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Biologie de la conservation

La parité protège l'espèce

Une étude montre qu'un effectif déséquilibré entre mâles et femelles peut être néfaste à la survie d'une espèce.

Peut-on être parisien, faire de l'écologie et s'adonner à l'étude des reptiles, ou herpétologie ? Apparemment oui, si l'on se réfère aux travaux de Régis Ferrière, professeur en écologie mathématique1 qui se passionne pour le lézard vivipare2, ou Lacerta vivipara. Avec un objectif bien précis : étudier l'influence du sex ratio, soit la répartition des sexes, sur la dynamique d'une population. Au départ, l'idée communément admise est que le sex ratio a naturellement tendance à s'équilibrer autour de la parité. Quand celui-ci est biaisé, une mortalité et une émigration accrues du sexe le plus abondant devraient être ainsi observées. Dans la réalité, l'équipe de Régis Ferrière vient de constater tout bonnement l'inverse. « Le sex ratio ne se rééquilibre pas. Bien au contraire, le biais a tendance à s'aggraver, ce qui peut entraîner l'extinction rapide de la population. »


coquillages VDL

© J.-F. Le Galliard

Conséquence d'un déséquilibre du sex ratio :
le nombre de jeunes produits par une femelle diminue du fait des agressions sexuelles des mâles.


C'est à la station biologique de Foljuif, située à une heure de Paris, que Régis Ferrière peut idéalement se consacrer à l'herpétologie. Sur le terrain, la grande saison d'étude débute mi-avril, quand les lézards sortent de leurs six mois d'hivernage.

Ils sont capturés et marqués. Fin juillet, toutes les femelles sont collectées trois semaines environ avant la ponte. Elles sont placées dans des cages individuelles jusqu'à leur mise bas. Après leur naissance, les jeunes sont marqués, et leur biométrie (taille, masse etc.) est établie. Puis ils sont relâchés avec leurs mères, au point exact où ces dernières ont été capturées.

« Nous imposons un traitement qui consiste à biaiser le sex ratio de populations entières, explique Régis Ferrière. Nous favorisons les mâles par exemple, avec un quota de trois pour une seule femelle. Nous observons ensuite les réponses de plusieurs paramètres : taux de survie, de reproduction, croissance corporelle et émigration. »

Face à une surabondance des mâles, les chercheurs ont alors observé une plus grande mortalité des femelles, une diminution de leur fécondité et une baisse de leur taux d'émigration. Une des raisons qui expliqueraient ce phénomène : quand les femelles sont courtisées par un nombre toujours plus grand de mâles, elles survivent beaucoup moins bien lors des accouplements. Elles sont en effet sexuellement agressées et souvent blessées. Après avoir observé ce phénomène, les chercheurs ont renforcé l'étude grâce à un modèle mathématique permettant de se projeter à long terme. « C'est ainsi que nous nous sommes aperçus qu'il suffisait d'un très faible déséquilibre du sex ratio pour que le phénomène s'emballe. »

Dans la nature, de tels déséquilibres doivent se produire régulièrement. Comment alors expliquer la persistance des espèces ? L'hypothèse de Régis Ferrière : quand une population diminue, la compétition pour les ressources alimentaires s'affaiblit. « Mais sur le plan expérimental, nous travaillons sur de trop petites populations pour que nous puissions vérifier si ce facteur positif compense bel et bien l'effet délétère des agressions sexuelles. De même, dans les conditions semi-naturelles avec lesquelles nous travaillons, la prédation est soigneusement contrôlée. Alors que dans la nature, ce n'est bien sûr pas le cas. »

Pourtant, les conséquences de cette étude en biologie de la conservation sont importantes. « Lorsqu'on réintroduit une espèce par exemple, conclut le chercheur, nous savons désormais qu'il faut faire très attention au sex ratio. Favoriser un sexe plus qu'un autre peut avoir des conséquences néfastes sur la population. »

 
Anh Hoà Truong

 

Notes :

1. Au laboratoire « Fonctionnement et évolution des systèmes écologiques » (CNRS / Université Paris-VI Pierre et Marie Curie / École normale supérieure de Paris).
2. Se dit d'un animal dont l'œuf se développe à l'intérieur de l'utérus, de sorte qu'à la naissance, le nouveau-né peut être autonome.

Contact

Régis Ferrière
Laboratoire « Fonctionnement et évolution des systèmes écologiques », Paris
ferriere@biologie.ens.fr


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