Moteur de recherche

 

Retour au sommaire

Environnement

Mesurer la qualité de l'air intérieur

Isabelle Dufour, chargée de recherche au Laboratoire d'études de l'intégration des composants et systèmes électroniques (IXL) (1) de Talence, a mis au point un système d'analyse de l'air en temps réel. Pour ces travaux, l'Ademe lui a décerné en 2005 le prix des Techniques innovantes pour l'environnement. Elle nous explique l'enjeu et les perspectives de ce concept.

À quel problème de santé publique essayez-vous de répondre ?

La qualité de l'air est devenue une préoccupation importante de la société. On s'est rendu compte que l'air à l'intérieur des appartements et des bâtiments est souvent pollué, notamment par des composés organiques volatils (COV), qui sont à l'origine de nombreux problèmes de santé comme des cancers, l'asthme ou des atteintes neurologiques. Une cinquantaine de ces molécules sont communément retrouvées à l'intérieur de différents locaux. Pour donner un exemple, les moquettes ou les portes et meubles en aggloméré sont fabriqués avec des solvants qui se retrouvent ensuite dans l'air que l'on respire. Actuellement, pour détecter les COV et mesurer leur concentration, il faut prélever des échantillons d'air pour les analyser dans un labo, ce qui peut prendre plusieurs jours. Nous, nous cherchons à fabriquer un capteur générique qui fonctionne en continu.

 

Sur quel principe fonctionne ce capteur ?

Le principe repose sur l'utilisation de micropoutres en silicium d'environ un millimètre de longueur et quelques micromètres d'épaisseur. Chacune d'elles est recouverte d'une couche sensible différente qui retient sélectivement les espèces cibles. Lorsque les molécules recherchées sont capturées par ces micropoutres, la masse de celles-ci est modifiée, ce qui se traduit par une variation de leur fréquence de résonance. C'est cette fréquence, que nous pouvons suivre en temps réel grâce à un dispositif électronique, qui nous indique la présence et la concentration des molécules ciblées. L'intérêt est qu'il s'agit là d'un système compact et autonome qui délivre un signal facilement interprétable.

 

De quoi est composée la couche sensible ?

Il s'agit de polymères. L'une des conditions est que la liaison avec les COV soit réversible. Il s'agit d'un équilibre thermodynamique : si vous renouvelez l'air et que l'espèce n'est plus présente, le système s'en rend compte. Pour l'élaboration de ces couches sensibles, nous travaillons en collaboration avec des chimistes, notamment avec ceux de l'Institut européen de la membrane, à qui nous demandons de développer de nouveaux matériaux, plus sélectifs et qui ciblent de nouvelles espèces.

 

Pensez-vous créer une entreprise pour commercialiser ce système ?

À vrai dire, la recherche est encore trop en amont pour penser à une entreprise dans l'immédiat. Pour l'instant, nous cherchons à optimiser les performances et à baisser au maximum les seuils de détection. Je pense que dans quelques années ce procédé sera au point. Peut-être que l'un de nos doctorants sera alors tenté par l'aventure. Le système permettrait le contrôle de la qualité de l'air dans des endroits sensibles comme les usines ou les lieux publics. Dans le métro, ce procédé pourrait être un élément d'un dispositif de sécurité pour donner l'alerte en cas d'attaque chimique.  Mais mon rêve, c'est qu'un jour on puisse offrir un appareil de ce genre pour la fête des pères, un peu comme on offre un thermomètre, un baromètre ou une mini-station météo.

 

Sebastián Escalón

Notes :

1. Laboratoire CNRS / Enseirb / Université Bordeaux-I.

Contact

Isabelle Dufour
Laboratoire IXL, Talence
dufour@ixl.fr


Haut de page

Retour à l'accueilContactcreditsCom'Pratique