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Livres

Forgé par l'épreuve

L'individu dans la France contemporaine

Danilo Martuccelli, éd. Armand Colin, coll. « Individu

et Société », juin 2006, 608 p. – 30 euros

 

Prenant la notion d'épreuve comme opérateur analytique pour rendre compte à la fois de la société et de l'individu, l'auteur propose ici une réflexion originale qui privilégie non plus le type d'individu mais ce qui le forge (les épreuves, donc, de l'école à la famille, du travail à la ville, de soi-même à l'autre et aux autres). Apparaît alors, à l'échelle humaine – le livre est basé sur une enquête de terrain –, le lien inévitable entre grandes transformations sociales et vie quotidienne, ainsi que les grands enjeux des sociétés contemporaines, qui semblent ici secréter non pas tant des communautés que des profils de plus en plus diversifiés propres à donner une nouvelle cohérence à notre monde.

 

 

Les origines du langage

Jean-Louis Dessalles, Pascal Picq et Bernard Victorri, éd. Le Pommier, coll. « Le collège de la cité », n° 24, série « Les origines de la culture », juin 2006, 192 p. – 8,50 euros

 

Trois scientifiques discourent sur les origines du langage : Pascal Picq s'appuie sur l'éthologie et la psychologie comparée pour comprendre l'apparition du langage articulé, « qui n'est pas apparu parce qu'il fallait que l'on parle » ; Jean-Louis Dessalles se demande si ce langage humain ne serait pas un paradoxe de l'évolution ; Bernard Victorri traite du moment où nos ancêtres ont pris la parole, pour se demander si celle-ci fut immédiatement celle que nous, derniers hommes modernes, pratiquons.

 

 

 

invention originesL'invention des origines

Sociologie de l'ancrage identitaire

Elsa Ramos, éd. Armand Colin, coll. « Sociétales », avril 2006, 220 p. – 23 euros

 

« J'ai eu une grand-mère alsacienne, mais elle est née à Aubervilliers… Pourquoi, pour moi, je suis d'origine alsacienne ? » Proposée par une spécialiste de la « mobilité » géographique ou psychologique, cette réflexion basée sur une enquête de terrain menée auprès de personnes parties de province pour s'installer dans la région parisienne montre que nos sociétés modernes ne sont pas si « liquides » (nomades) que certains le disent. Si, grâce à un « bricolage » entre origines familiales et conception de soi, des individus – et c'est ici la différence entre eux et ceux des générations antérieures – sont dans la situation de « choisir » leurs références et leurs attaches, ce « jeu » reste au service de la découverte et de la conservation du sentiment vital d'une origine.

 

 

Le danseur des solitudes

Georges Didi-Huberman, Les Éditions de Minuit, coll. « Paradoxe », avril 2006, 186 p. – 15 euros

 

Sous la forme d'un journal aux pages très inspirées, cet essai sur l'art en général abordé à travers un spectacle (Arena) du danseur de flamenco Israel Galván convoque littérature, mystique, sculpture, tauromachie et engendre des « myriades de questions et de réponses » (Valéry, Philosophie de la danse). Quatre chapitres – solitudes spatiale, spirituelle, corporelle et temporelle – revendiquent une renaissance possible des arts à condition que les créateurs, loin des théories toutes faites surabondantes aujourd'hui, recherchent l'inspiration en eux-mêmes, comme le fait le danseur solitaire.

 

 

La mémoire, pour quoi faire ?

François Dosse, Alain Finkielkraut et Jean-Claude Guillebaud, éd. de L'Atelier, coll. « Questions de vie », mai 2006, 120 p. – 10 euros

 

Lorsqu'il s'agit d'aborder des évènements marquants de l'histoire de l'humanité, surtout lorsqu'ils sont à inscrire dans le cahier noir, comme l'esclavage, le colonialisme, l'extermination raciale, il est souvent question de « devoir de mémoire ». Les auteurs de cet essai se posent ici plutôt la question d'un « travail de mémoire » : y a-t-il une bonne ou une mauvaise manière de « faire mémoire » et quelle est la véritable place à donner à la mémoire, car « faire mémoire » peut parfois conduire à la culpabilisation sans responsabiliser et à rendre inertes des évènements historiques.

 

 

 

livre ilesÎles réelles, îles rêvées

Ethnologie française, 2006/3, éd. Puf, juillet 2006, 192 p. – 22 euros

 

Ambivalentes, les îles ont toujours fasciné. Entre enfer et paradis, lieux d'exil et d'enfermement ou de vacances, elles sont devenues au fil des époques et des modes les objets d'un engouement médiatique, éditorial et touristique – d'où les îliens sont généralement absents… Ethnologues, géographes, historiens, écrivains, photographes et insulaires, avec leurs mots propres, abordent ici Manhattan, l'île aux Moines, Ouessant ou Saint-Pierre-et-Miquelon, rendant souvent la réalité plus captivante que la fiction ou l'utopie.

 

 

 

Écrire les coutumes

Les droits seigneuriaux en France

Martine Grinberg, éd. Puf, coll. « Le nœud gordien », avril 2006, 192 p. – 25 euros

 

À partir d'archives variées (aveux et dénombrements seigneuriaux), l'auteur recense les coutumes au temps des seigneurs. Les contours d'une culture dite populaire naissent ainsi, esquissés à la frontière de l'anthropologie historique et de l'histoire du droit. Une grille de lecture magistrale rendant compte du passage de la féodalité à la modernité pour comprendre comment le formalisme juridique a sa part dans la construction de l'État monarchique moderne. Une relecture passionnante de l'histoire.

