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Barbara Erazmus, Physicienne d'investigation

erazmus

© N. Tiget/CNRS Photothèque


Son nom aux résonances européennes1 lui va à ravir. D'origine polonaise, Barbara Erazmus, spécialiste de physique nucléaire au CNRS, vit en France depuis vingt-deux ans, et peut tout aussi bien converser en anglais ou en russe. Mais pour elle, là n'est pas l'important. « Je fais partie d'une communauté scientifique, l'Institut national de physique nucléaire et de physique des particules (IN2P3), qui a acquis une culture d'entreprise multinationale. Nos expériences, à l'échelle subatomique des noyaux, de leurs constituants aux particules élémentaires2, nécessitent de grands équipements mondiaux. Chacun a donc appris à travailler par projets. Ce que j'ai fait à mon tour en 1996 lorsque j'ai entrepris de coordonner la conception de détecteurs de nouvelle génération en silicium pour équiper l'expérience Star3 du Rhic, le collisionneur du Brookhaven National Laboratory aux États-Unis. Mais ajuster le travail de scientifiques issus de plusieurs pays à celui des industriels n'a pas été des plus faciles. Car nous poussons ces derniers à franchir un saut technologique, et ils nous abandonnent parfois en cours de route ! Cette participation au programme expérimental du Rhic4, poursuit la chercheuse avec satisfaction, nous a permis de reconstituer par la suite un plasma de quarks et de gluons, état de la matière inconnu sur Terre mais qui a existé à la création de l'Univers, juste après le Big Bang. Alors qu'on attendait une matière aux particules peu liées, ce plasma se comporte comme un fluide très dense.»

 

Depuis septembre 2005, Barbara Erazmus se partage entre le siège parisien de l'institut, où elle est chargée de mission pour la physique hadronique5, et son laboratoire nantais, le Laboratoire de physique subatomique et des technologies associées (Subatech) 6. Nommée là en 1988 au sortir de sa thèse après un concours de chargé de recherche du CNRS, elle n'en est jamais repartie. Devenue directrice de recherche en 1998, elle y exerce trois ans durant les fonctions de directrice adjointe. Un parcours rectiligne en accord avec sa vocation : l'investigation. « J'ai hésité entre le journalisme et la physique. À Glucholazy où j'ai grandi, un professeur de physique m'a finalement montré la voie, en faisant une entorse au programme du lycée. Il a abordé tout ce qui restait encore mystérieux. Il n'y avait pas de physiciens autour de moi mais je me suis donné les moyens d'atteindre mes objectifs : en multipliant les rencontres, on aide le destin ! »

Ainsi, à Annecy, au cours d'un séjour en France, alors qu'elle mène des études à Lódz sur la relativité générale, elle se laisse guider par une pancarte « Laboratoire de physique des particules ». À la clé, des rencontres certes, mais surtout la découverte du… Cern ! Retour en Pologne. Bien que son manuel de français s'intitule Un jour j'irai à Paris, c'est à Caen qu'elle part finalement s'établir. Elle a vingt-quatre ans. Elle se réoriente alors vers la physique nucléaire. Davantage de débouchés, pressent-elle, avec la construction du Grand accélérateur national d'ions lourds (Ganil) ! « En France, j'ai été surprise par le peu de place des sciences à l'école. En Pologne, on apprend la physique dans toutes les classes, on fait aussi très tôt des expériences de chimie ou de sciences naturelles. Ici, je suis obligée d'expliquer à mes enfants ce que sont les lois d'électromagnétisme, comment fonctionne le courant électrique… Car il n'y a pas cet éveil à la curiosité. Au final, les notions de base manquent pour comprendre les phénomènes naturels. Comment savoir poser les bonnes questions ? », interroge-t-elle encore.

 

Magali Sarazin

 

Notes :

1. L'humaniste Érasme (1466-1536) de Rotterdam croyait en une Europe unie.
2. Un atome est constitué d'un noyau atomique et d'électrons qui gravitent autour. Le noyau est fait de protons et de neutrons, eux-mêmes formés chacun de trois quarks.
3. Solenoidal Tracker at Rhic, collisionneur d'ions lourds.
4. Programmes Star, Phenix, Brahms, Phobos : Consulter le site web
5. Les quarks ne peuvent subsister à l'état isolé mais seulement liés entre eux par interaction forte. Ils forment alors des hadrons.
6. Laboratoire CNRS / Université de Nantes / École des mines de Nantes.

Contact

Barbara Erazmus
Laboratoire de physique subatomique et des technologies associées (Subatech), Nantes
barbara.erazmus@subatech.in2p3.fr


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