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Livres

Le goût de l'étranger

Les saveurs venues d'ailleurs depuis la fin du xviiie siècle

Hélène d'Almeida-Topor, éd. Armand Colin, coll. « L'histoire à l'œuvre », avril 2006, 320 p. – 24 euros

 

Si « nous sommes ce que nous mangeons », les êtres humains devraient finir par se ressembler. Mais non. Et ceci malgré la standardisation des goûts liée à la mondialisation. On peut, encore aujourd'hui, se délecter d'un couscous et conserver des sentiments adverses à l'égard des Arabes. À partir du dépouillement de recueils de recettes, revues culinaires, guides gastronomiques et œuvres littéraires, l'auteur invite à analyser le regard porté sur les nourritures étrangères et, par-delà, sur l'Autre, de la fin du xviiie siècle à nos jours. Il montre comment la faculté d'emprunter, d'adapter, de nationaliser des mets provenant d'ailleurs, jointe au silence sur leur origine réelle qui entoure souvent ce processus, maintient immuable la fiction d'une cuisine nationale et/ou régionale et contribue à pérenniser l'idée, discutable, qu'il existe une hiérarchie dans l'art culinaire.

 

 

 

livres croisée sciencesLa croisée des sciences

Questions d'un philosophe

Jean-Michel Besnier, éd. Seuil, coll. « Science ouverte », mars 2006, 272 p. – 22 euros

 

Prenant appui sur des chroniques, conférences ou articles qu'il a proposés au public entre 1994 et 2005, l'auteur livre ici une vigoureuse réflexion sur le point de vue du philosophe dans l'approche d'un problème scientifique général. Un point de vue qui travaille toujours avec le sens commun, car « les savoirs dispensés par les universités sont le produit d'événements et de débats », et accepte d'être déconcerté. Message à « tous les penseurs du siècle qui commence : ne pas abdiquer devant le pouvoir de la science ni s'exiler sur les monts habités par les poètes, mais, dans leur fréquentation, accepter le dérèglement de ses propres concepts comme le meilleur aiguillon pour penser ».

 

 

 

Le défi pétrolier

Questions actuelles du pétrole et du gaz

Sadek Boussena, Jean-Pierre Pauwels, Catherine Locatelli et Carine Swartenbroekx, éd. Vuibert, mars 2006, 400 p. – 30 euros

 

« Il y a sans doute un problème du pétrole mais, contrairement aux idées reçues, il n'y a pas pénurie de pétrole et de gaz. » Présenté par des spécialistes de l'économie et de la géopolitique de l'énergie, cet ouvrage met en évidence certaines questions fondamentales de notre avenir énergétique. Il nous invite à ne pas perdre de vue les tendances lourdes et fondamentales du secteur des hydrocarbures « pour ne pas se laisser piéger par des extrapolations superficielles de phénomènes de court terme ».

 

 

 

livre reconnaissanceReconnaissance automatique de la parole

Jean-Paul Haton, Christophe Cerisara, Dominique Fohr, Yves Laprie, Kamel Smaïli, éd. Dunod, mai 2006, coll. « Universciences », 392 p. – 35 euros

 

Synthèse des techniques actuelles de reconnaissance automatique de la parole (RAP), et de synthèse de la parole (SAP), cet ouvrage traite des applications de ces techniques, de la télématique vocale (vérification d'identité par la voix, synthèse vocale…) à l'apprentissage des langues en passant par la traduction automatique.