 

 

 

Les OGM, l'environnement et la santé

Marcel Kuntz, éd. Ellipses, coll. « Esprit des sciences », mai 2006, 128 p. – 7,50 euros

 

Les études scientifiques sur les OGM sont nombreuses, mais leurs résultats, malgré la virulence des débats, restent peu portés à la connaissance du public. Ce petit livre ambitionne de combler cette lacune en proposant un précieux travail de médiateur entre la littérature scientifique spécialisée et le grand public. Il propose un état des lieux de la recherche après consultation de plus de 1 500 publications scientifiques : bases indispensables (de l'ADN aux plantes transgéniques), données historiques, applications et exigences sécuritaires ; bilan des études de l'impact de ces plantes, commercialisées ou en voie de l'être, sur l'environnement et la santé (allergies, toxicité, résistance aux antibiotiques) et un avant-propos incitant le lecteur à « … garder en mémoire que les plantes génétiquement modifiées concernent la science en général. Celle-ci est-elle une menace, un arbitre ou la nouvelle providence ? »

 

 

 

corpsQuand on n'a plus que son corps

Gisèle Dambuyant-Wargny, préface de Georges Vigarello, éd. Armand Colin, mai 2006, 230 p. – 20 euros

 

Cette enquête sans précédent propose une plongée, la première, dans un monde où le corps, surexposé et surexploité, doit « tenir coûte que coûte » et « vingt-quatre heures sur vingt-quatre ». Que l'on ne s'y trompe pas, il ne s'agit pas ici du monde du sport. Cette étude montre le corps des « sans domicile fixe », un corps dont l'impitoyable trajectoire descendante est presque paradoxalement banalisée aujourd'hui par l'étiquette « SDF » ou « RMiste ». L'auteur dissèque, à travers de brefs récits de vie où revient souvent le mot « débrouille » au milieu de grands silences, les logiques de gestion de ce « corps précaire », logiques des individus eux-mêmes et celles, très difficiles aussi, des institutions qui doivent, au-delà du soin et de la réadaptation physique, aider à la resocialisation et à l'improbable revalorisation de soi.

 

 

 

Les groupes d'intérêt

Action collective et stratégies de représentation

Sabine Saurugger et Emilio Grossman, éd. Armand Colin, mars 2006, 251 p. – 24 euros

 

Les groupes d'intérêt tels que Greenpeace, Attac, le Medef, jouent aujourd'hui un rôle croissant, national, européen, mondial, car ils sont devenus socialement structurants et producteurs de normes. En analysant leur genèse, leur fonctionnement et leur évolution, cette synthèse comparative d'une ampleur inédite met en évidence à quel point la prise en compte des répertoires d'action de ces groupes d'intérêt est aujourd'hui incontournable si l'on veut comprendre les ouvertures et les limites de trois idéaux-types (pluralisme, corporatisme et réseaux de politique publique) et les politiques nationales et supranationales.

 

 

 

La question de la précaution en milieu professionnel

Olivier Godard (dir.), éd. EDP Sciences, coll. « Avis d'experts », mai 2006, 256 p. – 32 euros

 

L'importance et la pertinence des questions soulevées par le principe de précaution, reconnu dans toute l'Europe depuis son émergence dans les années quatre-vingt-dix, ont conduit l'Institut national de recherche et de sécurité (INRS) à consacrer ses premiers entretiens de 2001 à ce sujet. Ce livre résulte des réflexions d'un groupe de travail consécutif à ces débats. Après une définition du principe de précaution et une approche historique et juridique, il aborde de nombreux aspects de ce principe en milieu professionnel à travers plusieurs cas exemplaires en France (amiante, ESB, transmission du VIH, interviews de responsables de sécurité au travail au sein des groupes Suez, Arcelor et RATP) et à l'étranger (société japonaise Chisso).

 

 

 

empire du genreL'emprise du genre

Masculinité, féminité, inégalité

Ilana Löwy, éd. La Dispute, série « Le genre du monde », mai 2006, 288 p. – 23 euros

 

Après un court prologue où elle raconte les blessures de son adolescence juive, l'auteur aborde ici les transformations récentes dans les rapports entre les sexes en comparant la formidable capacité d'autoreproduction de la domination masculine à l'hydre mythique. Elle propose ainsi une réflexion optimiste car, en effet, l'hydre a été vaincue par la ruse et la patience. Pour cela, elle convoque les résultats de « l'impressionnant foisonnement des études sur les femmes et le genre qui ont modifié radicalement notre vision du monde » et suggère d'appliquer « lucidité, ténacité, esprit critique, dans un combat qui, pourquoi pas, doit être joyeux ». Un combat qui comporte aussi la nécessité chez les femmes de se libérer de l'empreinte intérieure des idées dominantes en affrontant ses propres fantômes comme celui de « la petite fille à faciès » qu'elle fut, dans des temps pas si lointains où il n'était pas bon de « cumuler » fémininité, judaïté et homosexualité.

 


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