
Les clés de la tolérance
© O. Gauthier
Déjà, elle a montré que les lymphocytes T 2 du sang de ces patients présentent un profil phénotypique 3 spécifique. Pour l'avenir, elle rêve de mettre la main sur une ou deux molécules sanguines impliquées dans le rejet chronique. En fait, certaines, déjà brevetées par son équipe, pourraient se révéler intéressantes… La société TcLAND, qu'elle a contribué à créer et dont elle est consultante, y travaille aussi d'arrache-pied. Et de grands groupes pharmaceutiques pourraient bientôt s'intéresser à ces résultats… Mais n'en parlons pas trop, c'est un rêve d'avenir.
Calme, presque timide, elle commente modestement sa récente médaille de bronze au CNRS, obtenue « sans doute grâce à l'aspect clinique de [ses] recherches… ». À peine plus loquace sur les perspectives de thérapie génique, qui permettrait à terme d'agir directement sur les gènes pour améliorer la tolérance à la greffe, elle préfère, pragmatique, revenir au présent et au concret. Ravie de l'effervescence de la recherche en milieu hospitalier, de l'échange avec les médecins, avec ses étudiants-chercheurs, elle ne regrette pas le métier de vétérinaire. « C'était un rêve d'enfant », quand, petite parisienne, ses parents ne lui permettaient d'avoir à la maison « rien de plus gros qu'un hamster »… « Mais je savais déjà à l'époque qu'après véto, je serais chercheuse ! » Forcément, on ne passe pas tous ses mercredis au laboratoire de chimie de papa, ou à celui de neurosciences de maman, sans attraper le virus… Les précipités rouges, les dégagements de fumée, les pipettes de verre « sculptées » au bec Bunsen, les rats en cage et les grosses mygales qu'elle caresse tout l'après-midi l'amusent. L'atmosphère de liberté de ce métier, le travail en équipe, la sensation de faire quelque chose de nouveau chaque jour, comme partir toute une après-midi en forêt à la recherche d'un champignon que papa doit analyser, achèvent de la séduire. « C'est pour cela qu'après l'école vétérinaire j'ai embrayé tout de suite sur un DEA en biomécanique et biomatériaux, appliqué à la greffe d'organe, puis sur une thèse, sur les xénotransplantations, c'est-à-dire d'une espèce vers une autre », résume-t-elle. Elle tenait à entrer dans la recherche publique, tellement plus « libre » et « originale » que la recherche privée, avec « sa rentabilité » et « son efficacité »…
À la fin de son postdoctorat de deux ans à l'école de Harvard à Boston, elle réussissait le concours d'entrée au CNRS. Dès son premier essai. Et se classait première. Sans problème. Son ambition aujourd'hui ? Continuer le plus longtemps possible à faire ce métier qu'elle aime. Tout simplement.
Charline Zeitoun
1. Avec le professeur Jean-Paul Soulillou.
2. Les lymphocytes T sont un certain type de globules blancs.
3. Caractéristiques d'un individu résultant de l'expression de ses gènes.
Sophie Brouard
Unité « Immuno-intervention en allotransplantation », U643 Inserm, Nantes
sophie.brouard@univ-nantes.fr