 

 

 

Voyage avec Stevenson dans les Cévennes

Jean-François Dars, éd. Descartes&Cie, avril 2006, 251 p. – 15 euros

 

« … Et maintenant, sans savoir de quoi demain sera fait, faisons comme eux, sinon aussi bien qu'eux : partons. Comme il se mit en route un 22 septembre, je fis de même le 22 septembre 2005. » C'est ainsi que l'auteur, réalisateur de documentaires au CNRS Images, poussant un vélo et non plus un âne, entreprend – transcrit ici avec un grand bonheur d'écriture –, de revisiter le périple accompli par Stevenson avec son ânesse Modestine en 1878, du Monastier-sur-Gazeille à Alès. Un périple qui est devenu ethnographique, où la plume et le Leica – une cinquantaine de clichés en noir et blanc accompagnant le texte – font revivre la statue miraculeuse que Stevenson ne voulut pas voir, l'office de nuit à la Trappe de Notre-Dame-des-Neiges où il sentit vaciller sa foi presbytérienne, le viaduc de chemin de fer qu'il vit construire… Une mesure de l'évolution des mœurs et des mentalités en un siècle et demi au cœur des Cévennes.

 

 

 

Les maladies génétiques

De l'hémophilie au cancer

Pierre Kamoun, préface du professeur Axel Kahn, éd. J. Lyon, mars 2006, 183 p. – 17 euros

 

Plus de 8 000 maladies génétiques sont répertoriées concernant de près ou de loin 4 millions de Français (dont 5 000 atteints de myopathies et 6 000 de mucoviscidose). Complexes, elles regroupent les maladies héréditaires (transmissibles à la descendance) et non héréditaires. Cet ouvrage, vif et clair, comprenant données techniques minimum, schémas, historique et arbres généalogiques de familles types, explique les mécanismes généraux de l'apparition de ces maladies. Il donne des pistes thérapeutiques sérieuses et, répondant aux questions les plus courantes – Toutes les maladies humaines sont-elles génétiques ? Comment se transmet l'hémophilie ? Ces maladies peuvent-elles être contagieuses ? Le cancer est-il une maladie génétique ? –, dissout au fil de ses pages la peur que suscite la génétique. Deux sites internet français (Genatlas et Orphanet) sont indiqués en complément d'information pratique.

 

 

 

Le maoïsme au Népal

Lectures d'une révolution

Brigitte Steinmann (dir.), CNRS Éditions, coll. « Monde indien : sciences sociales, 15e-21e siècle », avril 2006, 272 p. – 29 euros

 

Depuis 1996, une guérilla se réclamant du maoïsme s'étend au Népal. Radicalisée par la répression du pouvoir royal, elle asphyxie progressivement la vallée de Katmandou, centre politique et économique du pays. Cette première étude d'ensemble de la rébellion maoïste népalaise propose, après une mise en perspective du présent avec l'histoire, une analyse des émergences de cette situation dans les médias et sur Internet, et s'ouvre sur la comparaison avec d'autres cas asiatiques d'insurrection et de terrorisme.

 

 

 

livre atlasAtlas des Français aujourd'hui

Dynamiques, modes de vie et valeurs

Laurence Duboys Fresney, cartographie de Claire Levasseur, préface de Christian Baudelot, éd. Autrement, coll. « Atlas », avril 2006, 184 p. – 25 euros

 

Inquiets, le moral en berne, les Français épargnent plus qu'ils n'investissent et ont de l'aversion pour le risque… Fondé sur les données les plus récentes, ce portrait des Français en 2006 s'ouvre par une analyse sociologique consacrée à la définition de la classe moyenne, enjeu de toutes les réflexions des différents gouvernements. 200 cartes permettent de prendre la mesure de difficultés caractéristiques d'aujourd'hui tout en relativisant la vision trop souvent catastrophiste d'évolutions qualifiées à tort de négatives. Une dernière partie traite des valeurs que les Français mettent en avant, peut-être pas aussi éloignées de celles des autres Européens.

