
© S. Godefroy/CNRS Photothèque
Et puis, la bulle des nanosciences est arrivée… Et, aujourd'hui, installé au cinquième étage de son laboratoire, monsieur Purcell s'adonne à sa musique préférée. Il fait résonner des nanotubes de carbone 2 à l'unisson, comme d'autres accordent leur guitare 3. Une aubaine quand on sait qu'aucun de ces nanotubes n'est identique, et un grand espoir pour créer des systèmes électromécaniques à l'échelle du milliardième de mètre. L'énergique monsieur Purcell est aussi un sacré bricoleur. Certes, il fait de nombreux allers et retours entre sa maison de Caluire, près de Lyon, et les magasins de bricolage aux alentours, mais surtout, lui et l'équipe « Physique des nanostructures et émission de champ », qu'il dirige, fabriquent eux-mêmes ces fameux nanotubes 4. Ces derniers leur offrent le support de toute manipulation de matière, à l'atome près. Cette même équipe fait de lui, à cinquante ans, un chercheur heureux : « Il y a un an, nous n'étions que deux permanents, aujourd'hui nous sommes cinq. Et on s'amuse comme des fous. » Leur jeu ? Les « N&N's » ! L'enjeu ? Aider la microélectronique à atteindre l'échelle nanométrique. Avec un brin d'originalité en plus…
Habituellement, les chercheurs utilisent des nanotubes pour provoquer une émission de champ électrique : en appliquant une tension continue, des électrons sont extraits des extrémités des nanotubes, qui deviennent alors une source d'électrons à usage multiple (écrans plats, amplificateur de radiofréquence, rayons X portables…). L'équipe de monsieur Purcell, quant à elle, préfère se servir de cette émission de champ pour caractériser les propriétés d'un nanotube ou nanofil. Suivant cette démarche, les chercheurs arrivent à déterminer quatre propriétés : conductivité électrique, conduction thermique, absorption ou émission de lumière et rigidité mécanique. Des atouts qui leur ouvrent « des collaborations avec des sociétés comme Thales et des laboratoires comme le Laboratoire d'électronique de technologie de l'information (Leti) au CEA ». Au fait, monsieur Purcell se prénomme Stephen, mais il préfère Steve, c'est beaucoup plus simple.
Magali Sarazin
1. Laboratoire CNRS / Université Lyon-I.
2. Le diamètre de ces nanotubes, composés d'un ou plusieurs feuillets de carbone graphitique enroulés, est de 1,4 à 100 nanomètres pour une longueur de 1 micromètre.
3. Consulter le site web presse/communique/68.htm?&theme=2&debut=64
4. Catherine Journet, du LPMCN, a fabriqué des nanotubes pour sa thèse, l'une des premières en France sur le sujet.
Steve Purcell
Laboratoire de physique de la matière condensée et nanostructures (LPMCN), Villeurbanne
stephen.purcell@lpmcn.univ-lyon1.fr