Moteur de recherche

 

Retour au sommaire

Thomas Piketty. Économiste

Le Robin des Bois de l'économie

robin des bois

© F. Jannin/CNRS Photothèque


Une silhouette mince au pas pressé… Voilà Thomas Piketty qui arrive à son bureau du campus Paris-Jourdan. Difficile de convenir d'un rendez-vous avec ce jeune chercheur en économie à l'agenda de ministre. À peine arrivé pour un entretien d'une heure, calé entre deux réunions, il consulte ses e-mails et ses messages téléphoniques en s'excusant d'emblée… d'être pris dans la course infernale de ses multiples responsabilités. « Actuellement, je me consacre à temps plein à l'administration de la recherche pour développer de nouveaux programmes, trouver des financements… J'ai hâte de pouvoir à nouveau former des doctorants, avoir du temps à leur consacrer, écrire des articles, bref redevenir chercheur, car c'est ce qui me plaît vraiment », confie-t-il. Ce brillant scientifique, qui n'a pas fait dans l'économie… de distinctions – prix du meilleur jeune économiste du journal Le monde, et Médaille de bronze du CNRS en 2001 –, a déjà, à trente-quatre ans, un parcours qui a de quoi faire rêver ! Dernier défi en date de ce surdoué de l'économie : il vient de se voir confier par Dominique de Villepin la direction de la nouvelle École d'économie de Paris, un campus de recherche et d'enseignement supérieur qui a pour vocation de rivaliser notamment avec les grandes universités américaines. Voici le fabuleux destin de Thomas Piketty…

Dès le lycée, ce fort en maths s'intéresse à l'histoire, aux problèmes de société, à l'économie. Son bac C en poche à l'âge de seize ans, il s'oriente vers les classes préparatoires scientifiques. Mais, lors de son passage à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm, où il rentre « assez jeune », dira-t-il modestement (il a alors dix-huit ans !), il se frotte au droit, à la logique, à l'arabe, qu'il étudie « en dilettante ». « C'est là que je réalise que j'ai toujours voulu être chercheur, mais pas en mathématiques. Je m'oriente alors vers l'économie. » Il obtient son DEA en « Analyse et politiques économiques » (formation dont il est aujourd'hui responsable), puis son doctorat d'économie à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et à la London School of Economics, où il soutient sa thèse sur la théorie de la redistribution des richesses en 1993. Après avoir enseigné au Massachussets Institute of Technology (États-Unis), il devient tour à tour chargé de recherche au CNRS de 1995 à 2000 puis directeur d'études à l'EHESS. Durant son passage au CNRS, il entreprend une recherche qui le mènera à publier en 2001 son ouvrage de référence, Les hauts revenus en France au xxe siècle : inégalités et redistribution, 1901-1998. « Je voulais essayer de comprendre les grandes transformations dans les inégalités patrimoniales en France sur un siècle. J'ai dû étudier toutes les archives statistiques des impôts, depuis la création de l'impôt progressif sur le revenu (1914) et de l'impôt sur les successions (1901). Ce travail de longue haleine n'aurait pas été possible sans le CNRS », confie-t-il avec reconnaissance.

Quel est l'impact, sur des générations, de l'impôt sur la transmission du patrimoine ? Quelles politiques publiques peuvent agir sur les inégalités sociales ? Ces grandes questions passionnent l'économiste qui essaie de comprendre les mécanismes liés aux inégalités de revenus et de patrimoine. Mais il se penche aussi sur d'autres formes d'inégalités, scolaires par exemple : « Il s'agit d'évaluer l'impact de la taille de la classe sur la réussite scolaire d'enfants issus de milieux différents », précise ce Robin des Bois de l'économie qui traque les inégalités pour mieux les combattre. « Ce qui m'intéresse, ce n'est pas de faire des maths appliquées, mais c'est ce que la recherche en économie peut apporter : une meilleure réponse aux problèmes économiques et sociaux. La science économique n'est pas une formule magique, mais elle peut aider le débat public à se focaliser sur les bonnes questions. Être utile socialement, c'est ce qui m'a motivé dès le départ », confie-t-il. Un autre grand chantier l'attend : deux gros volumes sur les inégalités de revenus et de patrimoine en France et dans vingt-cinq pays depuis un siècle sont en préparation. « Encore un gros travail de dépouillement en perspective, mais je n'ai pour le moment malheureusement pas le temps de m'y investir davantage… » Pour cet homme pressé, les moments passés en compagnie de sa femme et de ses trois filles n'ont pas de prix. « J'aime emmener ma petite famille au bout du monde », avoue-t-il, sûrement pour oublier un instant, un instant seulement, la course du temps…

 

Lætitia Louis-Hommani

 

 

> Pour en savoir plus

http://www.jourdan.ens.fr/piketty/index.php

 

 

Contact

Thomas Piketty
« Paris Jourdan Sciences Économiques » thomas.piketty@ens.fr


Haut de page

Retour à l'accueilContactcreditsCom'Pratique