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Multimédia
© Jochen Gerner
On surnomme Quaero le « Google européen » ? Qu'en est-il réellement ?
Jean-Luc Gauvain : Quaero est avant tout un programme d'innovation industrielle. Il offre un cadre pour mutualiser des efforts de recherche et développement (R&D) afin de concevoir de nouveaux systèmes de recherche et de gestion de contenus numériques multimédias et multilingues, accessibles à un large public. Fondé sur un partenariat franco-allemand 2, il réunit des industriels, des PME et des laboratoires de recherche, dont six sont associés au CNRS 3. En France, le programme est piloté par Thomson. Le but de Quaero n'est donc pas tant de remplacer Google que d'offrir de nouveaux moyens de recherche dans des données multimédias, notamment audio et vidéo. Pour l'instant, le budget de Quaero est estimé à 250 millions d'euros, avec une participation de l'AII à hauteur de 90 millions d'euros.
Comment ce programme est-il organisé ?
J.-L. G. : Quaero est structuré autour de cinq projets « applicatifs » et de deux projets « technologiques ». L'un des deux, le Centre de technologies, regroupe l'essentiel des activités de recherche effectuées dans des laboratoires académiques ou industriels. Il sera chargé de développer les technologies de traitement automatique des contenus multimédias, sur lesquelles s'appuieront les cinq projets applicatifs – soit l'indexation, la recherche d'informations et la navigation, le traitement d'images fixes ou de vidéo, ou encore la transcription parole-texte, la traduction écrite ou orale et la reconnaissance de locuteurs, sans oublier les questions de protection de l'information. L'autre projet technologique sera voué, lui, à la constitution des bases de contenus annotés (textes et leurs traductions, documents audio et leur transcription, images et leur description…). Quant aux applications, elles concernent le développement de portails multimédias accessibles au grand public, plus pertinents et conviviaux ; un moteur de recherche multimédia ; un système intelligent de vidéo à la demande ; un système de gestion des ressources médias numériques et un programme de numérisation, avec annotation automatique, de documents papiers ou électroniques.
Quaero regroupe de nombreux partenaires, dont les domaines de recherche se recoupent. Comment les objectifs sont-ils répartis ?
J.-L. G. : L'une des particularités de Quaero réside dans sa méthode de fonctionnement et dans la distribution de ses tâches. Au sein du Centre de technologies, plusieurs partenaires travailleront sur un même domaine et avec un même objectif. Mais des critères d'évaluation seront établis en même temps que cet objectif sera défini. Régulièrement donc, les partenaires, qui auront travaillé de manière indépendante sur le même sujet, seront évalués par une autre structure. Les pistes de recherche les plus prometteuses seront alors mises en commun et échangées avec les autres partenaires. Ce système a une efficacité redoutable pour encourager l'excellence ! Ensuite l'un des partenaires du programme assurera le lien avec les acteurs des projets dits « applicatifs » pour intégrer le résultat des travaux de recherche.
Quel est l'agenda de Quaero ? Quels pourraient être les premiers résultats de ce programme ?
J.-L. G. : Avant d'être définitivement lancé, Quaero doit d'abord obtenir l'aval de la Commission européenne. Le programme doit durer cinq ans, mais les premières applications verront le jour dès la première année. En particulier, le moteur de recherche multimédia fera partie des premières réalisations visibles du programme.
Propos recueillis par Julie Coquart
1. Laboratoire CNRS / Université Paris-VI.
2. www.gtfa-2006.com
3. Partenaires Quaero : Arvato, Bertin, BNF, Clips-Imag, DGA, Exalead, France Télécom, GET-ENST, Ina, Inria, Ircam, IRIT, Jouve, Limsi, LIPN, LNE, LTU, MIG-Inra, Synapse, Thomson, université d'Aix-la-Chapelle, université de Karlsruhe, Vecsys.
Jean-Luc Gauvain
Laboratoire d'informatique pour la mécanique et les sciences de l'ingénieur (Limsi), Orsay
gauvain@limsi.fr