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5. Restaurer la biodiversité

aigle okL'homme est quand même un drôle de zèbre. Quand les moins scrupuleux de ses représentants semblent prendre un malin plaisir à « saigner » la biodiversité, d'autres s'emploient à la cicatriser en multipliant les projets de réintroduction d'espèces de plantes ou d'animaux dans des zones d'où elles ont été éliminées ou d'où elles ont disparu. Rien qu'aux États-Unis, plusieurs centaines de ces opérations de la dernière chance sont menées chaque année, l'Australie et la Nouvelle-Zélande faisant également partie, dans ce domaine, des pays les plus volontaristes. Bilan des courses : jusqu'en 2004, 424 espèces de plantes, 210 espèces de vertébrés et 65 espèces d'invertébrés ont fait l'objet d'une tentative de réintroduction de par le monde, le taux de réussite de ces actions fluctuant, selon les auteurs, de 10 % à 50 %.

 

En France, le vautour fauve, exclusivement charognard, a quant à lui fait son « come-back » dans les Grands Causses (aux limites de l'Aveyron et de la Lozère) de 1981 à 19861, après y avoir été décimé dans les années quarante par des tirs ou des empoisonnements. À l'heure actuelle, la colonie comprend plus de 130 couples nicheurs. Orchestrés par des naturalistes agissant par passion à titre privé ou dans le cadre d'organismes associatifs ou d'espaces protégés, ces coûteuses actions de réintroduction exigeant un suivi à long terme bénéficient de plus en plus du renfort « des biologistes qui souhaitent contribuer à en optimiser l'efficacité et à en extraire des informations fondamentales, assure François Sarrazin, membre du laboratoire « Conservation des espèces, restauration et suivi des populations »2. En effet, la restauration constitue par essence un test ultime, grandeur réelle, des théories écologiques, ces informations permettant, à terme, d'éviter l'extinction, et donc le recours aux réintroductions ».

Pour qu'une stratégie de réintroduction soit couronnée de succès, l'identification et l'éradication des facteurs à l'origine du déclin ou de la disparition de l'espèce intéressée (altération et fragmentation de l'habitat, introduction d'espèces exotiques, surexploitation…), ainsi que la bienveillante neutralité des populations locales vis-à-vis de son « grand retour », sont des préalables indispensables. Mais « toute la difficulté consiste ensuite à contrôler les processus environnementaux, comportementaux et génétiques susceptibles d'affecter les paramètres démographiques de survie, de reproduction ou de dispersion des individus relâchés et de leurs descendants », dit François Sarrazin. D'où l'importance de résoudre en amont une volée de questions : faut-il transférer des individus issus de populations naturelles plus ou moins proches géographiquement ou les lâcher après leur passage en captivité ? À quel rythme et à quel âge ? Combien ? Où ? Selon quel sex ratio ?, etc.

 

 

fleur 

  Prévenir plutôt que guérir

 

Réintroduire des espèces en péril, procédure coûteuse et délicate, n'en reste pas moins un recours ultime. Car mieux vaut prévenir que guérir. Sans tarder. Les espèces, dont 12 à 52 % seraient menacées, prévient l'Union mondiale pour la nature, s'éteignent aujourd'hui cent à mille fois plus vite qu'aux temps géologiques anciens. Et d'après certains, ce rythme pourrait être 10 000 fois plus élevé dans les prochaines années. Une initiative encourageante est à mettre à l'actif de l'Europe : grâce au réseau « Natura 2000 », 17 % de la surface des pays membres de l'Union sont officiellement protégés, pour autant que les crédits veuillent suivre. Pour mémoire, l'Europe s'est engagée à diminuer de moitié la perte de sa biodiversité à l'horizon 2010.

En France ? Bâtis sur le même schéma que les « réserves de biosphère », les 44 parcs naturels régionaux actuellement en service impliquent 3 685 communes, couvrent 13,6 % de l'espace national et font des émules, preuve que le concept (protéger et mettre en valeur de grands espaces ruraux habités) a du succès. À saluer aussi : l'achat de terrains en bord de mer à des fins de protection et de conservation des milieux côtiers (terrestres et marins) par le Conservatoire du littoral. Mais le seul dispositif de conservation commun à tous les pays de la planète reste le programme L'homme et la biosphère (Man and Biosphere, MAB), lancé en 1971 par l'Unesco, qui a permis la mise sur pied de 482 « réserves de biosphère » majoritairement terrestres. Il s'agit d'un ensemble de sites modèles disséminés dans 102 États où s'expérimentent, dans une perspective de développement durable, des schémas de coopération intelligente entre les hommes et la nature. Un archipel qui – seule l'utopie est réaliste… – pourrait un jour se faire continent afin que la Terre ne soit plus qu'une seule et même vaste « réserve de biosphère » !

 

Philippe Testard-Vaillant

 

 

 

 

 

Vers une expertise scientifique internationale ?

 

Face à l'érosion de la biodiversité, la communauté scientifique a lancé en janvier 2005 un appel afin de mettre en place un mécanisme international d'expertise scientifique (Imoseb1. Soutenue par Jacques Chirac lors de la Conférence internationale sur la biodiversité tenue à l'Unesco, cette initiative a été reprise lors de la conférence du programme scientifique international Diversitas au Mexique, en octobre 2005. Une consultation a été lancée par le gouvernement français, pour évaluer les besoins et les options de l'Imoseb. Les objectifs de ce mécanisme ? Fournir des informations sur les enjeux et les conséquences des bouleversements annoncés pour éclairer les processus de décision. Le comité de pilotage international de cette consultation s'est réuni pour la première fois en février 2006. Il a proposé de réfléchir d'abord aux attentes et aux besoins de tous les décideurs. Il a pointé le déficit d'information et le manque d'organisation des sources. Il a également mis en avant l'importance de produire des scénarios pertinents et de faire émerger des problèmes prioritaires. Le secrétariat exécutif de ce processus consultatif est actuellement confié à l'Institut français de la biodiversité en partenariat avec Diversitas. Il est accueilli par le Cirad à Montpellier.

 

Julie Coquart

 

1. International Mechanism of Scientific Expertise on Biodiversity – www.imoseb.net

 

CONTACT :

Didier Babin,

didier.babin@gis-ifb.org

 

 

 

Notes :

1. 61 individus, provenant d'Espagne, des Pyrénées françaises et de divers zoos, ont alors été relâchés.
2. Laboratoire CNRS / MNHN / Université Paris-VI.

Contact

François Sarrazin
francois.sarrazin@snv.jussieu.fr


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