
Santé
Prologue. En 2000, une équipe britannique annonce des chiffres alarmistes : en vue, plusieurs millions de victimes de la maladie de Creutzfeld-Jacob. Six ans plus tard, les données ont été nettement revues à la baisse. Mais la pathologie n'en demeure pas moins redoutable. Qu'il s'agisse de sa longue période d'incubation, de l'absence de thérapie curative ou encore du manque de moyens de dépistage. On comprend donc l'énorme intérêt suscité par ce nouveau test en cours d'évaluation, « bébé » d'Antony W. Coleman, chimiste à l'Institut de biologie et chimie des protéines (IBCP) 1 de Lyon. Son action ? Détecter les protéines pathogènes du prion qui circulent dans le sang périphérique 2. Son secret de fabrication ? Utiliser des calixarènes, molécules de synthèse faciles à préparer, robustes, dénuées de toxicité… et « bonnes à tout faire ». Là, pour élaborer des colles cyano-acryliques, ici pour résorber les nappes de pétrole. Côté biologie, en revanche, elles n'avaient jusqu'alors pas remporté de franc succès.
Premier acte. « En collaboration avec l'Association française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), nous avons commencé voici à peine quatre ans à étudier l'interaction des différentes “calix” avec le prion », explique le chercheur. Comme toutes les protéines impliquées dans ces maladies neurodégénératives, le prion possède un site de reconnaissance connu pour s'associer à de gros assemblages moléculaires. Des formes que certaines calixarènes de synthèse – dotées de groupes soufrés et dites sufonates – s'avèrent imiter à la perfection. « Parmi la dizaine de candidates sulfonates présentant une petite affinité avec le site, il ne m'a pas fallu plus de six minutes pour mettre la main sur la bonne, la C6S – éthoxyamine ! », se réjouit encore Antony W. Coleman. Un an plus tard, un brevet est déposé.
Deuxième acte. Fort de cette découverte, le chimiste prend contact avec le laboratoire Biomérieux afin de développer un test prototype axé sur l'outil Enzyme-Linked Immunosorbent Assay (Elisa) 3. Mais comment y fixer le calixarène ? Peut-être par cette sorte de petit « bras » aminé que possède la molécule… L'intuition est la bonne. Au bout de dix jours de travaux, le chimiste parvient ainsi à la greffer sur Elisa.
Fin 2004, coup de théâtre : deux études apportent la preuve que le prion peut être transmis par transfusion sanguine. « Notre kit arrivait donc à point nommé », admet modestement le chercheur. Il vient d'ailleurs de créer Calphilix, une start-up destinée à produire et à commercialiser les calixarènes pour l'industrie de transfusion sanguine, mais aussi à exploiter leurs nombreuses autres propriétés… encore méconnues.
Patricia Chairopoulos
1. Institut CNRS / Université Lyon-I.
2. Le sang périphérique désigne le sang circulant hors des organes (dans les veines et les artères).
3. Test basé sur une technique biochimique utilisée en immunologie pour détecter la présence d'un anticorps ou d'un antigène dans un échantillon.
Antony W. Coleman
Institut de biologie et chimie des protéines (IBPC), Lyon
aw.coleman@ibcp.fr