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Hervé Rayner - Sociologue à scandale

Avec ferveur, Hervé Rayner parle de l'opération Mani pulite (« Mains propres »), de Tangentopoli (« la Ville-aux-pots-de-vin ») 1, et de l'atypique magistrat Antonio Di Pietro. L'élégant brun serait-il un peu italien ? Pour les besoins de « la cause » seulement ! « J'ai appris l'italien pour ma thèse, pour me familiariser avec la littérature et mener mes enquêtes ensuite. » Car ce postdoctorant de l'Institut des sciences sociales du politique 2 a « tout simplement » bâti une sociologie du scandale, à partir de la déferlante d'affaires politico-judiciaires qu'a vécues l'Italie entre 1992 et 1994. À la clé, 5 000 mandats d'arrêt dans tout le pays et l'effondrement des cinq partis politiques de la majorité parlementaire de l'époque. « À ce moment-là, j'ignorais la portée de ces scandales en série, ce qui m'a évité d'être influencé par la fin de l'histoire. » Toujours est-il qu'il avoue, sourire en coin, être tombé dans le scandale tout petit. C'est-à-dire tout petit chercheur, quand il préparait son mémoire de maîtrise d'histoire contemporaine. Il s'intéresse alors aux scandales cinématographiques en France de 1945 à 1968, comme celui provoqué par le film La religieuse, de Jacques Rivette, avant même son tournage. N'imaginez pas pour autant le jeune Hervé appliqué à visionner des films à scandale ! En effet, le terme « scandale » désigne à la fois un contenu supposé scandaleux (par exemple une offense à la morale) mais aussi l'action, ou la mobilisation, de ceux qui crient au loup. « En réalité, explique le chercheur, personne ne contrôle un scandale. » Ce dernier résulte des actions de plusieurs groupes sociaux liés – magistrats, avocats, politiques, journalistes, chefs d'entreprises, pour l'essentiel – qui se mobilisent et se retrouvent comme enrôlés dans un jeu d'interactions et d'anticipations. Inutile donc de chercher à le désamorcer ou de traquer ce qui pourrait faire scandale.

Encore étudiant, Hervé Rayner passe de l'histoire aux sciences politiques tout en gardant le scandale comme objet d'étude. Pour Mani pulite, son sujet de thèse, il affine sa démarche, originale. Contre une lecture événementielle des faits, il revisite l'histoire en donnant plus d'importance aux acteurs.

Il lui faut huit ans pour reconstituer ce matériau-là, le social, jamais figé. « Pour comprendre le scandale, mieux vaut saisir le contexte auquel les acteurs contribuent et dans lequel ils sont pris. Parce qu'ils le perçoivent comme extérieur, alors qu'ils y participent. »

Ses travaux montrent qu'il n'y a pas un basculement général où « le scandale éclate », mais des microchangements de perspective chez des journalistes, magistrats, ou patrons, qui se convainquent que ce qui était impossible et dangereux – dénoncer des pratiques de corruption enracinées –, devient possible…

À trente-huit ans, Hervé Rayner avoue n'avoir pas souvent goûté aux joies de l'Italie depuis dix ans, pas même à Bologne, Palerme ou Rome, trop pris entre ses différentes vacations de recherche et d'enseignement de l'université Paris-X-Nanterre, qui l'a soutenu pour publier sa thèse. Tant pis pour les bonnes adresses de gelaterie 3 et de pizzerias ! Pourtant, l'Italie ne lui laisse aucun répit : déjà sollicité à propos de l'amnistie des crimes et délits du terrorisme des années de plomb 4, il prépare un bilan des cinq années de gouvernement Berlusconi. Pour ouvrir son horizon de recherche, il aimerait maintenant tester sa grille d'analyse des scandales sur d'autres terrains, en France ou aux États-Unis… gageons qu'il y a là aussi matière !

Magali Sarazin

 

 

> À lire

Hervé Rayner, Les scandales politiques, L'opération « Mains propres » en Italie, Michel Houdiard Éditeur, 2005

 

 

Notes :

1. Deux néologismes inventés par la presse italienne. Mani pulite désigne l'ensemble des enquêtes judiciaires en Italie entre 1992 et 1994, Tangentopoli les pratiques de corruption en série.
2. Institut CNRS / Université Paris-X-Nanterre / ENS Cachan.
3. Glaciers.
4. Dans les années soixante-dix par des groupuscules gauchistes, dont le plus connu reste les « Brigades rouges ».



Contact

Hervé Rayner
Institut des sciences sociales du politique, Nanterre
herve.rayner@u-paris10.fr


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