
Plateforme technologique
© LBM-ENSAM-UMR 8005 Au Cerah, un système de caméras filme les mouvements des personnes handicapées. Les sphères réfléchissantes servent de marqueurs pour reconstituer la démarche.
Une silhouette couverte de capteurs déambulant sur un plateau. Non, vous n'êtes pas sur le tournage d'un film de science-fiction, mais au Centre d'études et de recherche sur l'appareillage des handicapés (Cerah)1 de Créteil. Celui-ci accueille depuis 2002 un programme de recherche innovant sur l'analyse de la marche, fruit d'un partenariat entre le ministère de la Défense, le Laboratoire de biomécanique (LBM)2 de Paris et la société Proteor, spécialisée dans l'appareillage des personnes handicapées. Son but ? Analyser les mouvements de patients amputés d'un ou plusieurs membres inférieurs et déjà appareillés, afin d'aider l'équipe médicale à concevoir la prothèse la mieux adaptée à leur handicap et à améliorer ainsi la qualité de leur marche.
Concrètement, le dispositif se compose d'un plateau de marche avec deux capteurs au sol pour mesurer les efforts exercés par le pied en appui, et de douze caméras infrarouges reliées à un système informatique pour la mesure des mouvements. Des sphères réfléchissantes (marqueurs) sont également placées sur différents segments du corps du patient : jambes, cuisses, bassin. Lorsque la personne se déplace sur le plateau, la position d'un marqueur est captée par les caméras qui, grâce à un traitement numérique, permettent d'obtenir les coordonnées du point dans l'espace. Un logiciel traite ensuite les données recueillies sous forme de courbes présentant l'évolution des paramètres au cours de la marche : au total, 110 variables sont ainsi relevées, comme l'inclinaison latérale du bassin, la flexion-extension du genou ou bien la pression exercée par le pied sur le sol. Autant de paramètres qui peuvent ensuite être comparés à ceux d'une marche « normale ».
Ce système apporte des informations précises et précieuses aux médecins : « Ces données quantitatives aident à déterminer la prothèse de pied, genou, fémur ou autre, la mieux adaptée à l'âge et à l'activité du patient, à optimiser sa conception et le choix de ses composants, et à définir le programme de rééducation adéquat », annonce le professeur François Lavaste, porteur du projet, qui fut conjointement directeur du Cerah et du LBM de 2002 à 2005. Spécialisé dans l'étude et la recherche en matière de handicap locomoteur, le Cerah accueille les cas les plus sérieux parmi les personnes amputées des membres inférieurs, qu'ils soient civils ou militaires, et dispose, en partenariat avec l'École nationale supérieure des arts et métiers (Ensam) de deux plateaux de marche : l'un à Metz, l'autre à Créteil. « Sur place, le Cerah regroupe un service de consultation médico-technique avec médecins, orthoprothésistes, ergothérapeutes et équipes de recherche. Cela a facilité la mise en place et le développement de ce projet », rappelle le chercheur, qui travaille déjà à d'autres programmes de recherche prometteurs avec le Cerah : « À Metz, nous installons un escalier muni de capteurs qui permettra cette fois d'analyser les sujets en situation de montée ou de descente, et de progresser dans ce domaine. » Une marche de plus à gravir dans le domaine du handicap locomoteur.
Lætitia Louis-Hommani
CNRS : mieux intégrer le handicap
Recherche et handicap peuvent faire bon ménage : c'est un peu ce que le CNRS a voulu montrer à travers deux manifestations récemment organisées au siège de l'organisme. Son objectif ? Sensibiliser la communauté scientifique au handicap, et affirmer sa volonté d'avancer et de rester innovant dans ce domaine. Le 23 mars 2006, une action réalisée en coopération avec l'Association « Travail et handicap dans la recherche publique » (Atharep) s'est ainsi adressée aux responsables d'unités de recherche du CNRS, ainsi qu'à toute personne intéressée par le handicap dans le monde du travail. Elle a permis aux participants d'apprécier l'apport qualitatif d'une personne handicapée dans une structure de recherche, notamment grâce au témoignage de chercheurs handicapés en activité. Différentes interventions de scientifiques autour des thèmes « management et handicap », « accessibilité », « aménagement et poste de travail », « formation continue » et « apport de la personne handicapée en tant que valeur ajoutée » ont été suivies de débats. La seconde rencontre a eu lieu le 6 avril, avec une journée d'information sur l'impact de la loi sur le handicap concernant le recrutement et les compensations1. Parrainée par le CNRS et organisée par l'Atharep, elle a regroupé des représentants de partenaires extérieurs – universités et autres établissements publics à caractère scientifique et technologique (EPST) –, des personnes handicapées et des professionnels du social.
L. L.-H.
1. Moyens humains et matériels permettant à une personne handicapée d'exercer son activité professionnelle dans les mêmes conditions que ses collègues valides
1. Sous la tutelle de la Direction des statuts, des pensions et de la réinsertion sociale du ministère de la Défense.
2. Laboratoire Ensam / CNRS.
François Lavaste
Laboratoire de biomécanique (LBM), Paris
francois.lavaste@paris.ensam.fr