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Géosciences

La Soufrière, volcan modèle

En Guadeloupe, des chercheurs passent le volcan de la Soufrière au crible de leurs nombreux appareils de mesure. Leur but : obtenir le maximum de données pour concevoir le premier modèle numérique d'un volcan.

En cette matinée de juin, le calme règne sur le toit du plus menaçant des volcans français. Pas pour très longtemps… Dans le ciel de Guadeloupe, un bruit de pales semble s'approcher du volcan de la Soufrière. Soudain, un hélicoptère sort des nuages et se stabilise à quelques mètres du sol. Le long d'un treuil, des hommes descendent en rythme, lestés de câbles et d'appareils divers. La mission s'annonce difficile, mais pas impossible pour les protagonistes, chercheurs au CNRS. Leur ambition : donner vie au concept de « volcan numérique », c'est-à-dire réaliser la synthèse des différents modèles issus de la géophysique, de la géochimie ou encore de l'hydrologie, en un unique modèle du volcan de la Soufrière. À la clef  : une meilleure connaissance de la structure de l'édifice, la compréhension de certains mécanismes internes et, qui sait, une prévision plus pointue de ses caprices.

 

soufrière

© D. Gibert

Volcan de la Soufrière, gouffre Tarissan. Entre autres techniques, la tomographie électrique a révélé le conduit hydrothermal qui relie la base du dôme aux zones actives du sommet.


 

Mais pour atteindre cette modélisation idéale, nos scientifiques doivent continuer à engranger des données : c'est l'objet de cette nouvelle campagne1 qui a débuté le 29 mai pour s'achever au début de l'été, juste avant la dégradation saisonnière des conditions climatiques. Au menu, une kyrielle de mesures pour étudier le volcan sous tous les angles. « On peut comparer notre approche à celle de l'imagerie médicale, explique Dominique Gibert, du laboratoire « Géosciences Rennes »2 et responsable de ce projet3 dans lequel sont impliqués de nombreux laboratoires du CNRS4. Il y a la partie imagerie structurale pour étudier l'architecture du volcan ou son évolution, et l'aspect imagerie fonctionnelle pour observer, comprendre ou prévoir son activité interne. »

 

Pour commencer cette campagne, nos chercheurs ont complété l'auscultation du volcan en couvrant de câbles et de capteurs son flanc nord-ouest, chamboulé par un important éboulement causé en 2004 par le séisme des Saintes5. Ensuite, les physiciens ont remesuré certains « profils » du volcan, pour étudier leur évolution dans le temps, grâce notamment à la tomographie électrique qui, en injectant un courant électrique en différents points, permet de connaître la structure 3D de l'édifice, mais témoigne aussi de l'activité souterraine : « En ce moment, les données montrent une forte réactivation du système hydrothermal sous le volcan de la Soufrière », affirme ainsi Dominique Gibert. Un autre signe : « Il y a une quinzaine d'années, on pouvait descendre dans le gouffre Tarissan, situé au sommet du dôme, où la température avoisinait les 40 °C. Aujourd'hui, elle frôle les 100 °C ! » Cette intensification pourrait être confirmée par d'autres analyses – en cours de traitement – effectuées récemment par des chercheurs du projet, dont des mesures des flux de dioxyde de carbone qui sortent des failles. Ceux-ci sont d'origine magmatique, et des dégazages importants sont preuve d'une activité volcanique plus intense. « En revanche, cette hausse d'activité ne présage en rien d'éventuelles éruptions », nuance le physicien. Imprévisibles volcans… D'ailleurs, le principal danger ne serait pas forcément une éruption :

« L'effondrement du dôme constitue une menace bien plus grande, poursuit-il. En effet, les géologues constatent que ce terrain est très instable et a tendance à s'altérer. Et si les 150 millions de mètres cubes du dôme s'écroulaient, cela pourrait provoquer une éruption. »

De retour en métropole, nos chercheurs utiliseront leurs nouvelles données pour affiner les différents modèles. Surtout, ils s'attelleront à les mettre en corrélation pour avancer sur la piste du volcan numérique. Mais les obstacles sont nombreux. Un exemple ? Il est difficile de gérer simultanément des données dont la précision varie énormément selon les techniques de mesure utilisées. Installé à l'observatoire volcanologique et sismologique de Guadeloupe, le volcan numérique se présente déjà sous la forme d'une plateforme informatique regroupant les différents modèles ainsi qu'une base de données. Si le concept n'est pas nouveau, la puissance de calcul des ordinateurs laisse entrevoir, pour la première fois, la possibilité d'un succès. « Ceci dit, nous ne savons pas encore si cela suffira pour obtenir un modèle unique et cohérent », avoue Dominique Gibert. D'autres équipes, notamment à Hawaï ou au pied du Vésuve, courent également après cette première mondiale.

 

Matthieu Ravaud

 

> À voir

http://volcanum.geosciences.univ-rennes1.fr

 

Notes :

1. Menée dans le cadre du projet « Structure et stabilité de la zone sommitale de la Soufrière de Guadeloupe », de l'action concertée incitative (ACI) « Risques naturels et changements climatiques » du Fonds national de la science (FNS).
2. Laboratoire CNRS / Université Rennes-I.
3. Avec Georges Boudon, directeur des observatoires volcanologiques de l'Institut de physique du globe de Paris (IPGP).
4. « Géosciences Rennes », IPGP, LGIT, « Magmas et volcans », Laboratoire Pierre Süe, LSCE, IUEM, LDG (CEA).
5. Sur cet épisode et l'activité sismique de la Guadeloupe, voir www.ipgp.jussieu.fr

Contact

Dominique Gibert
Laboratoire « Géosciences Rennes »,
dominique.gibert@univ-rennes1.fr


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