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4. Préserver les ressources renouvelables

Pour commencer, écartons une querelle sémantique. Faut-il qualifier les ressources vivantes comme le bois ou l'eau de « renouvelables » ou de « naturelles » ? De « renouvelables ». Jacques Weber, directeur de l'Institut français de la biodiversité, y tient : « On peut au mieux retarder l'épuisement des mines de charbon ou des puits de pétrole en ralentissant leur rythme d'exploitation. En revanche, il est possible de prélever éternellement des ressources “renouvelables” si l'on prend soin de ne pas prélever plus que le renouvellement des ressources exploitées. »

Protéger la diversité des espèces vivantes en contrecarrant son érosion actuelle suppose par conséquent de surveiller scrupuleusement la gestion desdites ressources par leurs utilisateurs, les humains au premier chef. Concernant le bois, une très vieille connaissance d'Homo sapiens, « 3 à 4 milliards de mètres cubes (dont la moitié sous forme de bois de feu) sont exploités annuellement sur la planète », rappelle Jean-Luc Peyron, directeur d'Ecofor1. Comment rationaliser leur gestion, souvent sauvage dans les pays en développement, et pérenniser les ressources qu'ils renferment ? En se rappelant « qu'il n'y a pas de gestion sans contrôle et que tout contrôle a un coût. Et qu'il n'y a pas non plus de gestion sans sanction, et sans application de ces sanctions », répond Jacques Weber.

 

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© J.-L. Peyron

Inciter les propriétaires forestiers à laisser vieillir plus de bois serait un excellent moyen d'entretenir la biodiversité.


Parmi les outils ad hoc : la « certification de la gestion forestière durable », sous forme de plusieurs dispositifs post-Rio mis en place à l'échelle mondiale pour savoir si du bois vendu sur le marché provient de forêts gérées durablement. Parallèlement, la lutte contre le pillage ou l'exploitation illégale s'organise au niveau européen avec l'instauration d'une procédure de contrôle. « Sachant l'intérêt pour la biodiversité du bois mort en forêt (auquel sont inféodées de nombreuses espèces faunistiques et floristiques), un autre dispositif pourrait se mettre en place en Europe, consistant à inciter les propriétaires forestiers à laisser plus de bois en l'état, moyennant une juste compensation », suggère Jean-Luc Peyron. Plus globalement, sauvegarder la biodiversité présente dans les écosystèmes forestiers, prioritairement agressés par l'extension de l'agriculture, suppose que toutes les parties prenantes soient associées à l'élaboration des stratégies de gestion et que la discussion porte au préalable sur l'état souhaitable des ressources pour la génération suivante.

 

 

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   L'eau, ressource fragile

 

Des réflexions forcément valables pour l'eau. Milieu de vie, ressource pour les systèmes biotiques et sociaux, agent géomorphologique des paysages…, l'or liquide, doux ou salé, constitue un enjeu fiché au cœur des questions liées au développement de nos sociétés et à la biodiversité. Mais sa situation dans le monde est bouleversée par trois facteurs majeurs : l'évolution du climat, la pollution inhérente aux concentrations urbaines au Nord comme au Sud qui conduit à un surcoût en matière de traitement, la croissance démographique à l'origine de besoins accrus. « Son caractère limité et fragile saute aux yeux, analyse Michel Vauclin, chercheur au Laboratoire d'étude des transferts en hydrologie et environnement2 et directeur scientifique du programme Écosphère continentale3. Depuis plusieurs décennies, les demandes pour l'environnement et les activités humaines conduisent bien souvent à une dégradation de la qualité des eaux superficielles et souterraines, ainsi que des sols et des écosystèmes continentaux et marins. » Grosse ombre au tableau : la nécessaire limitation de l'accès à cette ressource-clé. « Le système de “l'accès libre”, qu'il s'agisse de l'eau ou des autres ressources naturelles, conduit à la fois à leur dégradation et à la ruine économique », certifie Jacques Weber. Une preuve parlante ? L'activité halieutique en Europe, qui dérive depuis les années cinquante « vers une fin écologiquement certaine et humainement dramatique » et démontre que « le contrôle de l'accès aux ressources est la seule mesure permettant d'en gérer les prélèvements ». Pour la plupart des espèces, la capacité de renouvellement est en effet plus ou moins gravement touchée. Réduire les ponctions, via l'instauration de quotas s'avère donc « un impératif absolu ». Pour avoir su assurer la préservation de la biodiversité, les pêcheries d'anchois et de sardines en Afrique du Sud et de calmars autour des îles Malouines ont repris du poil de la bête.

Reste à espérer que la (bonne) volonté des politiques suivra. Il serait fâcheux d'attendre que les atteintes à la biodiversité deviennent totalement insupportables pour qu'ils retroussent leurs manches.

 

Philippe Testard-Vaillant

 

 

Environnement et développement durable au CNRS

Au printemps 2005, le conseil scientifique du CNRS décidait de la création du nouveau département « Environnement et développement durable » (EDD). Bernard Delay, son directeur, nous le présente.

 

 

Quelle est la spécificité du département EDD ?

C'est un département transversal, qui a vocation à travailler avec l'autre département transversal – Ingénierie –, avec les quatre autres départements, thématiques eux1, et les deux instituts2. EDD représente ainsi un domaine scientifique – et non une discipline –, celui de l'environnement. Pour répondre aux questions de société, EDD utilisera les connaissances et compétences des sciences qui le composent. Cela implique des recherches fondamentales de qualité.

 

Quels sont les laboratoires susceptibles d'être rattachés à EDD ? Sur quels critères sont-ils sélectionnés ?

Aujourd'hui, le potentiel du département est de quelques dizaines d'unités, dont le recensement s'est effectué sur la base d'une enquête. Par exemple, un laboratoire en économie qui ne s'affiche pas comme appartenant à EDD peut avoir l'une de ses équipes qui travaille sur l'économie de l'environnement.

 

Comment comptez-vous les intégrer dans l'action d'EDD ?

Le rattachement se fera sur la base du volontariat, par les directeurs d'unités. La plupart de ces unités sont centrées autour de Paris ou Montpellier. Certaines sont plus ou moins regroupées dans d'autres régions, mais beaucoup sont géographiquement isolées. C'est pourquoi nous avons comme projet de créer des laboratoires nationaux à implantation régionale. Sortes de groupements de recherche renforcés, ces laboratoires sans murs groupés autour d'une thématique bénéficieront de tous les types de moyens et seront l'occasion de constituer des plates-formes.

 

Quels sont vos projets au sein d'EDD ?

EDD participera, notamment de façon financière, au programme Ecco (Écosphère continentale). J'aimerais aussi lancer un nouveau programme Énergie, en intégrant les énergies alternatives. Bientôt, devraient voir le jour un programme sur les maladies émergentes zoodépendantes ainsi qu'un autre en lien avec la chimie verte. Entre autres…

 

Julie Coquart

 

 

1. « Mathématiques, informatique, physique, planète et Univers », Vivant, Chimie, « Homme et société ».

2. Institut national des sciences de l'Univers (Insu) et Institut national de physique nucléaire et de physique des particules

 

 

CONTACT :

Bernard Delay

bernard.delay@cnrs-dir.fr

 

 

Notes :

1. Le GIP Ecofor est un groupement d'intérêt public regroupant neuf organismes scientifiques, dont le CNRS.
2. Laboratoire CNRS / INPG / IRD / Université Grenoble-I.
3. Voir Le journal du CNRS de janvier 2006.


Contact

> Michel Vauclin
the@hmg.inpg.fr

> Jean-Luc Peyron
jean-luc.peyron@gip-ecofor.org


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