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Outil d'analyse

Les Européens au crible des sciences sociales

L'European Social Survey est le premier réseau d'analyse sociale comparative en Europe. Un outil de travail particulièrement sophistiqué, couronné du prix Descartes, pour suivre au plus près nos réalités d'Européens.

outil analyse

© Illustration : L. Bazart pour le Journal du CNRS


 

Quel chercheur en sciences sociales n'a pas rêvé de disposer un jour d'enquêtes comparatives au niveau européen ? Jusqu'à ces dernières années, l'utilisation des « Eurobaromètres », ces sondages d'opinion effectués au sein de l'Union européenne, était souvent la règle. Mais ces enquêtes ne répondent pas aux critères les plus exigeants. C'est ainsi qu'a été créé il y a quelques années, à l'initiative de chercheurs réunis au sein du Comité permanent pour les sciences sociales de la Fondation européenne de la science, un vaste programme d'enquête nommé European Social Survey (ESS). Cet outil de travail particulièrement sophistiqué au plan méthodologique permet de suivre de manière très fine les réalités sociopolitiques des Européens et de tracer l'évolution des profils nationaux dans le temps. Et ce, pour déterminer les caractéristiques de chaque pays, mettre en exergue leurs ressemblances et leurs divergences et créer ainsi un réseau d'analyse des valeurs sociales en Europe. Cette rigueur a valu à l'ESS de remporter, pour la première fois en sciences sociales, le prix européen Descartes 2005.

Le premier volet a été lancé en 2002-2003. L'enquête a été réalisée dans 23 pays européens : l'ensemble des Quinze, quatre des nouveaux pays membres (République tchèque, Slovénie, Hongrie et Pologne) ainsi que la Suisse, la Turquie, la Norvège et Israël. Avec un total de plus de 40 000 interviews. Ont suivi l'enquête numéro 2 pour la période 2004-2005, et enfin la troisième, qui vient de démarrer.

Si le projet est cofinancé par la Fondation européenne de la science et la Commission européenne, l'essentiel du travail de terrain est financé par chaque pays participant. « Pour un pays comme la France, ce sont 300 000 euros qui sont dépensés pour chaque enquête », confie Daniel Boy, chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences po (Cevipof) et l'un des deux coordinateurs nationaux, avec Nicolas Sauger. Et c'est auprès du ministère de la Recherche que les scientifiques ont trouvé leur soutien, à travers le Comité de coordination des données en sciences sociales 1.

 

Pourquoi une telle somme ? Tout d'abord, il faut sélectionner un institut de sondage ayant les capacités techniques de répondre au cahier des charges de l'ESS. Or cette méthode est par nature coûteuse. Beaucoup plus que celle utilisée pour les sondages habituels dits « par quotas ». Parce qu'il s'agit ici de « face à face » : l'enquêteur se rend auprès de chaque personne interrogée. Mais aussi parce qu'il est indispensable de sélectionner un échantillon représentatif des Français suivant une méthode strictement aléatoire. Les enquêteurs sont donc chargés dans un premier temps de cheminer sur le territoire, selon un trajet aléatoire > (telle rue à droite, tel immeuble, telle boîte aux lettres). Puis de rechercher, aux adresses sélectionnées, une personne elle-même tirée au sort au sein du foyer. Cette procédure rigoureuse suppose donc un temps d'enquête sur le terrain considérable.

Reste maintenant le cœur de l'enquête : le questionnaire lui-même. Ce dernier subit lui aussi un long processus de validation. Conçu par les pays participants, il comprend une partie « fixe », répétée de vague en vague – tous les deux ans – de façon à mesurer l'évolution des valeurs dans le temps, ainsi que des modules spécifiques, propres à chaque vague d'enquête. Une version finale est d'abord élaborée en langue anglaise. Il revient alors à chaque équipe nationale d'en assurer une traduction la plus fidèle possible. Les textes et l'ensemble du protocole d'enquête sont ensuite soumis au Comité central de coordination de l'ESS pour validation. « L'objectif est de se rapprocher le plus possible des protocoles utilisés dans d'autres disciplines scientifiques. Pour vérifier un résultat donné, les chercheurs emploieront les mêmes outils dans les mêmes conditions expérimentales », précise Daniel Boy. Il faut considérer un sondage comme une expérience scientifique et travailler selon une méthodologie tout aussi rigoureuse si l'on veut coller au plus près à la réalité.

Enfin, l'enquête terminée, les données sont centralisées et leur cohérence vérifiée. Un fichier d'ensemble est alors mis à la disposition de chacun et particulièrement des politiques, des chercheurs et des étudiants, sur le site de l'ESS 2.

Aujourd'hui, l'ESS entame son troisième round et déjà, les Français préparent l'analyse comparative des premiers résultats. Il s'agira de traiter par exemple des différences de valeurs qui existent en Europe, de la confiance dans les institutions, des attitudes des Européens vis-à-vis du corps médical mais aussi des notions de bien-être et de bonheur propres à chaque pays. L'édition est à paraître fin 2007.

 

Séverine Duparcq

Notes :

1. Ont également contribué par leur soutien : le Cevipof, Sciences po, le CDSP, l'OSC, le Centre Maurice Halbwachs (Paris) et le CERVL (Bordeaux).
2. www.europeansocialsurvey.org

Contact

> Daniel Boy
daniel.boy@sciences-po.fr
> Nicolas Sauger
nicolas.sauger@sciences-po.fr


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