 

 

 

Le pluralisme ordonné

Les forces imaginantes du droit (II)

Mireille Delmas-Marty, éd. Seuil, février 2006, 303 p. – 24 euros

 

« Ce qui domine le paysage juridique actuel, c'est le grand désordre d'un monde tout à la fois fragmenté à l'excès, comme disloqué par une mondialisation anarchique, et trop vite unifié, voire uniformisé, par une intégration hégémonique qui se réalise simultanément dans le silence du marché et le fracas des armes. » Comment y construire un ordre sans l'imposer, comment, par-delà le relatif et l'universel, admettre le pluralisme sans renoncer à un droit partagé ? Évoqué par un fragment de La voie de la sagesse de Vieira da Silva et le « pays des nuages ordonnés » gravé dans la pierre des marches de la Cité interdite, l'auteur propose le « pluralisme ordonné » : véritable révolution épistémologique, il n'est ni une fusion utopique ni une autonomie illusoire, mais « l'art de dessiner un espace juridique commun, par un équilibrage progressif qui préserve la diversité du monde et en accompagne le mouvement ». Autrement dit : à défaut d'instaurer un ordre immuable, inventer une harmonisation.

 

 

livre partage eauPartager l'eau

Les enjeux de demain

Alexandre Taithe, préface de Jean Jouzel, éd. Technip, mars 2006, 166 p. – 38 euros

 

Les règles de partage de l'eau sont d'autant plus complexes aujourd'hui que la concurrence s'accroît et qu'un véritable nouvel usager a fait son apparition : l'environnement lui-même. S'appuyant sur l'étude de plusieurs bassins hydrographiques du monde, cet ouvrage fait le point sur l'état actuel de la ressource en eau – partage, solutions à la pénurie croissante, gestion de cette ressource en France et dans les pays en développement – et montre comment elle doit être considérée comme un facteur de coopération et non plus d'affrontement. Dans ce cas, avec ou sans changement climatique, les enjeux réels et les défis sont d'ores et déjà d'ordre sanitaire, agricole et éthique.

 

 

 

L'intérêt souverain

Essai d'anthropologie économique spinoziste

Frédéric Lordon, éd. La Découverte,

coll. « Armillaire », avril 2006, 224 p. – 23 euros

 

Tandis que la science économique domine largement le champ des sciences sociales, Mauss et le mouvement anti-utilitariste, en défendant le don, semblent avoir versé dans l'exaltation du désintéressement. L'auteur pose ici cette question : pouvons-nous sortir de l'antinomie finalement improductive opposant utilitarisme économique et apologie enchanteresse du don ? La réponse est oui, grâce au concept spinoziste du conatus disant : « Chaque chose, fondamentalement intéressée par elle-même, s'efforce de persévérer dans son être. » Cet outil conceptuel posé, l'achat économique ou la saisie par violence, l'échange symbolique et tous les registres du don – cérémoniel, sociable, charitable, coupable – dépouillés de leurs vêtements obsessionnels (ingratitude, remords, terreur de prendre…) apparaissent comme les expressions et les métamorphoses de l'« intérêt à soi », interêt-conatus souverain. Et l'auteur de conclure que, cette fois en connaissance de cause, les acteurs peuvent continuer de jouer la comédie du don.

 

 

La face cachée de la sociologie

À la découverte des sociologues praticiens

Odile Piriou, éd. Belin, coll. « Perspectives sociologiques », avril 2006, 267 p. – 21 euros

 

Depuis vingt ans, un grand nombre de diplômés de haut niveau construisent et mettent en œuvre des savoirs acquis durant leur formation. Ni universitaires, ni chercheurs, ces sociologues exercent sous un statut de droit privé, développent des compétences spécifiques, construisent des carrières avec des identités ancrées dans leur discipline et leur milieu d'action (entreprises, associations, administrations…). Cet ouvrage analyse le type de reconnaissance dont relèvent ces praticiens de la sociologie qui évoquent la célèbre phrase de Durkheim (« Nous estimons que nos recherches ne mériteraient pas une heure de peine si elles ne devaient avoir un intérêt spéculatif ») et propose des pistes de réflexion pour l'étude des rôles sociaux et politiques joués par les sciences sociales en « contexte ».

 

 


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