
Astronomie
Ce n'est ni le premier, ni le dernier, ni le plus petit, ni le plus gros. Et pourtant, « 2004 XR 190 » n'en finit pas d'exciter les chercheurs. Ce planétoïde, qui navigue à 8,7 milliards de kilomètres du Soleil (soit 58 unités astronomiques1), a été découvert en décembre 2004 lors d'un programme de routine2 du télescope Canada-France-Hawaï (CFHT)3. Depuis, il mobilise toute une armée de télescopes : après l'avoir observé en octobre, les astronomes l'ont à nouveau scruté un mois plus tard puis une fois encore en février. La raison de cette obstination ? 2004 XR 190 tournerait trop rond et trop loin au goût des chercheurs, parmi lesquels Jean-Marc Petit, chargé de recherche au Laboratoire d'astrophysique de l'observatoire de Besançon (LAOB)4.
Jusqu'en 1992, la mise au jour de 2004 XR 190 aurait constitué une révolution. Mais depuis la découverte du premier objet de la ceinture de Kuiper – ces planétoïdes se mouvant au-delà de Neptune –, c'est par centaines que ces corps ont été découverts. Si leur taille varie, une chose réunit cependant ces mondes glacés : ils s'éloignent en théorie peu du Soleil. Seul Sedna, découvert en 2003, est l'exception qui confirme la règle, en restant en permanence au-delà de 7,5 milliards de kilomètres (50 UA). Mais pour cet objet-là, les scientifiques pensent qu'il a été éjecté de son orbite par le passage d'une étoile dans la banlieue de notre Soleil. Une thèse d'autant plus sérieuse, argumentent-ils, qu'il se promène sur une trajectoire très elliptique.
D'où l'émoi des astronomes lorsqu'ils découvrent 2004 XR 190. S'écartant de l'écliptique5 de 47 °, l'objet, baptisé Buffy, en référence à la série TV, se déplace sur un cercle presque parfait, à une distance très éloignée du Soleil, variant entre 7,5 et 10 milliards de kilomètres (entre 50 et 67 UA). Comment s'est-il retrouvé là ? Les planétologues, perturbés, en sont au stade des hypothèses. Selon eux, cette orbite atypique pourrait s'expliquer par des phénomènes gravitationnels complexes ayant eu lieu lors de la formation du système solaire. « Mais cette possibilité pousse nos théories jusqu'à leurs limites, explique Jean-Marc Petit. Cela indique que l'histoire du système solaire primordial est beaucoup plus compliquée que nous ne le pensions. Bref, qu'il va falloir encore travailler pour la reconstituer. »
Vahé Ter Minassian
1. 1 UA = 149 598 000 km et correspond à la distance Terre-Soleil.
2. Programme Canada-France Ecliptic Plane Survey (CFPES) du Legacy Survey.
3. CNRS / Conseil national de recherches Canada / Université d'Hawaï.
4. Laboratoire CNRS / Université de Besançon.
5. Le plan dans lequel tournent toutes les planètes du système solaire.
Jean-Marc Petit
Laboratoire d'astrophysique de l'observatoire de Besançon (LAOB)
petit@obs-besancon.fr