
Maladies génétiques
Cette maladie génétique, appelée autrefois « mongolisme », demeure la première cause de handicap mental en France…
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Aujourd'hui, la trisomie 21 est mieux comprise. Les progrès réalisés en génétique et l'amélioration des outils de recherche en sont certainement la cause. Quelles ont été les conséquences des dernières découvertes ?
P.L.R. : En 2000, une équipe internationale a publié le séquençage complet du chromosome 21 humain. Grâce à lui, on a découvert que ce chromosome comportait environ 280 gènes codant pour des protéines. Une grande avancée pour la recherche ! On s'est également rendu compte que les gènes du chromosome 21 chez l'homme se retrouvaient sur les chromosomes 10, 17 et surtout 16 de la souris. Cette découverte a permis de créer expérimentalement chez ce rongeur des trisomies partielles 4. Résultat : un gène en trois exemplaires ne signifie pas nécessairement que sa protéine soit trois fois plus abondante dans tous les organes. Certains gènes du 21, en triple copie, s'expriment normalement dans les neurones.
Lors de la publication du numéro spécial de Behavior Genetics 5, vous parliez même « d'un nouveau départ de la recherche sur la trisomie 21 ». En quoi consiste-t-il ?
P.L.R. : Sur les 280 gènes présents sur le chromosome 21, peu sont surexprimés dans le cerveau. Par conséquent, peu sont susceptibles d'être impliqués dans le déficit intellectuel de cette maladie. Ce fait réduit considérablement les cibles qui s'offrent à la pharmacologie. S'attaquer à la maladie n'est plus utopique.
Existe-t-il un espoir de guérison ?
P.L.R. : Guérir, c'est faire disparaître la maladie en s'attaquant à ses causes. On n'en est pas là. En revanche, on peut espérer supprimer certains des symptômes dans ce qu'ils ont de gênant, d'inconfortable ou de réellement perturbant. Prenons les troubles de l'attention. Ils touchent fortement les enfants trisomiques et les ralentissent dans leur scolarité et leur apprentissage. En approfondissant nos connaissances des mécanismes neurochimiques liés à ces troubles, on fera progresser les capacités de l'enfant. Ce dernier ne sera pas « guéri » mais en devenant plus attentif, il apprendra plus facilement. Son insertion sociale n'en sera que meilleure. Pour les familles, les préoccupations majeures ne sont pas tant l'aspect physique du trisomique que les évolutions de la maladie. La perspective des recherches menées sur la trisomie 21 par des dizaines d'équipes dans le monde est d'améliorer le quotidien des personnes touchées et de leur entourage. Permettre aux gens de mieux vivre, c'est déjà beaucoup.
Propos recueillis par Géraldine Véron
1. Les 10, 11 et 12 novembre, au palais de la Mutualité, « Troisièmes Rencontres européennes sur la trisomie 21 », organisées par FAIT 21 ; et les 20 et 21 novembre, à l'Institut Pasteur, « Maladies génétiques de l'intelligence : prise en charge et perspectives thérapeutiques », congrès organisé avec l'aide de la Fondation Lejeune.
2. Au laboratoire « Plasticité et physio-pathologie de la motricité (P3M) » (CNRS / Université d'Aix-Marseille-II).
3. Élément des noyaux des cellules formé d'une longue molécule d'ADN associée à des protéines et porteur des éléments déterminants de l'hérédité (gènes).
4. C'est-à-dire portant un fragment excédentaire du chromosome 10, 17 ou 16, ou, dans certains cas ayant incorporé un fragment de chromosome 21 dans leur génome.
5. « Trisomy 21 : Brain and Cognitive Functioning », Pierre Roubertoux et Bernard Kerdelhué (éd.), Behavior Genetics, 2006, vol 36, n° 3.
Pierre L. Roubertoux
Plasticité et physio-pathologie de la motricité (P3M), Marseille
rouber@dpm.cnrs-mrs.fr