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Santé

Se faire un peu de bile pour retrouver la ligne

Durant des décennies, la bile et ses composants – les acides biliaires – ont été cantonnés à l'absorption des lipides alimentaires et au métabolisme du cholestérol. Qui aurait pensé qu'ils puissent prévenir l'obésité en étant impliqués dans des voies de signalisation via tout l'organisme ? C'est justement en mettant en évidence l'une d'elles chez la souris que Johan Auwerx, de l'Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire (IGBMC) de Strasbourg1, vient de confirmer son hypothèse de recherche, à savoir que l'on peut prévenir l'obésité de l'animal grâce à l'ingestion d'acides biliaires. Ce travail, mené de pair avec des équipes américaine et japonaise, « puise ses racines dans les médecines traditionnelles orientales, précise l'intéressé, qui a publié ses résultats dans Nature2. Au Japon, des acides biliaires dérivés de l'ours sont utilisés contre l'obésité et le diabète. Nous avons voulu vérifier cette hypothèse et en comprendre le mécanisme sous-jacent. »

 

souris

© H. Raguet/CNRS Photothèque

Deux souris soumises à une alimentation riche en graisses : celle de gauche est devenue obèse tandis que sa consœur, suppléée en acides biliaires, a conservé sa ligne.


À cette fin, les chercheurs ont soumis à un régime dense en graisses deux groupes de souris, l'un suppléé en acide cholique (le plus abondant des acides biliaires) et l'autre pas. Résultat : les premières conservent un poids normal tandis que leurs consœurs deviennent obèses. Mieux encore : bénéficiant à leur tour d'acides biliaires, ces dernières retrouvent la ligne en trente jours. Comment ? Grâce à une dépense énergétique accrue, liée à l'oxydation des graisses. Celle-ci se produit dans le tissu adipeux brun – grand « brûleur » de calories chez la souris –, comme l'a montré l'analyse histologique des principaux tissus murins. Il a fallu ensuite trois ans de travail de longue haleine pour identifier in situ l'enzyme « iodothyronine deiodinase », ou D2, cible des acides biliaires. « Nous savons maintenant qu'une fois stimulée par les acides biliaires, l'enzyme convertit dans le tissu adipeux brun l'hormone thyroïdienne T4 inactive en T3 active, explique Johan Auwerx. Celle-ci se fixe alors sur les récepteurs thyroïdiens des cellules adipeuses, avec pour effet d'augmenter leur dépense énergétique. » Mais quid chez l'homme ? Tiendrait-on la panacée pour lutter contre l'obésité et contre le diabète de type 2, fortement lié au surpoids ? « Les acides biliaires ont pour rôle de préparer le corps à l'arrivée d'énergie excessive, reprend Johan Auwerx. Chez l'homme, c'est le muscle qui gère les fortes variations du métabolisme. Il faut donc savoir si D2 s'y exprime. » Pour le prouver, nos chercheurs en ont ajouté à des cellules musculaires en culture. Comme espéré, il y a eu augmentation conjointe de l'activité enzymatique D2 et de la consommation d'oxygène. Pas de bile à se faire sur ces travaux prometteurs…

 

Patricia Chairopoulos

 

 

 

 

Notes :

1. Institut CNRS / Inserm / Université Strasbourg-I Louis Pasteur.
2. Nature, 26 janvier 2006, vol. 439, n° 7075, pp. 484-489.

Contact

Johan Auwerx
Institut de génétique et de biologie moléculaire et cellulaire (IGBMC), Strasbourg
auwerx@titus.u-strasbg.fr


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