
La biodiversité, assurance-vie de la Terre

© C. Lebedinsky/CNRS Photothèque
Bernard Delay
Directeur scientifique
du département «Environnement et développement durable »
La biodiversité, mot maintes fois utilisé de nos jours dans les cercles scientifiques, politiques ou dans les médias, est de plus en plus souvent associée à la notion de « développement durable ». Elle est aujourd'hui l'objet de toutes les sollicitudes car l'on estime que c'est l'assurance-vie de la planète Terre. Il convient néanmoins d'en distinguer plusieurs sortes. Tout d'abord, la biodiversité « spectaculaire ». Représentée par la belle fleur, le bel animal ou le magnifique paysage, c'est elle qui est mise en avant pour justifier des actions de protection ou de restauration. Ensuite, la biodiversité « utile » au plan économique. Elle concerne aussi bien des communautés microbiennes du fromage que les molécules thérapeutiques en passant par les ressources génétiques d'intérêt agronomique. Elle est très souvent mise en avant pour justifier nos recherches. Il y a enfin la biodiversité dite « ordinaire », celle que l'on rencontre dans tous les systèmes biologiques, par exemple celle qui s'organise autour des racines d'une plante (la rhizosphère) et qui fait que cette plante poussera bien ou mal, ou encore celle qui rend un paysage agréable à regarder. Moins médiatisée et moins connue, c'est cependant la plus importante, car elle est indispensable au fonctionnement correct des écosystèmes et au bien-être des sociétés ; c'est même grâce à elle que les deux autres types existent.
Primordiale pour notre Terre, la biodiversité se dégrade cependant à l'échelle mondiale. Laisser la situation s'aggraver par ignorance, manque de vision politique à long terme ou cupidité, c'est compromettre l'avenir de l'homme. Il ne faut pas toutefois tomber dans le catastrophisme et se décourager, car la biodiversité a besoin de la mobilisation de chaque être humain à son niveau, du global au local, afin d'inverser la tendance. De leur côté, les scientifiques ont un rôle de premier plan à jouer pour lutter contre sa dégradation. Il s'agit pour eux de mieux la connaître, afin d'agir de façon raisonnée sur la base de connaissances scientifiques solides. Voilà pourquoi la biodiversité, longtemps délaissée, est depuis quelques années devenue une priorité scientifique mondiale. L'objectif est de comprendre son impact sur le fonctionnement des écosystèmes, en incluant l'homme. Pour cela, il faut la décrire et la quantifier, analyser sa dynamique, évaluer sa valeur économique et sociologique ; il faut également comprendre les enjeux politiques dont elle est l'objet. Son étude est donc obligatoirement pluridisciplinaire. Le CNRS l'a parfaitement compris et a inscrit la biodiversité dans ses priorités. Elle est d'ailleurs aujourd'hui un des piliers du nouveau département scientifique du CNRS « Environnement et développement durable » (EDD). Ce dernier s'est donné deux objectifs à son égard : faire un effort tout particulier pour apporter des connaissances fondamentales et construire l'indispensable pluridisciplinarité.
Sur le plan international, depuis le Sommet de la Terre à Rio, la planète entière s'est mobilisée avec plus ou moins de force et de conviction selon les pays et les groupes sociaux. Trois évènements importants ont marqué ces dix-huit derniers mois : la conférence « Biodiversité, science et gouvernance », qui s'est tenue à Paris en janvier 2005 sous l'égide du président de la République et de l'Unesco ; la sortie en 2005 du Millennium Ecosystem Assessment, synthèse menée par un millier de scientifiques qui a montré comment des modifications du fonctionnement des écosystèmes pouvaient avoir un impact très important sur le bien-être de l'espèce humaine, et notamment pour les populations les plus pauvres ; et enfin les débuts difficiles, en raison des réticences américaines, mais bien réels de l'Imoseb (International Mechanism Of Scientific Expertise on Biodiversity), en février 2006 à Paris.
Le CNRS, fort de ses personnels et de sa stratégie, fort de ses alliances avec les universités et les autres organismes, et fort de son soutien à l'Institut français de la biodiversité (IFB) et au Bureau des ressources génétiques (BRG), est d'ores et déjà prêt à relever le défi international de la recherche et de la valorisation dans ce si vaste et important domaine.