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Les clés de la tolérance

Sophie Brouard

sophie brouard

© O. Gauthier


Son chat est mort. Les poules ont été mangées par un renard. Mais le mouton va bien ! Avec son mari et ses deux enfants, Sophie Brouard vit entourée d'animaux dans sa maison nantaise, loin de la ville, au milieu des champs. Vétérinaire à l'origine, aujourd'hui chargée de recherche au CNRS, la jeune femme de trente-cinq ans codirige 1 depuis trois ans une équipe dans une unité Inserm du Centre hospitalier universitaire (CHU) de Nantes. « J'ai toujours besoin du contact quotidien avec les animaux, mais je suis contente à présent de travailler sur l'homme », plaisante-t-elle, deux grosses tortues au bout de ses oreilles, amusants bijoux taillés dans le bois. La chercheuse a fait de la tolérance son cheval de bataille. « Pour éviter le rejet de l'organe étranger après une greffe, les patients prennent un traitement dit “immunosuppresseur” », explique-t-elle. Pourtant, certains d'entre eux l'interrompent et s'en portent malgré tout très bien. « Nous cherchons à identifier les marques de cette “tolérance à la greffe”. » Cela permettrait de la diagnostiquer, en une simple prise de sang, afin de diminuer progressivement, voire totalement, le traitement immunosuppresseur chez certains patients présentant une fonction stable de leur greffon. Et ainsi leur en éviter les lourds effets secondaires, comme la diminution de la réponse immunitaire et l'augmentation des risques d'infection et de cancer.

Déjà, elle a montré que les lymphocytes T 2 du sang de ces patients présentent un profil phénotypique 3 spécifique. Pour l'avenir, elle rêve de mettre la main sur une ou deux molécules sanguines impliquées dans le rejet chronique. En fait, certaines, déjà brevetées par son équipe, pourraient se révéler intéressantes… La société TcLAND, qu'elle a contribué à créer et dont elle est consultante, y travaille aussi d'arrache-pied. Et de grands groupes pharmaceutiques pourraient bientôt s'intéresser à ces résultats… Mais n'en parlons pas trop, c'est un rêve d'avenir.

Calme, presque timide, elle commente modestement sa récente médaille de bronze au CNRS, obtenue « sans doute grâce à l'aspect clinique de [ses] recherches… ». À peine plus loquace sur les perspectives de thérapie génique, qui permettrait à terme d'agir directement sur les gènes pour améliorer la tolérance à la greffe, elle préfère, pragmatique, revenir au présent et au concret. Ravie de l'effervescence de la recherche en milieu hospitalier, de l'échange avec les médecins, avec ses étudiants-chercheurs, elle ne regrette pas le métier de vétérinaire. « C'était un rêve d'enfant », quand, petite parisienne, ses parents ne lui permettaient d'avoir à la maison « rien de plus gros qu'un hamster »… « Mais je savais déjà à l'époque qu'après véto, je serais chercheuse ! » Forcément, on ne passe pas tous ses mercredis au laboratoire de chimie de papa, ou à celui de neurosciences de maman, sans attraper le virus… Les précipités rouges, les dégagements de fumée, les pipettes de verre « sculptées » au bec Bunsen, les rats en cage et les grosses mygales qu'elle caresse tout l'après-midi l'amusent. L'atmosphère de liberté de ce métier, le travail en équipe, la sensation de faire quelque chose de nouveau chaque jour, comme partir toute une après-midi en forêt à la recherche d'un champignon que papa doit analyser, achèvent de la séduire. « C'est pour cela qu'après l'école vétérinaire j'ai embrayé tout de suite sur un DEA en biomécanique et biomatériaux, appliqué à la greffe d'organe, puis sur une thèse, sur les xénotransplantations, c'est-à-dire d'une espèce vers une autre », résume-t-elle. Elle tenait à entrer dans la recherche publique, tellement plus « libre » et « originale » que la recherche privée, avec « sa rentabilité » et « son efficacité »…

À la fin de son postdoctorat de deux ans à l'école de Harvard à Boston, elle réussissait le concours d'entrée au CNRS. Dès son premier essai. Et se classait première. Sans problème. Son ambition aujourd'hui ? Continuer le plus longtemps possible à faire ce métier qu'elle aime. Tout simplement.

 

Charline Zeitoun

Notes :

1. Avec le professeur Jean-Paul Soulillou.
2. Les lymphocytes T sont un certain type de globules blancs.
3. Caractéristiques d'un individu résultant de l'expression de ses gènes.

Contact

Sophie Brouard
Unité « Immuno-intervention en allotransplantation », U643 Inserm, Nantes
sophie.brouard@univ-nantes.fr


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