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Microbiologie

Les très nombreux virus de l'extrême

On savait déjà que les abysses – un milieu extrême où la température peut dépasser les 100 °C – abritaient des populations d'animaux et de micro-organismes très originaux. Les virus manquaient à l'appel… jusqu'à la découverte en 2003, par une équipe du Laboratoire de microbiologie des environnements extrêmes (LM2E)1, du premier du genre, PAV1. Depuis, les dernières études ont révélé que ces virus étaient bien plus nombreux et variés qu'on ne le supposait. Et les chercheurs pensaient que, comme PAV1, ils vivaient surtout aux dépens d'“archéobactéries hyperthermophiles” : ces procaryotes2 s'ébattent dans les sources hydrothermales océaniques profondes, d'où jaillit un fluide à 400 °C mélangé illico à une eau de mer à 2 °C. « Pourtant, à ce jour, sur un peu plus de 5 150 virus de procaryotes observés au microscope électronique, une quarantaine seulement ont pour hôtes des archéobactéries, explique Claire Geslin, jeune microbiologiste. Mais le nombre de ces virus semble surpasser très largement cette représentation. »

 

En 1999, c'est la première « moisson » à 2 300 mètres de profondeur – grâce au sous-marin Nautile de l'Ifremer – au large du golfe du Mexique. Pour l'équipe brestoise, il s'agit de comprendre le mode de vie de ces procaryotes des grands fonds. Et de traquer leurs éventuels virus. La tâche est ardue sur le plan technique – il faut adapter manipulations et matériel à leur hyperthermophilie – et conceptuel : « On ne savait pas quelle tête pouvaient avoir ces virus ! » 150 souches sont donc criblées au microscope électronique afin d'y repérer des formes de la taille d'un virus. Gagné ! La chercheuse met en évidence, sur une seule des souches, un virus en forme de citron, baptisé PAV13. Côté morphologie, des chercheurs l'avaient déjà rencontrée chez des virus d'archéobactéries terrestres. Côté physiologie, c'est plus surprenant : in vitro, notre virus ne tue pas son hôte mais se contente de se reproduire avec lui au fil des générations. Fait-il de même en milieu naturel ? Et pourquoi ? Selon la théorie dominante, l'archéobactérie lui servirait d'abri contre le milieu hostile. « Mais il reste encore beaucoup de choses à décrypter chez PAV1, en particulier les fonctions codées par son génome, précise Claire Geslin. On sait déjà que celui-ci ne présente pas d'homologie de séquences avec d'autres virus connus. » Avec PAV1, les chercheurs tiennent une réserve de nouveaux gènes, donc de nouvelles fonctions biologiques et d'enzymes… susceptibles d'être un jour exploitées à des fins industrielles. Pour l'heure, il s'agit déjà de visualiser en cristallographie la structure d'une protéine de PAV1. De là, on espère remonter à sa fonction. Et avec une collection forte de 400 nouvelles souches, l'équipe a de quoi traquer la diversité virale de l'extrême.

 

Patricia Chairopoulos

 

Notes :

1. Laboratoire CNRS / Université de Brest / Ifremer.
2. Micro-organismes unicellulaires sans noyau et au génome formé d'ADN.
3. Journal of Bacteriology, juillet 2003, vol. 185, n° 13, pp. 3888-3894.

Contact

Claire Geslin
Laboratoire de microbiologie des environnements extrêmes (LM2E), Plouzane
claire.geslin@univ-brest.fr


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