
EUROPE
Quel bilan dressez-vous du 6e programme-cadre pour le CNRS ?
Franck Pattus : Il est clair que le bilan est positif. Les chercheurs se sont fortement investis dans le 6e PCRDT. En quatre ans, ils ont vu 523 de leurs projets financés par l'Union européenne, auxquels il faut ajouter 166 bourses et réseaux de mobilité des chercheurs (actions Marie Curie). De plus, le CNRS a joué un rôle moteur dans la structuration de l'espace européen de la recherche en assurant la coordination de 16 réseaux d'excellence, de 8 projets intégrés et de 11 infrastructures européennes. Les subventions communautaires représentent maintenant 28 % des contrats de nos laboratoires. Et le CNRS se classe ainsi en première position des grands organismes de recherche européens. Mais gardons-nous de tout triomphalisme ! La concurrence est rude, et pour le 7e PCRD, tout se joue maintenant. Les chercheurs doivent donc se préparer : pas question d'attendre la publication des appels à propositions pour lire le contenu des programmes spécifiques, déterminer si le projet s'inscrit bien dans les thèmes de recherche prioritaires, et commencer à contacter d'éventuels partenaires.
Pourtant, l'adoption du 7e PCRD reste encore suspendue à des négociations budgétaires difficiles…
F. P. : L'accord minimal sur le financement du budget communautaire pour la période 2007-2013, fruit d'un difficile consensus des 25 lors du Sommet européen de décembre 2005, a finalement été repoussé en janvier par les députés européens. Mais des négociations sont en cours et nous avons bon espoir qu'un accord entre le Parlement européen et le Conseil aboutisse rapidement. D'ailleurs, le 7e PCRD est déjà sur les rails. On pense que le budget qui lui sera consacré tournera autour de 47,8 milliards d'euros. Sa contribution pour atteindre l'objectif de Lisbonne2 ne sera donc pas à la hauteur des ambitions affichées : rappelons qu'il est prévu de consacrer, d'ici à 2010, 3 % du PIB européen à la recherche et au développement (R&D), publics et privés. Mais il faut cependant reconnaître que le budget du 7e PCRD sera en nette augmentation par rapport au 6e : l'accord de décembre prévoit une progression de 75 % de 2006 à 2013.
Donc malgré l'absence de budget, le contenu du 7e PCRD est déjà bien défini ?
F. P. : Oui, il s'inscrit en grande partie dans la continuité des objectifs du 6e programme : défragmenter la recherche et le développement (R&D) européens en renforçant la recherche collaborative et les passerelles entre recherche et innovation, en développant de grandes infrastructures, en favorisant la mobilité des chercheurs au sein de l'Union européenne… Cette continuité s'illustre bien dans le programme Coopération, ses thématiques prioritaires et ses instruments (projets intégrés, réseaux d'excellence…), ainsi que par le programme Personnel (actions Marie Curie) du 7e programme-cadre (voir encadré).
Y a-t-il des nouveautés ?
F. P. : Oui, bien sûr. Par exemple, le 6e PCRDT avait mis l'accent sur les nouveaux instruments de recherche (réseaux d'excellence, projets intégrés) ; le 7e PCRD se concentrera quant à lui sur les priorités thématiques décrites dans le programme Coopération. D'autre part, la durée du PCRD change : elle passe de cinq ans à sept ans. Autre nouveauté : le programme de mobilité des chercheurs, intitulé Personnel et composé des actions Marie Curie, misera davantage sur la carrière du chercheur que sur le projet de recherche à proprement parler. Les chercheurs devront acquérir des compétences connexes à la recherche, telles que le management de projets, la propriété intellectuelle et la communication scientifique. Plus encore, leur mobilité entre l'industrie et le secteur public sera également bien vue. Mais la grande nouveauté du 7e PCRD est sans conteste le programme Idées, qui fait la part belle à la recherche fondamentale : très attendu par la communauté scientifique, le Conseil européen de la recherche (CER, ou ERC en anglais), qui mettra en œuvre ce programme, financera la recherche exploratoire, dite « à la frontière des connaissances ». Les projets pourront cette fois être soumis par une équipe issue d'un seul pays et non de trois comme l'imposaient les précédents programmes. Le CNRS est dans les starting-blocks : il ne faut pas manquer le coche de l'ERC, qui se doit d'être une structure efficace et indépendante, avec un budget conséquent, pour un succès immédiat.
