

Biologie de la mémoire
Georges Chapouthier, éd. Odile Jacob, mars 2006, 220 p. – 22,90 €
Lorsque la mémoire s'effondre, nous en perdons notre identité… L'un des meilleurs spécialistes de la question fait la synthèse de ce que nous avons appris ces trente dernières années sur les différents types de mémoire et sur la mosaïque de leurs mécanismes moléculaires. Il montre aussi que la mémoire a partie liée avec l'anxiété.
Pour un nouvel imaginaire politique
Mireille Delmas-Marty, Edgar Morin, René Passet, Riccardo Petrella, Patrick Viveret, avec la collaboration de Christian Losson, éd. Fayard, coll. « Transversales », février 2006, 159 p. – 14 €
Né du « non » au référendum de 2004, sur le texte constitutionnel, cet ouvrage, qui ressemble fort à une partition où alternent cinq voix – deux économistes, un philosophe, une juriste et Edgar Morin –, propose de voir pourquoi « le rafiot et ses 25 membres d'équipage s'est échoué » et pourquoi l'Europe ne fait plus rêver. Autrement dit : comment jeter les bases d'une – réelle – gouvernance mondiale, comment réoxygéner les espaces politiques, comment expérimenter des économies, bref comment rebâtir un imaginaire européen « car jamais les défis de civilisation n'ont été aussi importants ».
Améliorer l'école
Gaëtane Chapelle et Denis Meuret, éd. Puf, coll. « Apprendre », mars 2006, 272 p. – 20 €
L'idée que l'école peut s'améliorer est plus qu'un acte de foi. Mais s'améliorer ne signifie pas changer radicalement, ce qui serait, en revanche, de l'ordre du désir utopique. Les meilleurs spécialistes actuels de la sociologie et des politiques de l'éducation présentent ici, dans un langage très clair, les enjeux et les défis lancés à l'école et les logiques d'actions et d'acteurs qui s'y jouent. Un livre passionnant pour préparer demain, « qui frappe à la porte de l'école ».
Écrire ou combattre
Des intellectuels prennent les armes (1942-1944)
Fabienne Federini, éd. La Découverte, coll. « Textes à l'appui / Laboratoire des Sciences sociales », mars 2006, 300 p. – 28,50 €
Jean Cavaillès (1903-1944) et Jean Gosset (1912-1944), philosophes et normaliens, ont résisté par les armes jusqu'à le payer de leur vie. En étudiant la nature de cet engagement, l'auteur montre ici, et c'est l'originalité de son livre, combien le combat résistant n'est pas uniquement une affaire de choix individuel mais de logiques sociales profondes. Un regard très nouveau, qui remet à sa place la représentation dominante que l'on a de l'engagement des « intellectuels » tel qu'il se comprend depuis l'affaire Dreyfus.
Sur les chemins de la découverte
Nayla Farouki (coord.), éd. Puf, coll. « Partage du savoir », janvier 2006, 256 p. – 25 €
Tous lauréats du prix Le monde de la recherche scientifique, quinze jeunes chercheurs racontent ici, dans quatre domaines (environnement, virtuel, physique et molécules), leurs motivations, leurs incertitudes, leurs espoirs et les accomplissements actuels et à venir de leurs travaux. Quinze récits en prise directe avec la réalité.
Spin
Roman noir de la matière
Michel Cassé et Jacques Paul, éd. Odile Jacob, mars 2006, 318 p. – 21,90 €
Agités par la possibilité de résoudre l'énigme de la masse manquante, la plus grande partie de la matière de l'Univers qui n'a jamais pu être observée, les astrophysiciens sont en quête d'une énergie noire et d'une matière noire… Mêlant humour et sérieux, les deux auteurs mènent une enquête au fil d'une intrigue amoureuse qui nous plonge dans la physique telle qu'elle se fait au jour le jour dans les laboratoires. Mais, de la physique de la matière noire ou de l'intrigue, qu'est-ce qui relève le plus de la fiction ?
Le dictionnaire du corps
En sciences humaines et sociales
Bernard Andrieu (dir.), préface Gilles Boëtsch, éd. CNRS Éditions, coll. « CNRS Dictionnaires », février 2006, 608 p. – 50 €
Si le corps est dépendant des contraintes que lui impose l'environnement, il est aussi le reflet et le réceptacle de la société. Ce dictionnaire, premier inventaire transdisciplinaire des représentations de notre corps dans le monde contemporain, permet de comprendre ce que l'anthropologie, la sociologie ou la psychanalyse peuvent nous dire des pratiques et des représentations du corps « social » (et non médical) à une époque où l'image de ce corps est surreprésentée.
Quand les banlieues brûlent
Laurent Muchielli (dir.), éd. La Découverte, coll. « Sur le vif », mars 2006, 144 p. – 8 €
En novembre 2005, une émeute sans précédent dans l'histoire contemporaine de la France a été gérée de façon très discutable. Un collectif de chercheurs et d'intervenants dans les quartiers où a eu lieu cette émeute montre ici qu'il est à la fois possible et indispensable d'analyser de tels évènements et ce qu'ils révèlent des dysfonctionnements de la société française pour interpeller toutes les forces politiques du pays.

