
Biologiste
Mireille Raccurt était loin de penser qu'un jour elle irait fouler les glaces de la terre Adélie en Antarctique… Cette biologiste cellulaire au laboratoire « Physiologie intégrative, cellulaire et moléculaire » 1 ne pouvait en effet pas se douter, en intégrant le CNRS en tant que technicienne, que ses compétences seraient un jour précieuses pour mener des recherches sur la thermorégulation du manchot ! Et pourtant… « Après un Deug de biologie, je suis entrée dans l'organisme pour assister Christian Girod, professeur à la faculté de médecine de Lyon, un homme passionnant qui m'a toujours encouragée à gravir les échelons... », débute-t-elle, souriante et enthousiaste. Ce qu'elle fait tout au long de son étonnant parcours. Elle obtient d'abord une thèse à l'École pratique des hautes études, puis concrétise ses travaux quinze ans plus tard par un doctorat sur L'hormone de croissance : une cytokine qui bouscule les concepts de l'endocrinologie. Entre-temps, Mireille Raccurt réussit tous les concours du CNRS et devient ingénieur d'études puis ingénieur de recherche.
© E. Moureaux
C'est pourquoi notre biologiste est repartie en Antarctique d'octobre 2005 à février 2006, avec l'idée d'élargir ses recherches à l'homme pour mieux connaître son fonctionnement physiologique en conditions extrêmes. « Durant cette mission, j'ai effectué une étude de faisabilité d'un projet de recherche qui pourrait fédérer deux équipes de notre unité de recherche. L'objectif : mesurer l'impact des conditions extrêmes que représentent l'hypoxie 4 d'altitude et le froid sur la physiologie des résidents de la station polaire Concordia. » Aventurière, curieuse et aimant relever les défis, Mireille Raccurt est la troisième femme à avoir fait la montée du raid reliant la base Dumont d'Urville à la station Concordia sur le continent antarctique. Elle s'est même surprise dans cette expédition à conduire un camion challenger de quinze tonnes pendant plus de onze heures par jour. « J'étais dans un autre monde, je suis une grande chanceuse, c'était extraordinaire ! Quand je suis là-bas, je suis un peu comme Alice au pays des Merveilles », confie-t-elle. Une expérience qu'elle aimerait faire partager dans un livre qui pourrait s'intituler L'Antarctique au féminin, et qu'elle compte bien revivre bientôt, lors d'une prochaine mission scientifique. Seul le froid polaire pouvait avoir raison du sourire de Mireille Raccurt, qui pendant trois jours a eu les pommettes gelées… là-bas, au pays des glaces.
Lætitia Louis-Hommani
1. Laboratoire CNRS / Université Claude Bernard Lyon-I.
2. Ou Uncoupling Protein 1.
3. Producteurs de chaleur.
4. Manque d'oxygène.
Mireille Raccurt
Laboratoire « Physiologie intégrative, cellulaire et moléculaire », Lyon
mireille.raccurt@univ-lyon1.fr