Comment le bureau du CNRS de Bruxelles peut-il concrètement aider les porteurs de projets ?
F. P. : L'action du bureau de Bruxelles s'inscrit au sein d'un dispositif d'aide interne au CNRS qui ne cesse de s'améliorer. Ainsi, les coordinateurs de projet peuvent s'appuyer d'une part sur les services du partenariat et de la valorisation (SPV) des délégations pour le montage de leur projet et son suivi administratif, d'autre part sur les chargés d'affaires communautaires des départements scientifiques pour l'aspect scientifique de leur projet. Par ailleurs, pour les aider dans le montage complexe de leur dossier, le CNRS peut également décider d'affecter des ingénieurs de projets européens (IPE). Le bureau de Bruxelles, lui, est un maillon-clé de ce dispositif. Avant tout au service des chercheurs, il adresse régulièrement des informations aux différents acteurs, conseille et prend en charge certains dossiers lorsqu'une intervention directe auprès de la Commission européenne est indispensable.
Propos recueillis par Camille Lamotte
Le bureau de Bruxelles au sein de la DREI
Le bureau de Bruxelles de la direction des relations européennes et internationales (DREI) du CNRS a un rôle, éminemment stratégique, de représentation du CNRS auprès des institutions européennes. Il mène d'une part une action de lobbying auprès des institutions européennes (Commission européenne, Parlement…) pour faire connaître les positions du CNRS, en entretenant des relations privilégiées avec des agents de la Commission européenne, les députés européens, et la représentation permanente de la France auprès de l'UE. Il canalise, d'autre part, l'information communautaire pour la diffuser auprès des directions du CNRS, des délégations et des laboratoires. Pour mener efficacement ce travail de fourmi, le bureau de Bruxelles mutualise à dessein les informations et moyens d'action avec le club d'organismes de recherche publics français (Clora) et ses homologues européens du réseau Iglo.
C. L.
Le 7e Programme-Cadre de la Recherche et du Développement (PCRD)
> QUAtrE AXES MAJEURS
I - Programme Coopération : 9 thèmes prioritaires
1. Santé
2. Alimentation, agriculture et biotechnologie
3. Technologies de l'information et de la communication
4. Nanosciences, nanotechnologies, matériaux et nouvelles technologies de production
5. Énergie
6. Environnement (changements climatiques inclus)
7. Transports (y compris aéronautique)
8. Sciences socio-économiques et humaines
9. Sécurité et espace
Objectif : renforcer la recherche collaborative
Continuité par rapport au 6e PCRDT
II - Programme Idées : Conseil européen de la Recherche (ERC)
Objectif : stimuler la recherche exploratoire, mise en concurrence des meilleurs chercheurs au niveau européen
Mode d'organisation : autonome par rapport à la Commission européenne
Mode de fonctionnement : projets proposés par les chercheurs et sélectionnés par des pairs
Grande nouveauté : abandon du critère transnational/une seule équipe éligible
III - Programme Personnel : actions Marie Curie
Objectif : développer et renforcer le potentiel humain de la recherche
Continuité des actions Marie Curie – Mobilité des chercheurs
Nouveauté : accent mis sur la carrière du chercheur au-delà du projet de recherche
IV - Programme Capacités :
> Infrastructures de recherche
> Recherche au profit des PME
> Régions de la connaissance
> Potentiel de recherche
> La science dans la société
> Activités de coopération internationale
> Actions non nucléaires du Centre commun de recherche
Objectif : renforcer les capacités au sens large, et en garantir une utilisation optimale
1. Programme-cadre de recherche
et développement technologique.
2. Fixé par le Conseil européen en 2000.
Franc Pattus, Bureau du CNRS, Bruxelles
franc.pattus@cnrs-dir.fr