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RadioAstronomie

En direct de l'espace

En 2020, dans un désert de l'hémisphère Sud,
un radiotélescope(1)d'un nouveau genre scrutera l'Univers, pour en dévoiler certains mystères.
Le CNRS participe actuellement à la création du prototype.

tuiles in situ

© SKA

Dans le projet Skads, l'antenne d'un radiotélescope classique est remplacée par un réseau de milliers d'antennes contenues dans des tuiles.


 

Un futur géant mondial de la radioastronomie est en train de naître… en plein cœur d'une forêt de Sologne, près de Vierzon. En effet, la station de Nançay, commune au CNRS et à l'Observatoire de Paris, participe à l'élaboration d'un radiotélescope cent fois plus sensible aux rayonnements électromagnétiques célestes que les plus performants des appareils actuels ! Plus précisément, dans le cadre de l'étude préparatoire européenne Skads2, les chercheurs réalisent ici un prototype, baptisé Embrace3, de cet engin révolutionnaire qui devrait prendre ses quartiers dans un désert de l'hémisphère Sud aux alentours de 2020.

 

Avec le projet Ska, pour « Square Kilometer Array », autrement dit « Surface collectrice d'un kilomètre carré », exit l'antenne unique des radiotélescopes classiques, commandée mécaniquement et pointée dans une seule direction. « Imaginez plutôt un réseau de plusieurs dizaines de milliers d'antennes ou tuiles de un mètre carré chacune, réparties en stations séparées par des distances allant du simple kilomètre au millier de kilomètres, l'ensemble atteignant au final la surface collectrice totale d'un kilomètre carré », explique Nicolas Dubouloz, chercheur CNRS et instigateur de la participation française à Ska. La spécificité du projet européen repose sur une puissance de calcul démultipliée grâce à l'informatique : Ska est en effet un radiotélescope logiciel capable de regarder simultanément plusieurs objets. Un peu comme un ordinateur multitâche… « Il disposera en outre d'une résolution angulaire très importante et permettra ainsi d'obtenir une finesse de détails jamais atteinte. » À la clé, peut-être, de la part des ondes radio célestes qui tomberont dans « l'oreille » des astronomes, quelques nouveaux secrets sur les premières époques de l'Univers…

 

Le 17 novembre 2005, l'Union européenne a donc décidé de consacrer 35 millions d'euros de son 6e programme-cadre de recherche et de développement technologique (PCRDT) à l'étude préparatoire Skads. Un budget qui comprend la réalisation physique de ce « prototype » à Nançay. Le but : « Montrer que le concept est viable et que la technique marche, indépendamment de tout objectif scientifique. » Pour commencer, il est prévu de relier les deux sites d'observation de Nançay et de Westerbork aux Pays-Bas4. « Les centaines de kilomètres entre ces deux stations préfigurent bien l'instrument du futur, explique Nicolas Dubouloz. Cet échange en temps réel des données, entre Pays-Bas et Sologne, va permettre de juger la qualité de cette configuration élémentaire. »

 

Dans cette entreprise, la station de Nançay dispose déjà d'un atout majeur : cinquante années d'expérience en radioastronomie, et la bonne habitude de pointer des instruments d'observation vers le Soleil ou les planètes. À ceci s'ajoute un savoir-faire en termes de conception de circuits intégrés et de développement de récepteurs résistants aux interférences. Important quand on sait qu'un émetteur de télévision situé même à 20 kilomètres d'une antenne émet un rayonnement radio 50 000 fois plus puissant que le Soleil lui-même. Cette explication motive aussi, sans doute, l'installation finale du radiotélescope, de ses antennes et de ses stations, dans un désert de l'hémisphère Sud, australien par exemple. Et ce, tant que les kangourous n'auront pas de téléphone portable.

 

Gaël Hautemulle

 

 

> Pour en savoir plus

http://www.skads-eu.org/

 

 

Notes :

1. Récepteur des ondes radioélectriques émises par les corps célestes.
2. Le radiotélescope fait l'objet d'un projet international baptisé Ska. L'étude préparatoire européenne est Skads, pour « Square Kilometer Array Design Study ».
3. European Multi-beam Radio-astronomy Concept.
4. À Westerbork, l'Institut Astron dirige l'étude Skads et la mise en œuvre d'Embrace, à laquelle participe donc la station de Nançay.

Contact

Nicolas Dubouloz
Station de radioastronomie de Nançay
nicolas.dubouloz@obs-nancay.fr


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