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Le vaccin a de l'avenir

Anne-Marie Moulin, médecin et philosophe des sciences, directrice de recherche au Centre d'études et de documentation économiques, juridiques et sociales (Cedej) 1

EXPERT

© D'après N. de Lavergne


Grippe aviaire, Sras, chikungunya… Face aux épidémies actuelles ou annoncées – deux siècles après l'invention de la vaccine2 contre la variole par Edward Jenner et cent ans après le vaccin contre la rage de Louis Pasteur –, la vaccination apparaît encore comme le meilleur outil de lutte contre les épidémies et ce, malgré les succès des traitements antibiotiques. Qu'en pensez-vous ?

A.-M. M. : De l'avis de tous, les vaccins demeurent un des meilleurs outils de santé publique internationale pour lutter contre les maladies infectieuses et diminuer l'inégalité d'espérance de vie entre les pays. Ils ont permis d'éradiquer la variole et la poliomyélite sur trois continents et pourraient aussi venir à bout de la méningite et de la rougeole dans les pays défavorisés. Le programme élargi de vaccination, ou PEV (tuberculose, diphtérie, tétanos, coqueluche, poliomyélite, rougeole), lancé depuis 1974 par l'OMS avec l'aide de l'Unicef, est d'ailleurs toujours d'actualité.

 

Lorsque vous dirigiez le département Santé/Sociétés de l'Institut de recherche pour le développement (IRD)3, vos missions, en Afrique notamment, vous ont fait néanmoins toucher du doigt les difficultés sur le terrain…

A.-M. M. : Oui, la vaccination demeure éminemment perfectible. Il faut bien choisir qui, quand et comment vacciner. De plus, l'outil vaccinal doit être amélioré. La qualité des vaccins laisse parfois à désirer : des ruptures répétées de la chaîne du froid ou des fautes d'asepsie pendant les campagnes peuvent avoir des conséquences désastreuses. Ensuite, le choix du type de vaccin, de son mode d'administration, du rythme des campagnes et de la population ciblée, doit être différent selon le profil épidémiologique du pays.

 

Mais d'autres obstacles, économiques et scientifiques, persistent aussi ?

A.-M. M. : Des obstacles économiques, certes. Faute de clients solvables, la production d'un vaccin contre les méningites adapté aux souches africaines a été arrêtée par les firmes. Un autre vaccin contre les rotavirus, agents de diarrhées infantiles mortelles en Afrique, a été retiré du commerce en raison d'incidents rares mais graves survenus aux États-Unis. Enfin, une vingtaine de vaccins au point dans les laboratoires attendent d'être promus. Mais il y a aussi des obstacles scientifiques : il n'existe toujours pas de vaccin contre les maladies en expansion sous les tropiques, comme les fièvres hémorragiques, et des parasitoses tels le paludisme et la bilharziose. C'est aussi le cas des « nouveaux virus » (ebola, chikungunya…). Sans parler du sida, priorité des priorités, qui attend toujours son ou ses vaccins !

 

Nous sommes donc loin d'une éradication des maladies infectieuses… Mais que peut-on attendre de l'avenir ?

A.-M. M. : Deux choses au moins. La première est l'inventivité de l'industrie vaccinale. De nouveaux types de vaccins se préparent, « bricolés » par les biologistes : associés à diverses molécules, intégrés à des germes non pathogènes « recombinés », ou encore fabriqués à partir d'ADN. Certains vaccins, dans le cas du VIH ou du paludisme par exemple, pourraient ainsi servir à freiner l'évolution de la maladie, et limiter sa gravité. La seconde est que, dans un monde globalisé où les épidémies font aisément le tour de la planète, les vaccins doivent être considérés comme des « biens publics globaux » à mettre en commun. C'est une idée qui circule actuellement, et des organisations internationales puissantes, dont le fonds Gavi4, s'emploient à susciter des partenariats inédits entre autorités politiques, laboratoires de recherche, producteurs de vaccins et distributeurs sur le terrain.

 

Pourtant, il existe aujourd'hui des réticences à l'égard des vaccins…

A.-M. M. : Dans les pays développés, ces réticences relèvent souvent de l'insatisfaction du public à l'égard de l'information reçue et du désir de participer davantage aux décisions. Au Sud, où des émeutes antivaccinales ont eu lieu (Philippines, Nigéria, Yémen, Cameroun…), elles révèlent la défiance des populations qui soupçonnent les vaccins de les rendre stériles et accusent l'Occident de vouloir lesdéposséder de l'arme des pauvres, la fécondité. Dans les deux cas, il est urgent de mieux communiquer sur la « science en train de se faire » : c'est un des enjeux de toutes nos sociétés. Bref, si personne ne remet en cause le choix historique de la vaccination, beaucoup reste à faire dans le domaine de l'application des vaccins.

 

Magali Sarazin

 

 

> À lire

Anne-Marie Moulin, L'aventure de la vaccination, éd. Fayard, 1996

Notes :

1. Centre CNRS / Ministère des Affaires étrangères.
2. Préparation, en vue de la vaccination antivariolique, du virus de la vaccine, responsable chez les bovidés et les équidés de la maladie du même nom.
3. Consulter le site web
4. Global Alliance for Vaccinal Initiative.


Contact

Anne-Marie Moulin
Centre d'études et de documentation économiques, juridiques et sociales (Cedej), Le Caire
moulin@cedej.org.eg


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