Neanderthal
Une autre humanité
Marylène Patou-Mathis, éd. Perrin, coll. « Essai », février 2006, 300 p. – 21 €
Différent ne signifie pas inférieur. Présenté par la photographie troublante de la reconstitution d'un jeune neanderthalien découvert à Gibraltar, cet ouvrage est le fruit de vingt ans de recherches et de réflexion sur l'homme de Neanderthal. Proposé par Marylène Patou-Mathis, responsable de l'unité d'archéozoologie du département Préhistoire du Muséum national d'histoire naturelle, il dégage les principaux résultats des connaissances sur cet homme en même temps qu'il se livre à une mise au point sur la place occupée par ce dernier dans notre histoire – origine et disparition –, cassant ainsi la mauvaise image qu'il continue d'avoir dans trop d'écrits. Rédigé dans un style limpide, cet éloge de la différence montre pourquoi nous sommes encore captivés aujourd'hui par ce grand chasseur qui vécut pendant dix mille ans avec les premiers hommes « modernes » en Europe. Il est doté de capacités cognitives déjà typiquement humaines – il enterre ses morts, taille des outils élaborés, maîtrise parfaitement son environnement – et disparaît sans raison connue. Enrichi d'abondantes notes et d'une bibliographie conséquente, ce livre est aussi un remarquable hommage à celui à qui il souhaite en épilogue « que la terre [lui] soit légère ».
Double vie
Les drogues et le travail
Astrid Fontaine, préface d'Albert Ogien, éd. Les Empêcheurs de penser en rond, février 2006, 220 p. – 17 €
Préfacée par un sociologue spécialiste de la déviance, cette réflexion originale résulte d'une enquête menée auprès d'une trentaine de personnes usant de drogues dures et menant cependant une vie professionnelle efficace. Sans bien entendu faire l'apologie de la drogue, l'auteur tente ici de remettre en cause la dureté de la représentation univoque de l'usage de drogue (synonyme de criminalité, utilisée par des individus « nuisibles socialement ») et les effets non moins univoques de cette représentation sur les politiques publiques (qui ne peuvent alors que pénaliser gravement). Il engage enfin le lecteur à « exercer une saine vigilance afin de lever l'opacité dans laquelle des décisions législatives ou des réglementations de nature volontairement plus techniques sont prises sans qu'il soit tenu compte de leurs conséquences humaines prévisibles et qui pourraient, si l'on n'y prenait garde, laisser place à un hygiénisme d'un autre âge »…
Histoire de la France littéraire
Éd. Puf, coll. « Quadriges », mars 2006, 2 832 p. – 63 €.
Vol. I / Naissances et Renaissances, Moyen Âge-XVIe siècle, Frank Lestringant et Michel Zink (dir.), 1 088 p. – 21 €. Vol. II / Classicismes, XVIIe-XVIIIe siècle, Jean-Charles Darmon et Michel Delon (dir.), 864 p. – 21 €. Vol. III / Modernités, XIXe-XXe siècle, Patrick Berthier et Michel Jarrety (dir.), 880 p. – 21 €
Pendant des siècles, ce furent les lettres qui modelèrent notre histoire. L'idée très novatrice de ces trois volumes est d'embrasser la dynamique de la France littéraire d'un seul regard, comme si elle était un tableau. L'ordre adopté n'est donc pas strictement chronologique, mais thématique. Il tisse des liens entre les époques et les problématiques, mettant ainsi en évidence les grandes phases d'évolution et de transformation dont témoignent les genres littéraires. Chaque tome présente la continuité de deux siècles en tenant compte des apports les plus récents de la critique en anthropologie, en sociologie… Près de 3 000 pages qui veulent être pour tout lecteur « le livre du plaisir littéraire en France ».
Cocotier
Guide des variétés traditionnelles et améliorées
R. Bourdeix, J. L. Konan, Y. P. N'Cho, éd. Diversiflora, février 2006, 104 p., ill. coul. – 25 €
Symbole des mers du Sud, rêve de vacances, le cocotier est d'abord une plante cultivée et consommée par des millions d'individus. Mais, comme d'autres plantes pérennes, il souffre d'une désaffection de la part des jeunes chercheurs préférant se tourner vers les plantes à cycles courts. Ce livre de vulgarisation présente trente-quatre variétés provenant de dix-huit pays et précise histoire, légendes, usages et caractéristiques agronomiques de cette plante témoignant des travaux les plus récents de la station de recherches Marc Delorme en Côte-d'Ivoire au sujet d'une espèce dont le potentiel d'amélioration génétique est prometteur.
Quand les corps se souviennent
Expériences et politiques du sida en Afrique du Sud
Didier Fassin, éd. La Découverte, coll. « Armillaire », mars 2006, 340 p. – 30 €
Six millions de personnes atteintes du sida font de l'Afrique du Sud l'un des lieux au monde engendrant le plus de débats virulents de la part de la communauté scientifique internationale, les chiffres alarmants faisant contrepoint à la Commission « Vérité et réconciliation ». Fruit de cinq années d'enquête dans les townships comme dans les milieux savants et politiques sud-africains, ce livre retrace les enjeux politiques d'une crise épidémiologique qui met en cause les discours de la science autant que la gestion du pouvoir. Il montre, à partir des biographies de malades et de l'anatomie des controverses, comment le passé s'exerce encore avec ses inégalités, et comment notre anesthésie politique à cet égard le perpétue.