
Ethnoarchéologie
© P. Pétrequin Les hommes se réservent les décors complexes des poteries cérémonielles réalisées par les femmes. Ce sont eux qui manipulent les signes du monde des esprits.
C'est une bien belle histoire qu'ils nous racontent : celle d'une enquête sur des haches de pierre polie, partie d'un site néolithique du Jura, mais qui connaîtra un spectaculaire rebondissement au contact des Papous – et de certains de leurs objets aux surprenants « pouvoirs ». Ils ? Anne-Marie et Pierre Pétrequin, du Laboratoire de chrono-écologie de Besançon 1, tous deux spécialistes du Néolithique des Alpes et de la France de l'Est, une période qui s'étend de 5 700 à 2 100 ans avant notre ère. Et ils s'intéressent plus précisément aux premières communautés agricoles, en particulier celles des lacs Chalain et Clairvaux 2, deux sites qu'ils fouillent depuis 1970. Le principe de leur recherche ? « Mettre des hypothèses ethnologiques, fondées sur l'observation de cultures contemporaines, à l'épreuve de cette archéologie de terrain », sans toutefois faire l'économie d'une archéologie expérimentale, quand ils testent par exemple les techniques de polissage des haches. Ainsi, chaque année, ils retournent « réapprendre les gestes oubliés du temps de nos ancêtres » auprès des habitants de cette grande île, qui comprend à l'ouest la province indonésienne de Papua et à l'est la Papouasie-Nouvelle-Guinée indépendante. Et ce, même si les Papous ne sont pas restés totalement isolés du reste du monde depuis l'âge de pierre !
© J.G Berizzi / RMN Les haches d'échange sont parées de ceintures en fibre végétale rappelant les vêtements des femmes et des jeunes filles.
Ils possèdent cependant d'autres haches, qui ont une fonction bien différente. Un des nombreux mythes papous raconte même que « certaines, utilisées comme objets secrets dans les maisons des hommes, volent comme des oiseaux, pendant la nuit ».
Ces haches-là, qui interviennent lors de cérémonies rituelles, ne doivent jamais être montrées aux femmes ni aux enfants. Moins « surréalistes » mais tout autant éloignées du travail du bois, d'autres haches se présentent habillées d'une jupe, comme les femmes. Toutes uniques et hors normes, ces haches parées sont manipulées par les hommes lors des « paiements compensatoires », à l'occasion de mariages, de funérailles, ou encore pour rétablir la paix.
© P. Pétrequin Exploitation de la roche par le feu : seul le choc thermique permet de détacher des blocs et des dalles pour la production des haches.
Magali Sarazin
Pour en savoir plus
À lire
> Objets de pouvoir en Nouvelle-Guinée, catalogue de la donation Anne-Marie et Pierre Pétrequin, éd. de la Réunion des musées nationaux, 2006
> Écologie d'un outil : la hache de pierre en Irian Jaya (Indonésie), P. et A.-M. Pétrequin, CNRS Éditions, réédition complétée, 2002
Exposition
> « Objets de pouvoir en Nouvelle-Guinée », du 30 juin 2006 au 7 janvier 2007, musée d'Archéologie nationale, Saint-Germain-en-Laye
http://www.musee-archeologienationale.fr/
1. Laboratoire CNRS / Université de Besançon.
2. Consulter le site web
Anne-Marie et Pierre Pétrequin
Laboratoire de chrono-écologie, Besançon
annemarie.petrequin@free.fr