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Sciences humaines et sociales

Regards sur Israël

Le Centre de recherche français de Jérusalem (CRFJ) est le plus ancien établissement du CNRS à l'étranger. Il y exploite au mieux les richesses uniques offertes par le pays en histoire et archéologie, en sciences sociales et politiques, en urbanisme ou en immigration. Zoom sur des projets actuels et futurs.

israel intro

© Archives CRFJ

Tel Yarmouth, à l'est de Jérusalem. Ce palais de la fin du bronze ancien (IIIe millénaire av. J.-C.), construction unique à cette époque au Proche-Orient levantin, témoigne de l'émergence d'une organisation étatique et d'une économie palatiale.


À quelques kilomètres au sud de la vieille ville et du centre de Jérusalem, la maison en pierre qui abrite le Centre de recherche français de Jérusalem (CRFJ) affiche une superficie d'un peu plus de 630 mètres carrés. Mais en réalité, ce sont les 20 000 kilomètres carrés du pays tout entier qui font office de « laboratoire ». « Israël est un microcosme où l'on peut étudier de manière très pointue toutes sortes de questions en sciences humaines et sociales, explique Pierre de Miroschedji, directeur du CRFJ depuis un an et demi. Car tout y est exacerbé. »

L'exemple le plus frappant concerne sans doute les migrations de populations. Car ce pays d'à peine soixante ans a accueilli et accueille toujours les Juifs du monde entier1.

 

épicerie russe

© E. Heymann

Épicerie russe à Jérusalem. Depuis l'effondrement de l'Union soviétique, en 1989, de nombreux Russes ont fait jouer la loi du Retour (1).


Il est donc un véritable concentré des questions liées à l'intégration de populations différentes et à la construction de l'identité, qu'elle soit personnelle, communautaire ou nationale. Des thèmes que le CRFJ ne manque pas de développer, grâce à des chercheurs associés au Centre, comme William Berthomière2 et Lisa Anteby-Yémini, et grâce à Florence Heymann3, anthropologue et assistante à la coordination des activités scientifiques.

Mais il existe un autre type d'immigration riche d'enseignements. « À la suite de la première Intifada en 1987, ajoute Pierre de Miroschedji, Israël a eu recours, de manière de plus en plus massive, à une immigration de travailleurs étrangers. » Le pays s'inscrit ainsi dans un réseau complexe de migrations internationales qui atteint aussi l'Europe. « Cette nouvelle immigration, reprend le directeur, est souvent illégale. L'étudier dans un tout petit pays de six millions d'habitants, déjà véritable mosaïque internationale, éclaire les problèmes existant à une autre échelle ailleurs dans le monde. »

 

juif

© E. Heymann

Au Pérou, en haut du Machu Picchu, cet Israélien a mis ses phylactères pour la prière du matin et raconte l'expérience à ses amis via son téléphone satellite. Les nouvelles identités religieuses sont un des prochains thèmes de recherche du CRFJ.


Israël est aussi bien sûr un lieu unique où analyser les comportements religieux. « Terre sainte, pays d'origine des monothéismes, c'est le lieu où sont exacerbées toutes les tendances, des ultra-orthodoxes aux plus laïcs, en passant par toutes les nuances possibles et imaginables, explique le chercheur. On observe ici également le développement de mouvements charismatiques. » De nouveaux comportements religieux qui sont là encore l'occasion pour le CRFJ de se pencher sur des problématiques d'une vibrante actualité au niveau international, notamment au sujet de la montée des intégrismes.

D'autres recherches menées au Centre concernent aussi bien l'histoire des religions que la linguistique ou la philosophie. Ainsi, la renaissance de l'hébreu au xxe siècle est un extraordinaire phénomène linguistique. « Il n'existe pourtant pas encore de grammaire qui décrive méthodiquement les différents registres de cette langue qui évolue et se transforme quotidiennement, poursuit Pierre de Miroschedji. Nous avons le projet d'édition d'une telle grammaire, fruit d'un partenariat franco-israélien4. » Quant à la philosophie des sciences, le CRFJ a fort à faire avec la correspondance d'Émile Meyerson, dont la publication est en cours par une équipe franco-israélienne5. Déposé à Jérusalem aux Archives sionistes centrales, ce fonds comprend des milliers de lettres échangées avec les plus grands savants de son temps, de Louis de Broglie à Gaston Bachelard en passant par Paul Langevin et Albert Einstein.

 

L'archéologie et les sciences de l'Antiquité et du Moyen Âge sont elles aussi à l'honneur au

tournette

© Archives CRFJ

Cette tournette en basalte, découverte dans le palais de Tel Yarmouth, est utilisée pour la première fois depuis 5 500 ans pour fabriquer un bol selon les mêmes techniques qu'au Bronze ancien.


Centre depuis sa création6. Il est d'ailleurs l'unique interlocuteur français reconnu par le Service des antiquités d'Israël. Et actuellement, des fouilles majeures sont en cours, à Mallaha, sous la direction de François Valla. Tandis que Pierre de Miroschedji dirige depuis 1980 celles de Tel Yarmouth, à 35 kilomètres à l'est de Jérusalem.

Inquiet du manque actuel de chercheurs résidents, de l'arrêt de programmes suite à un départ ou faute de partenaires locaux, Pierre de Miroschedji souhaite à présent accentuer la coopération entre Français et Israéliens. Il voudrait notamment augmenter le nombre de boursiers français, mais aussi en accueillir d'israéliens et de palestiniens, et développer les partenariats avec des centres de recherche étrangers, y compris, si possible, palestiniens. « Israël, pays enclavé et coupé de ses voisins, est soucieux de collaborer avec eux. Ce fut le cas lors d'un colloque organisé cette année7 avec notamment des chercheurs travaillant au Yémen et en Syrie, se souvient le directeur. Nous avions alors réussi à créer un échange entre personnes dont la situation géopolitique empêchait par ailleurs tout dialogue… »

 

Charline Zeitoun

 

Notes :

1. L'essence de l'État d'Israël, créé deux ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, repose sur la « loi du Retour ». Elle permet à tous les Juifs du monde de trouver en ce pays une terre de refuge et d'asile.
2. Lire son portrait dans notre numéro 182 de mars 2005.
3. Lire son portrait dans notre numéro 194 de mars 2006.
4. Sous la direction de Sophie Kessler-Mesguich.
5. B. Bensaude-Vincent, E. Telkes-Klein, E. Yakira.
6. En 1952, Jean Perrot avait fondé la « Mission archéologique française », devenue plus tard le CRFJ.
7. « Le judaïsme en Arabie des origines à l'aube de l'Islam », 2006.


Contact

Pierre de Miroschedji
CRFJ, Jérusalem, Israël
pdm@crfj.org.il


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