
Robotique
© AIST/JRL Ce robot humanoïde est en fait un instrument de recherche qui servira à tester les logiciels des différents domaines d'intelligence artificielle : locomotion, perception, prise de décision.
Au pays du Soleil Levant, les HRP-2 constituent toute une fratrie : ils ne sont pas moins de quatorze. Mais tandis que treize d'entre eux ont été placés dans des laboratoires de recherche au Japon, le quatorzième connaîtra un sort exceptionnel : si tout va bien, il fera à la fin du mois de juin ses premiers pas à Toulouse, au sein du laboratoire franco-japonais Joint Robotics Laboratory (JRL)1, situé dans les locaux du Laboratoire d'analyse et d'architecture des systèmes (Laas) du CNRS à Toulouse. Mais ce n'est pas pour la souplesse de ses pas et la beauté de ses traits, conçus par un dessinateur de manga, que les équipes de recherche viendront en pèlerinage auprès de l'humanoïde. Comme un synchrotron ou un grand télescope, HRP-2 est un instrument de recherche, mis à la disposition de l'ensemble de la communauté scientifique, d'où son titre à rallonge : « plateforme de robot humanoïde ». Pas moins de quinze projets issus de dix équipes françaises ont ainsi été définis autour de thématiques diversifiées allant de la locomotion et de la manipulation à l'interaction homme-robot. Au final, le CNRS se dote avec HRP-2 d'un outil performant pour mener une recherche de pointe dans les domaines de la robotique.
Pour comprendre de quelle manière notre Goldorak contemporain sera sollicité, il faut se plonger dans les fondamentaux de la robotique : « Un robot est une machine que l'on voudrait rendre autonome, explique Jean-Paul Laumond, codirecteur 2 du JRL. Notre objectif est triple : lui inculquer des capacités de perception, de prise de décision et d'action. Ces facultés seront apportées par des logiciels développés dans différents laboratoires nationaux. Les équipes viendront les tester sur HRP-2. » Celui-ci justement s'y prête à merveille : il est le plus complexe de sa génération. Sa maîtrise de la locomotion et de l'équilibre est époustouflante et son pouvoir de saisir un objet en fait un robot multifonction. Les équipes de recherche travaillent à améliorer la planification et la coordination des mouvements : tendre un objet à une personne en lui faisant face ou se diriger vers un lieu montré du doigt par l'expérimentateur, reconnaître sa voix et déchiffrer ses mots… Autant de défis qui progressent à petits pas.
© LAAS-JRL Pour que le robot humanoïde puisse effectuer des tâches dynamiques, transporter un objet encombrant par exemple, les chercheurs du Laas ont développé une méthode de décomposition et de planification du mouvement.
Mais sans doute le plus ambitieux est-il de lui inculquer un minimum de savoir-vivre pour que ses futurs congénères se comportent en compagnons agréables pour les vrais bipèdes, les acquéreurs potentiels. Cela signifie dans le jargon des spécialistes, « une autonomie décisionnelle dans un environnement dynamique », comme le souligne Rachid Alami, du groupe « Robotique et intelligence artificielle » du Laas. « Notre objectif est que le robot prenne des décisions en imitant les attitudes humaines. Dans la vie quotidienne, lorsque vous saisissez un objet, vous tournez la tête dans sa direction… Sans quoi vous suscitez la surprise et la méfiance. Faire adopter une telle attitude au robot suppose qu'il soit en mesure de prendre une décision en fonction de la présence de l'homme. De même, si son compagnon est un enfant, il devra adopter des gestes plus doux. » Sans ce minimum de mimétisme humain, le robot dérange et angoisse.
Quant à savoir comment fonctionne ce qui lui fait office de cerveau… Là aussi beaucoup reste à faire. À cause de sa complexité, HRP-2 permet le développement d'une interface portée vers les neurosciences. « Il y a deux types de démarches complémentaires, souligne Jean-Paul Laumond. Soit on comprend les mécanismes chez l'homme pour les reproduire et ainsi concevoir le robot. Soit à l'inverse, il arrive que la conception de la machine nous éclaire sur certains aspects du fonctionnement de l'homme. » Alors, si par la grâce d'un logiciel, un comportement pseudo-humain apparaît chez le robot, sommes-nous en mesure de tirer des conclusions sur le fonctionnement du cerveau ? « Je suis très réservé quant à cette transposition de modèles robotiques sur l'homme. Reproduire et transposer ne signifie pas valider », conclut Jean-Paul Laumond. C'est donc un vaste programme, riche en débats et réflexions, qui va se cristalliser autour de l'humanoïde de Toulouse.
Azar Khalatbari
1. Un laboratoire international associé du CNRS centré sur deux laboratoires CNRS en France (le Laas à Toulouse et le Lirmm à Montpellier) et sur le site AIST de Tsukuba au Japon.
2. Le JRL France est dirigé par Jean-Paul Laumond et Eiichi Yoshida.
Laboratoire d'analyse et d'architecture des systèmes (Laas), Toulouse
> Jean-Paul Laumond
jpl@laas.fr
> Eiichi Yoshida
yoshida@laas.fr