Moteur de recherche

 

Retour au sommaire

Biologiste

Mireille Raccurt. L'Antarctique au féminin

Mireille Raccurt était loin de penser qu'un jour elle irait fouler les glaces de la terre Adélie en Antarctique… Cette biologiste cellulaire au laboratoire « Physiologie intégrative, cellulaire et moléculaire » 1 ne pouvait en effet pas se douter, en intégrant le CNRS en tant que technicienne, que ses compétences seraient un jour précieuses pour mener des recherches sur la thermorégulation du manchot ! Et pourtant… « Après un Deug de biologie, je suis entrée dans l'organisme pour assister Christian Girod, professeur à la faculté de médecine de Lyon, un homme passionnant qui m'a toujours encouragée à gravir les échelons... », débute-t-elle, souriante et enthousiaste. Ce qu'elle fait tout au long de son étonnant parcours. Elle obtient d'abord une thèse à l'École pratique des hautes études, puis concrétise ses travaux quinze ans plus tard par un doctorat sur L'hormone de croissance : une cytokine qui bouscule les concepts de l'endocrinologie. Entre-temps, Mireille Raccurt réussit tous les concours du CNRS et devient ingénieur d'études puis ingénieur de recherche.

 

raccurt

© E. Moureaux


Elle travaille tour à tour sur le rôle des hormones dans les pathologies endocriniennes puis sur le cancer du sein à l'institut Pasteur de Lyon. Des recherches qu'elle poursuit depuis sept ans au sein de l'équipe « Thermorégulation énergétique et adaptation métabolique » (Team) et qui ont fini par la mener… donc, et par surprise, jusqu'en Antarctique. « C'est ma spécificité de biologiste cellulaire et moléculaire qui a conduit mon directeur à m'inclure en 2002 dans un projet de recherche subventionné par l'Institut Paul-Émile Victor sur la thermorégulation du manchot. Peu de temps après, il m'annonçait que je pouvais préparer mes moufles et mes pull-overs pour le pôle Sud ! », confie-t-elle. C'est ainsi que la biologiste est tombée, non sans plaisir, dans l'étude des mécanismes cellulaires et moléculaires qui permettent d'élucider la fabuleuse capacité d'adaptation au froid des manchots. Ces derniers doivent maintenir une température interne de 38 °C alors que la température extérieure en Antarctique peut atteindre – 50 °C ! En 2002 donc, direction la terre Adélie, à l'autre bout du globe, pour étudier, faire des prélèvements et mettre les « manips » en place dans le laboratoire Biomar de la base Dumont d'Urville. « La résistance au froid et la croissance du poussin manchot sont deux contraintes opposées, toutes deux gloutonnes en énergie, explique la scientifique. Les manchots, qui ne possèdent pas de tissu adipeux brun – producteur de chaleur chez la plupart des mammifères via une protéine UCP1 2 –, ont développé d'autres mécanismes thermogènes 3. Dès 2002, nous avons mis en évidence dans le muscle pectoral de cet animal une protéine homologue et constaté que le métabolisme du poussin, d'abord orienté vers la croissance, se détournait progressivement vers la thermogenèse avec surproduction de cette UCP au moment du passage en mer. Découvrir quels sont les mécanismes qui sous-tendent ces ajustements physiologiques me passionne vraiment. »

C'est pourquoi notre biologiste est repartie en Antarctique d'octobre 2005 à février 2006, avec l'idée d'élargir ses recherches à l'homme pour mieux connaître son fonctionnement physiologique en conditions extrêmes. « Durant cette mission, j'ai effectué une étude de faisabilité d'un projet de recherche qui pourrait fédérer deux équipes de notre unité de recherche. L'objectif : mesurer l'impact des conditions extrêmes que représentent l'hypoxie 4 d'altitude et le froid sur la physiologie des résidents de la station polaire Concordia. » Aventurière, curieuse et aimant relever les défis, Mireille Raccurt est la troisième femme à avoir fait la montée du raid reliant la base Dumont d'Urville à la station Concordia sur le continent antarctique. Elle s'est même surprise dans cette expédition à conduire un camion challenger de quinze tonnes pendant plus de onze heures par jour. « J'étais dans un autre monde, je suis une grande chanceuse, c'était extraordinaire ! Quand je suis là-bas, je suis un peu comme Alice au pays des Merveilles », confie-t-elle. Une expérience qu'elle aimerait faire partager dans un livre qui pourrait s'intituler L'Antarctique au féminin, et qu'elle compte bien revivre bientôt, lors d'une prochaine mission scientifique. Seul le froid polaire pouvait avoir raison du sourire de Mireille Raccurt, qui pendant trois jours a eu les pommettes gelées… là-bas, au pays des glaces.

 

Lætitia Louis-Hommani

Notes :

1. Laboratoire CNRS / Université Claude Bernard Lyon-I.
2. Ou Uncoupling Protein 1.
3. Producteurs de chaleur.
4. Manque d'oxygène.

Contact

Mireille Raccurt
Laboratoire « Physiologie intégrative, cellulaire et moléculaire », Lyon
mireille.raccurt@univ-lyon1.fr


Haut de page

Retour à l'accueilContactcreditsCom'Pratique