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Il suffira d'un signe

Manuel Davy

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© J. Coquart


« Les signaux nous entourent », annonce Manuel Davy. Faut-il s'en inquiéter ? A priori non, selon ce sympathique chercheur du Laboratoire d'automatique, génie informatique et signal (Lagis) de Lille1, d'autant qu'ils fournissent de la matière à ses recherches foisonnantes en traitement du signal. Un électroencéphalogramme, un enregistrement de musique, une conversation, ou le nombre de connexions à un serveur sur Internet… Tous sont des signaux, avec leurs caractéristiques propres, leur variabilité, leur probabilité de réalisation… Et traiter un signal, la spécialité de notre jeune chercheur, c'est en extraire des informations, le caractériser ou le classer.

À trente-quatre ans, le jeune Normand exilé à Lille – pour son plus grand plaisir – s'y emploie depuis longtemps. Depuis l'école centrale de Nantes, qu'il rejoint après un cursus classique à Caen : études secondaires, classes prépa… pourquoi a-t-il choisi cette école ? « Parce qu'elle proposait une option “traitement du signal” et que ce qui concernait l'audio m'intéressait déjà. Mais aussi parce que je pouvais continuer à faire de la planche à voile », plaisante Manuel. Guitariste dans un groupe de « trash musette » en prépa, passionné de sono, Manuel aborde les signaux surtout par le son.Pendant son cursus d'élève ingénieur, il partage des randonnées à ski en haute montagne avec un professeur en traitement du signal, Christian Doncarli, qui deviendra son directeur de thèse. C'est également là qu'il rencontre sa femme. Après l'école centrale, Manuel poursuit sa thèse à Nantes, au sein de l'Institut de recherche en communication et cybernétique de Nantes (Irccyn)2, son futur labo quand il entrera au CNRS en 2001. Mais entre-temps, ce spécialiste des signaux séjourne à l'université de Cambridge (Grande-Bretagne) où il s'attelle à développer des méthodes dédiées aux signaux audio.

 

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© M. Davy

La représentation temps-fréquence d'un enregistrement de guitare permet d'extraire plus facilement les caractéristiques du signal (rythme, tempo, hauteur…)


 

« En fait, l'audio est aussi un prétexte : ce qui me passionne dans le traitement du signal, c'est de développer des méthodes génériques, adaptées à une grande variété de contextes. Partant d'un problème posé par une application particulière – comment déceler une pathologie par l'étude du tracé d'un électroencéphalogramme, par exemple –, je mets au point un modèle mathématique et un algorithme que l'on peut adapter à d'autres applications. Au quotidien, je ne vois pas de frontière entre recherche fondamentale et recherche appliquée », souligne Manuel.

 

Et de citer d'autres exemples d'applications pour lesquelles le jeune chercheur fait carburer sa matière grise, comme le développement d'un système de reconnaissance de défaut d'enceinte acoustique sur la chaîne de production. « L'intérêt est double pour ce domaine, où deux milliards de haut-parleurs sont fabriqués chaque année : pour l'entreprise, il s'agit de diminuer le nombre de produits défectueux bien sûr, mais il en va aussi de la santé des “oreilles d'or”, ces opérateurs qui détectent les défauts à l'oreille. » Autre sujet sur lequel Manuel travaille depuis longtemps : la retranscription automatique de la musique. Un outil complexe à concevoir : le programme doit être capable d'identifier à tout moment quelles notes sont jouées, par quel instrument, alors que tout se superpose. Manuel vient d'ailleurs de diriger un livre sur le sujet3. Un travail collectif qu'il affectionne. Signe de son attachement aux relations humaines, le jeune chercheur est en « liaison quotidienne grâce au courrier électronique avec de nombreux collègues et amis, en France comme à l'étranger. On parle de tout, de la pluie et du beau temps, et de ce qu'on pense du dernier algorithme de chacun ». Malgré ses journées de travail chargées, il a une vie de famille bien remplie, avec deux enfants, de cinq ans et quatre mois, pour qui il fait la cuisine « tous les soirs, pour décompresser ». Et ébéniste à ses rares heures perdues, c'est lui qui a fabriqué tous les meubles de la maison !

 

Julie Coquart

Notes :

1. Laboratoire CNRS / École centrale de Lille / Université Lille-I.
2. Laboratoire CNRS / École Centrale de Nantes / École des mines de Nantes / Université de Nantes.
3. Anssi Klapuri et Manuel Davy (éd.), Signal Processing Techniques for Music Transcription, éd. Springer New York.


Contact

Manuel Davy
Laboratoire d'automatique, génie informatique et signal (Lagis), Lille
manuel.davy@ec-lille.fr


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