
Cancérologie
Les cancers de la vessie1 sont parmi les plus répandus. Diagnostiqués précocement, ils peuvent être traités sans ablation de l'organe malade. Un moindre mal. Voilà pourquoi une méthode de détection sans biopsie, résultat de la collaboration entre des chercheurs du Laboratoire de photophysique moléculaire (LPPM)2 et des urologues et anatomopathologistes de l'hôpital du Kremlin-Bicêtre, s'annonce particulièrement prometteuse. Le principe est simple : il s'agit d'observer par imagerie de fluorescence les cellules présentes dans l'urine, ou cytologies urinaires. « C'est à ce jour la seule technique d'imagerie non invasive, non contraignante et peu coûteuse qui permettrait de surveiller les populations à risque3 », annonce avec espoir Marie-Pierre Fontaine-Aupart, responsable du projet au LPPM.
Classiquement, les cellules suspectées sont étudiées par microscopie à transmission ; mais cette technique de reconnaissance morphologique ne permet pas toujours de déceler une cellule maligne. La nouveauté consiste ici à les exposer à une source lumineuse intense qui va « exciter » les molécules à l'intérieur de ces cellules. Celles-ci vont alors émettre une fluorescence propre. Les cellules saines n'ayant pas la même réponse que les cellules tumorales, il est alors facile de les démasquer. « Si cet outil peut s'avérer une aide précieuse au diagnostic précoce de certains cancers, il ne sera en aucun cas un substitut de l'examen de l'anatomopathologiste », précise toutefois la physicienne. Car la cytologie urinaire classique, utilisée pour le dépistage comme pour le suivi des malades, est une méthode suffisamment fiable dans la plupart des cas. Cependant, il arrive que certains cancers en phase précoce de développement échappent à ce type d'examen. « Nous sommes alors obligés, lorsque nous avons des doutes sur des cellules, de lancer des investigations supplémentaires coûteuses, lourdes et invasives pour le patient, telles que cystoscopies et biopsies, reconnaît Pascal Eschwège, urologue au Kremlin-Bicêtre. Notre outil pourrait l'éviter. » Cette année, des tests de validation seront réalisés sur une centaine de malades afin d'obtenir des résultats statistiquement fiables pour utiliser un jour cette méthode de dépistage de façon précoce et systématique sur les populations à risque. Les chercheurs envisagent par ailleurs une automatisation de l'analyse en laboratoire qui permettrait d'écarter plus rapidement les cas suspects. Enfin, adapter la technique à d'autres cancers, notamment celui du col de l'utérus, est aussi l'un de leurs objectifs.
1. Plus exactement les carcinomes urothéliaux : cancers des voies urinaires, de la vessie et des voies excrétrices attenantes.
2. L'équipe de photobiologie et biophotonique du LPPM (CNRS / Université Paris-XI).
3. Les fumeurs dans 9 cas sur 10 ou les personnes au contact de produits chimiques…
Marie-Pierre Fontaine-Aupart
Laboratoire de photophysique moléculaire (LPPM), Orsay
marie-pierre.fontaine-aupart@ppm.u-psud.fr