d'astrophysique spatiale à Orsay, le Laboratoire d'astrophysique de Marseille, l'observatoire Midi-Pyrénées et le Service d'astrophysique du CEA à Saclay.
2. Observatoire de Paris / CNRS / Universités Paris-VI et VII.
Annie Baglin
Observatoire de Paris
annie.baglin@obspm.fr